LIVRE IX
Je les sacrîfierois saas peine à ma tendresse ; Mais enfin de mon sort je ne suis plus maîtresse ; Mes destins sont fixes : prends , et , sans craindre rien , Ajoute à mon bonheur, en achevant le tien. »
Ainsi , d'un air riant , son vain bonheiu' s'exprime ; Mais déjà dans ses traits est l'empreinte du crime ; Déjà s'est éveillé le repentir vengeur, Et son front de la honte a connu la rougeur. Mais que devient Adam à ce récit funeste ! De sa force mourante il cherche en vain le reste : D'horreur, en l'écoulant, son front s'est hérissé. Tout son corps en frissonne, et son sang s'est glacé. Sa défaillante main laisse tomber les roses Que pour un sort plus doux le matin vil écloses, La couronne de nijrte, et les festons fleuris Brillants comme elle, hélas! et comme elle flétris. Immobile d'horreur et muet d'épouvante, Sa langue se refuse à sa voix expirante. Enfin elle s'échappe, et, parmi des sanglots, Prononce en gémissant ces lamentables mots :
<i O des bienfaits du ciel ineffable assemblage ! O sou dernier présent et son plus bel ouvrage ! Ornement de ce monde et chef-d'œuvre des cieux ! Tout ce cpii plaît au cœur, tout ce qui parle aux yeux, Innocence, vertu, grâce, beauté divine, Tu réunissois tout : ah ! dans quelle ruine Un malin , un instant l'a-t-il précipité ! Avec ton innocence a péri ta beau lé.
Téméraire ! comment ta rebelle imprudence A-t-elle osé de Dieu violer la défense ? Quel esprit malfaisant, conjuré conire moi. Chère Eve , t'a perdue , et moi-même avec toi ? Cai'. quel que soit ton sort, je suis prêt à le suivre ;
May join us equal joy, as equal love ; Lest, thon not tastiug, difl'ereut degree Disjoia us, and I ihcn too laie reuounce Deity for thce , whcii l'aie will uot permit. «
Thus Eve with couutenance blilhe her story lold ; But in lier clieek distemper flushing glow'd. On tlie' othcr side, Adain, soou as lie iieard The fatal ticspass done by Eve, araaï'd , ii'jo Astouied slood and blank, wliile horror chill Ran llirough his veius, and ail liis joints relax'J; Fi'om his slack hand ihe garland wreatli'd for E\c Down dropt , and ail the fadcd roses shcd: Speechless he slood and pale, lill thus at leujjlh Firsl lo hirasell he inward silence brokc.
« O fairest of création , last and best Of ail God's Works , créature in whom excell'd VVhatever eau to sight or ihoiighl be form'd, Holy, divine, good, amiable, or swcet!
0"" Kow art ihou lost ! how on a sudden losl,
Defae'd, deflower'd, and now to dealh dévote!
Ualher, how hast ihou yielded to transgress
The strict iorbiddance, how to violate
The sacred fruit forbidd'o ? soine cursed fraud
Of enemy' hath beguil'd ihee, yet unkiiown,
And me with thee halli ruin'd; for wilL ihee
Certain my resolution is to die:
How can 1 live without thee ! how forego
Thy sweet converse, and love so dearly join'd ,
Je puis mourir pour toi , sans loi je ne puis vivre. Pourrois-je me passer de tes doux enlrcliens. De ces tendres regards qui répondoient aux miens ? Ces lieux, remplis de toi, de nouveau solitaires, Me reverront-ils seul promener mes misères .•• Ah ! quand leTout-Puissanl , pour charmer mon malheur, Dans ma propre substance, et tout près de mon cœur, Choisiroit une autre Eve , ô moitié de moi-même 1 Peux-tu sortir d'un cœur qui te plaint et qui t'aime ? Quels traits remplaceront tes adorables traits ? Non , mon amour vivra , nourri par ses regrets ; Dieu, le sang, la nature, ont formé notre chaîne; L'un vers l'autre à jamais leur pouvoir nous entraine. C'est moi qu'en l'immolant le ciel voudroil punir ; Chère Èvc ! il peut nous perdre , et non nous désunir. »
Il dit ; et toutefois il appelle à son aide La fermeté qui sied à des maux sans remède; Et mêlant la tendresse à la sévérité : Il Quels effets je prévois de la témérité ! Ton crime est grand : ces fruits dont Dieu défend l'usage, Les convoiter des yeux , déjà c'est un outrage ; L'œil même de la faim, sans blesser l'Éternel, Ne peut les regarder ; combien plus criminel Quiconque ose y porter, bravant leur privilège, Sa main audacieuse et sa dent sacrilège ! Enfin il n'est plus temps , le mal est trop certain : Rien ne peut l'empêcher, ni Dieu, ni le destin. IMais lu ne mourras point , ma tendresse l'espère : Ce fruit, qui menaçoit l'audace téméraire, Peut-être est moins sacré, depuis qu'impunément De ce reptile heureux il devint l'aliment. De ce fruit dangereux loin d'être la victime , Lui-même, me dis-tu, s'applaudit de son crime.
