‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 299 sur 411 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Derechef à ce coup la nature a gémi ; Jusqu'en ses fondements la terre eu a frémi ; Au tonnerre eu éclats les deux pôles répondent; L'horizon s'est voilé, le jour fuit , les vents grondent; El sur ce jour fatal qui comjjle leurs malheurs , Le ciel même attendri répandit quelques pleurs. Et toutefois Adam , (|ue sa femme encourage. Prolonge son festin , redouble son outrage : Le délire et l'orgueil enivrent leurs esprits; Ils jettent sur la terre un regard de mépris; Et pour voler aux cieux par des routes nouvelles , Déjà leur fol orgueil croit déployer des ailes : Les cieux! ah! leurs plaisirs ne sont plus faits pour eux; Leur saint amour n'est plus qu'un délire honteux. Adam fixe sur elle un regard immodeste , Et ses yeux ont perdu leur pureté céleste : Ses caresses sans frein affligent la pudeur; Et, dans l'emportement de sa brutale ardeur, Adam, déjà si loin de l'heureuse innocence, Du plaisir, en ces mots , enhardit la licence :

« Que ne te dois-je pas, chère épouse! jamais Un fruit si ravissant u'a ilatté mon palais. Pourquoi de notre goût l'ignorante paresse A-l-elle de ces fruits connu si tard l'ivresse ? Mais des plaisirs plus doux sollicitent mes sens : Chère épouse, jamais tes attraits innocents, Avant ce fruit divin, n'ont tant charmé mon ame; Tu lui dois les appas, et je lui dois ma flamme : Jamais rien de si beau n'a paru devant moi ; Je le sens aux transports que j'éprouve pour toi. »

Alors d'un œil où brille une gaité folâtre,

1000 Earth tremblcd froin her entraiis, as again In pangs; and nature gave a second groan; Sky lour'd; and, muttering thuuder, sonae sad drops Wcpt at compleling of the mortal sin Original : while Adam took no thoiiglit, Eating his fîll; nor Eve to iterate Her rornicr trcspass fear'd, the more to soothe Him wilh lier loved society; that now.

As with ncw wine intoxicated both , Tliey svvim in niirth , and faucy tliat thev fcel

loio Divinity within them breeding wings

Wberewith to scorn the eartli : but that false fruit Far other opération (irst display'd, Carnal désire inflaming; Le on Eve Began to cast lascivious eyes; she him As wantonlv repaid; in lust they burn : Till Adam thus 'gan Eve to dalliance move ; « Eve, now 1 see tiiou art exact of taste, And élégant, of sapience no sraail part; Since to each meaning savonr we apply,

1020 ^nd palate call judicious; I the praise

Yield thee, so well tiiis day thou hast purvey'd. Much pleasure wc hâve lost, whiie we abstain'd From this delightful fruit, nor known till now True relish , tasting : if such pleasure be In things to us forbidd'n, it might be wish'd, For this one tree had becn forbidden ten. But corne, so well refresh'd, now let us plav, As meet is, after such dclicious fare; For never did thy beauty, since the day

Provoquant la beauté que son cœur idolâtre,

Il lui lance un regard précurseur du plaisir;

L'amour a reconnu le signal du désir.

A sa douce demande elle n'est point rebelle,

Son sourire répond au regard qui l'appelle;

Adam saisit sa main, sous un toit d'arbrisseaux

Dont les rameaux fleuris se voûtent en berceaux,

Oubliant cette adroite et molle résistance

Qu'oppose aux doux ébats la pudeur qui balance ,

Eve suit son époux ; sur leurs pas mille fleurs.

Diverses de parfums, de formes, de couleurs,

L'iris, la violette, et la sombre hyacinthe.

De l'alcove amoureuse ont tapissé l'enceinte;

La rose exhale autour son baume le plus pur :

Leur couche brilloit d'or, et de pourpre et d'azur;

Et sous eux la pelouse , et plus molle et plus douce ,

En lit voluptueux avoit enflé sa mousse.

Enfin aux voluptés succède le sommeil.