9i'> To live again in thèse wlld woods forlorn .' Should God croate anolher Eve, and 1 Another rib alford, yet loss of thee Would never from my heart : no , no ! 1 feel The liuk of nature draw me: flesh of flesh, Bone of my bone thou art, and from thy slatc Mine never shall be parted, bliss or wre. <> So having said, as one irom sad dismay Reconiforted , and afler thouglits disturb'd Submilting to what sccra'd rcmediless,
02O Thus in calm mood his words lo Eve he turn'd.
« Bold decd thou hast presum'd , adventurous Eve, And péril great provok'd, who thus hast dar'd, Had it becn only coveling to eye That sacred fruit, sacred to abstinence, Much more to taste it under ban to touch But past who eau recal, or done undo?
Not God omnipotent, nor fate; yet so Perhaps thou shalt not die , perhaps the fact Is not so heinous now, forelasted fruit,
93o Profaned hrst by the serpent, by him lirst Made common and unhallow'd, cre our taste, I\or yet on him fouod deadly: he yet lives; Lives, as Ihou saidst, and gains to live, as man, Higher degree of lile; inducement strong To us, as likcly tastiug to atlain Proportional ascent; which cannot be But to be gods, or angels, demi-gods.
PARADIS PERDU
D'ailleurs puis-je penser que ce Dieu lout-puissant Qui nous a laits les rois de ce monde naissant, ïoul-à-coup au néant rende son propre ouvrage, Détruise l'univers , et l'homme son image ? De créer, de détruire, il se feroit un jeu ! Détruire est d'un démon , et créer est d'un Dieu. Le voilà donc ce Dieu , disoit le noir abîme : L'ange périt, et l'homme à son tour est victime! Qu'cparguera-t-il donc ? Quoi qu'il puisse arriver, Adam veut avec toi périr, ou se sauver : Ta faute doit me perdre , ou rester impunie. Ma fortune à la tienne est pour jamais unie : Nos êtres ne sont qu'un ; oui , chère Eve , je croi M'allacher à moi-même en m'attachanl à toi ; Ton corps naquit du mien , ton ame de la mienne : Ta mort sera ma mort , et ma vie est la tienne. »
« O modèle d'amour ! prodige d'amitié ! Répond d'un air louchant sa coupable moitié , Comment puis-je payer ce dévouement sublime ? Fuis-je égaler jamais cet effort magnanime ? Ton être est trop parfait; et moi, tu l'en souvien, La gloire de mon sexe est d'être né du lien. Mais , ô mon doux appui ! qu'il m'est doux de l'entendre M'exprimer cet amour, ce dévouement si tendre; M'assurer, me prouver que nos cœurs ne sont qu'un ; Que communs sont nos maux, notre bonheur commun ; Que mon crmie est le tien, si ce fruit délectable , Quand j'y portai la main, put me rendre coupable ! Mais quoi ! conmient le bien peut-il naître du mal ? N'est-ce pas à ce fruit , que l'on dit si fatal ,
IV or can 1 tliiiik that God, Creator wise, Though thrcatening, will in caruest so dcstroy 340 Us his prime créatures, diguified so Iiigli, Set over ail liis works; wliicli in our l'ail. For us created, iiccds with us must l'ail. Dépendent made; so God sliall uncrcate, Be frustrate, do, undo, and labour lose; ÎNol well conceiv'd of God, who, lliougli his power Création could repeat, yct would be lotli Us to abolisb , lest tbe adversary Triumph, aud say; Fickie tbeir state wliora God Most lavours; who eau please hiin long? me first 9^0 He ruin'd, now maukiud: whom will hc next? — Matter of scorn , not to bc given thc (oe. However 1 with thee havc fîx'd iny lot, Certain to uudcrgo likc dooin : if death Cousort with thee, death is to me as life; So forcible within iny lieart 1 feel The bond of natnre draw me to my own; My own in thee, for what tiioii art is mine; Our State cannot be sever'd; we are one, One flesh : to lose thee were to lose rayself. » 960 So Adam; and thus Eve to hiui replied : « O glorious trial of cxceeding love, lUuslrious évidence, example higii!
Engaging me to eraulale; but, short Of ihy perfection, how shall I attain, Adam? from whose dear side I boasl me sprung, And gladly of our union hcar thee speak, One heart, oue soûl in bolh; whereof good proof This day affords, dcclaring thee resolv'd,
Que je dois ces garants d'un amotir qui m'enchante. Et dont j'aurois perdu l'expression touchante ? Mais daigne m'écouter: si cet arrêt de mort Nous menace en effet , ah ! permets que mon sort Se sépare du tien; si j'ai commis un crime, Dois-je t'offrir au ciel pour seconde victime ? Que son courroux sur moi retombe tout entier. Cher époux ! à mes maux dois-je l'associer. Lorsque de mes malheurs ta grande ame jalouse Sur le bord de l'abîme embrasse Ion épouse; Lorsque je te dois tout , et qu'en ce même jour Ton cœur m'a prodigué tant de marques d'amour ? Que dis-je, cher époux .>• bien loin d'être mortelle, Je sens en moi , je sens une force nouvelle : Mes yeux se sont ouverts, mon cœur est exalté; Un torrent de plaisirs , une mer de clarté D'un bonheur inconnu m'inonde tout entière. A ces biens, dont ta femme a joui la première, Participe à ton tour: jouis; et loin de toi Écarte de la mort le chimérique effroi. »
Elle dit, et se tait; mais, sûre de ses charmes, L'embrasse doucement, laisse échapper des larmes, Des larmes de plaisir, s'applaudissaut tout bas D'un amour qui pour elle affronte le trépas, Affronte Dieu lui-même : alors l'enchanteresse, Comme le digne prix d'une indigne foiblesse, Lui présente ce fruit , ce fruit séditieux , Qui le séduit bien moins qu'un regai-d de ses yeux. Il le prend , le dévore ; et l'amour d'une femme Triomphe du remords , et subjugue son ame.
Eather than death, or aught Ihan death more dread, 970 Shall separate us, liuk'd in love so dear, To undergo with me one guiJt, one crime. If any be, of tastiug this fair fruit; Whose virtue (for of good still good proceeds. Direct, or by occasion,) hath presented This happy trial of thy love, which else So emineutly never had been known.
Were it I thought death meuac'd would ensue This my attempt, I would sustain alone The worst, and not persuade thee; rather die 980 Descrted, than oblige thee with a fact Peruicious to thy pcace; chiefly, assur'd Remarkably so late of thy so true, So faithful, love unequall'd : but 1 feel Far otherwise the' event; not death, but life Augmeutcd, open'd eyes, uew hopes, new joys, Tastc so divine, that what of sweet before Hath touch'd my sensé, flat seems to this, and harsh. On my expérience, Adam, freely tastc.
And fear of death deliver to the winds. » 990 So saying, she embrae'd him, aud for joy Tenderly wept; much won, that he his love Had so ennobled, as of ehoicc to' incur Divine displeasure for her sake, or death. In récompense (for such compUance bad Such recompense best merits), from the bough She gave him of that fair enticing fruit With libéral hand : he scrupled not to eat, Against his better knowlcdge; not deceiv'd. But fondiv overcome with feraalc charm.