Sommeil affreux, suivi du plus affreux réveil!

Le fruit , qui de leur vie empoisonnoit la source ,

De leur sang embrasé précipitant la course,

Fascine leurs esprits de prestiges trompeurs.

Le jour luit à leurs yeux; des fantômes vengeurs,

A leurs sens éperdus, à leur ame tremblante,

Le réveil offre encor l'image menaçante.

Ils se lèvent; saisis d'un long élonnement,

Tous les deux interdits se fixent tristement.

Oii sont leur innocence et leur vertu première ?

L'un et l'autre maudit la fatale lumière

Qui luit pour son malheur à ses yeux éblouis:

Repos , grâces , beauté , se sont évanouis.

io3o I saw thee first and wedded thee, adorn'd With ail perfections, so iuflame my scnse With ardour to enjoy thee; fairer now Tlian ever; bounty of this virtuous tree! »

So said he, and forebore not glance or toy Of araoroiis intent; weil understood Ol' Eve, whose eye darted contagions fire. Her hand he seiz'd ; and to a shady bank, Tliick over-head with verdant roof imbower'd He led her, nothing loth; flowers were the couch,

1040 Pansies, and violets, and asphodel.

And hyacinlh; earth's freshest softestlap, Thcre thev their fill of love and love's disport Took largely, of their mutual guilt ihe seal, The solace of their sin;

Till dewy slecp Opprcss'd them , wearicd wilh their araorous play. Soon as the force of that fallacious fruit, That with exhilarating vapour blaud About their spirits iiad play'd, and inmost powcrs Made crr, was now exbal'd; and grosser slecp,

io5o Bred of uukindly fumes, with conscious dreams Incuraber'd, now had left them; up they rose As from unrest; and, each the other viewing, Soon found their eyes how open'd, as their minds How darken'd : Innocence, that as a vcil Had shadow'd them from knowing ill, was gone; Jnst confidence, and native righteousness. And honour, from about them, naked left To guilty shame; he covcr'd, but his robe

PARADIS PERDU

Qu'èles-vous devenue , heureuse confiance Que donne des vertus la douce conscience? Avec elle a péri celte simplicité Qui d'un voile si pur paroit leur nudité, La honte est arrivée, el la pudeur bannie. Dépouillés de l'honneur, couverts d'ignominie, Leur honte reste nue ; à leurs coupables yeux Bientôt tous deux voudront cacher ses traits liideux.

Ainsi, de la vertu dépouillé par le crime, Privé de l'innocence et de sa propre estime, Long- temps muet d'effroi , le couple infortuné Va , baissant vers la terre un regard consterné. Adam lui-même , Adam , non moins effrayé qu'Eve , D'un long abattement toutefois se relève. Et d'un ton douloureux laisse échapper ces mots :

« Maudit soit le serpent, auteur de tous nos maux! J'ignore quel étrange et triste phénomène A ce reptile impur prêta la voix humaine : Mais ce qu'il a prédit, hélas ! est trop certain: Il est trop vrai que l'homme a changé de destin. O du bien et du mal connaissance funeste, C'est le bien qui nous fuit , et le mal qui nous reste ! Oui, pour notre malheur, nos yeux se sont ouverts : Un nouveau jour nous luit, mais pour voir nos revers; Pour nous voir dépouillés de bonheur, d'innocence, Des célestes vertus, de la douce espérance. C'éloient là nos trésors, notre digne ornement; Qu'a souillés de J'orgueil le fol égarement: Les désirs effrontés , l'ardeur luxurieuse , Ont gravé sur nos fronts leur empreinte hideuse, La honte enfin, la honte ajoute à ces lléaux, Et ferme , en rougissant, la marche de nos maux. Oh! comment pouvous-nous , couverts de celte fange. Nous montrer devant Dieu, paroître aux yeux d'un ange?

Cncover'd more. So rose tlie Danite stiong, 1060 Herculean Sainson, fiora the harlot-lap Of Philisteaii Dalilah, and wak'd Shoru of his stieugth.

They destitute and bare Of ail their virtue; sileut, and in face Confounded, long they sat, as stricken mute : Till Adam, tliough not less ihan Eve ahash'd, At length gave utleranee to thèse words constrain'd.

« O Eve, ÏD evil hour thou didst give ear To that false worm, of whomsoever tanght To counteileit man's voice; true in our fall,

•O/O False in our proiuis'd rising; since oui- eyes Open'd we find indeed, and find we know Both gnod and evil; good lost, and evil got; Bad fruit of knowledge, if this be to know; Which leaves us naked tlnis, of honour void, Of innocence, of taith, of purity, Our wonted ornaments now soil'd and stain'd, And iu our faces évident the signs Of foui concupiscence; whence evil store; Even sharae, the last of evils; of the first

J080 Be sure ihen. How shall 1 behold the face Hcnceforth of God or angel , erst with joy And rapture so' oft hcheld ? tliose heavcnly sliapcs Will dazzle now this earthly with their blaze Insufferably bright. O! miglit I hère

Ils sont perdus pour nous ces entretiens charmants Qui portoient dans nos cœurs de saints ravissements ; Comment poin"roit encor ma débile paupière, De ces hôtes du ciel soutenir la lumièi-e ? Leur gloire accablerait mes yeux épouvantés. N'est-il point de déserts, de bois iufréquentés , Des antres ténébreux, et des cavernes sombres. Qui puissent me prêter d'impénétrables ombres ? Dans l'éternelle horreur de leur profonde nuit, J'irai , je cacherai la honte qui me suit. Sur moi, cèdres touffus, redoublez vos ombrages; Forêts , recevez-moi sous vos abris sauvages ; Que je puisse à jamais, dans leur muet effroi , Me cacher au soleil, et, s'il se peut, à moi! Cherchons un arbre , au moins, dont le large feuillage De nos corps dégradés puisse voiler l'outrage ; Et que du moins la honte aux regards indiscrets N'aille point de nos maux dévoiler les secrets. »

Alors vers la forêt tous deux prennent leur route : Parmi les plants nombreiLX qui composent sa voùle. Le figuier, avant tous, s'en vient frapper leurs yeux ; Non ce figuier chargé de fruits délicieux. Qui distille un doux sue à nos lèvres arides , Mais celui qui, connu des peuples Gangarides, Étend ses longs rameaux, dont les bras inclinés. Autour du tronc natal ensemble enracinés , Remontant vers les cieux en vertes colonnades , S'enlacent en berceaux , se courbent en arcades ; Et, déployant dans l'air leur dôme ténébreux, Composent à leur père un cortège nombreux : Des chansons du berger leur voûte au loin résonne ; Là, paisible , en goûtant le frais qui l'environne, A la faveur des jours que laissent leurs rameaux , Tranqnille , il voit bondir et paître ses troupeaux.

In solitude llve savage; in some glade Obscur'd, where highest woods, impénétrable To star or sun-light, sprcad their umbrage broad And brown as evcning : cover me, ye pines! Ve cedars, with iiinumerable boughs

1090 Hide me, where 1 may never see them more.' — But Ict us now, as in bad plight, devise What best may for the présent serve to hide The parts of each from other, that seem most To shame obnoxious, and unseemliest seen; Some tree, whose broad smooth leaves logether sevv'd And girdcd on our loins, may cover round Those middle parts; that this new corner, sharae, There sit not, and reproach us as unclean. >. So counsell'd he, and both togcther wcnt

l'oo Into the thickest wood; there soon they chose The ng-tree; not that kind lor fruit renown'd, But such as at this day, to Indians known. In Malabar or Deccau spreads her arms Branching so broad and long, that in the ground The bended twigs take root, and daughtcrs grow Aboul the mothcr tree, a pillar'd shade Iligh over-arch'd, and echoing walks belween ; Tiiere oit the Indian herdsman, sliunning beat, Shclters in cool, and tends his pastnring hcrds

">o At luop-holes eut Ihrough thickest shade.

Those k'a\cs

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