LIVRE XL
Maintenant îes remords s'éveillent dans son cœur, Et ses pleurs suppliants conjurent ma rigueur ; Mais si je pardounois , de l'arbre de la vie Le fruit pourroit tenter leur imprudente envie; Et le bienfait cruel de l'immorlalité Prolongeroit leurs jours et leur calamité.
« De mes fiers chérubins prends avec loi l'élite; Pour protéger Eden, qu'elle marche à ta suite. Point de grâce ; va , pars, et bannis à l'instant De ce séjour sacré le profane habitant : Mais n'arme point tes yeux d'un regard trop sévèi'e ; En punissant leur crime, épargne leur misère : Le cri de leur remords est moulé jusqu'à moi. Si leur docile cœur se soumet à ma loi , Console leur malheur; qu'à leur ame craintive Brille d'un sort plus doux Iheureuse perspective; Et monire-leur de loin ce pacificateur, Entre le ciel et l'homme heureux médiateur. Pars ; aux portes d'Eden , du coté de l'aurore, Oppose à l'ennemi qui le menace encore De brûlants séraphins un bataillon armé ; Dans l'arsenal des cieux prends Ion glaive enûammé : Et que le fer vengeur, dans ta main foudroyante, Darde en flèches de feu sa clarté flamboyante. Ferme tous les accès ; crains que l'ange infernal Par le perfide appât d'un fruit non moins fatal , Ne trompe ces époux , et, par ce nouveau piège , Ne tente encor leur soif et leur faim sacrilège. »
His knowlcdge of good lost, and evil got; Happicr! had it suttic'd him to hâve known Good by itself, and evil not at ail.
9" Ue sorrows now, repents, and prays contrite, My motions in him; longer than they move, His heart 1 know, how variable and vain , Sell-lelt. Lest theiefore his now bolder hand Readi also of the tree of life, and eat, And live for evcr, (dream at least to live For ever,) to remove him I decree.
And send him from the garden forth to till The groiind whence lie was taken ; fittcr soi!. « Michael, this my behest bave thou in charge;
'00 Take to ihee from among ibe cherubim
Tliy choice ol flaming warriors, lest the fiend, Or in behalf of man, or to invade Vacant possession , some new trouble raise : Ilaste thee, and from the paradise of God Witiiout remorse drive ont the sinful pair; From hallow'd ground the' unholy ; and denoiince To them , and to iheir progeny, from thence Perpétuai banishment. Yet , lest they faint At the sad sentence rigorously urg'd,
110 ^For I behold them solten'd, and with tears Bewailing their excess,) ail terror hide. If patiently thy bidding they obey.
Dismiss them not disconsolate; reveal To Adam what shall corne in future days, As I shall thee enlighten; intermix My covenant in the womau's seed renew'd; So send them forth, though sorrowing, yet in peace : And on the east side of the garden place, Whcre entrance up from Eden easiest climbs,
"0 Cherubic watch ; and of a sword the flame
Il parle : au même instant le brillant chérubm Range, prêt à partir, son corlége divin. Chacun a quatre fronts ; sur leurs corps et leurs ailes Brillent des yeux sans nombre, assidus sentinelles.
Le jour venoit de naître, et semoil en riant Les calices des fleurs des perles d'Orient. Eveillé par l'éclat de l'aube matinale, Adam, aux doux tributs des parfums qu'elle exhale, Avoit mêlé ses vœux; une heureuse vigueur Renaissoit par degrés dans le fond de son cœur, Et, meltant la tristesse et la joie en balance, Joignoit à sa terreur un rayon d'espérance. Alors à son épouse il adresse ces mots , Qui, comme un baume pur, adoucissent ses maux :
« Eve, quels biens sur nous Dieu se plaît à répandre ! El nous, pour lanl de biens, qu'avons-nous à lui rendre ? Que dis-je ? pour lui plaire et fléchir sa rigueur, Nous avons l'oraison , noble attribut du cœur. Un seul gémissement élancé de la terre Ta dans sa main terrible éteindre le lonneiTC : Je l'éprouvai moi-même ; et lorsqu'à deux genoux Mon malheur suppliant conjurait sou courroux , Je l'ai vu de son front écarter les nuages. Et d'un air de bonté sourire à mes hommages. Il m'a rendu l'espoir; l'espoir me rend la paix. J'entends encor ces mots , gage de ses bienfaits : Le serpent doit périr, écrasé par la femme. Ce mot , que la terreur effaça de mon ame ,
Wide-waving : ail approach far off to frighl.
And guard ail passage to the tree of life :
Lest paradise a réceptacle prove
To spirits foui, and ail my trecs their prey;
Wilh whose stol'n fruit man once more to delude. >»
He ccas'd; and the arch-angclic powcr prepar'd For Swift descent; with him the coliort bright Of watchful cherubim : four faces each Had, like a double Janus; ail their shape
i^o Spangled with eyes more numerous than those Of Argus, and more wakeful than to drowse, Charm'd with Arcadian pipe, the pastoral reed Of Hermès, or his opiate rod.
Meanwhile, To re-sa!ute ihe world with sacred light, Leucothea wak'd, and with fresh dews embalm'd The earth; when Adam and first matron Eve Had endcd now their orisons, and found Streugth added from above ; new hope to spring Out ot despair; joy, but with fear yet link'd:
'i° Which thus to Eve his welcorae words renew'd; << Eve, easily may faith admit, that ail The good which we enjoy from heaveu descends; But , that from us aught should ascend to heaven So prévalent as to concern the mind Of God high-blest, or to incline his will, Hard to believe may seem ; yet this will prayer Or one short sigh of human breath, upborne Even to the seat of God. For since I sought By prayer the' offended Deity to' appease,
1^ Kneel'd, and before him humblcd ail ray hearl; Methought I saw him placable and mild, Bending his ear; persuasion in me grew, That I was heard with faveur; peace return'd
PARADIS PERDU
lieleiitit de nouveau dans mou cœur soulagé : Oui, l'homme fut séduit, l'homme sera vengé; Je redoutois la mort, et j'espère la vie. Et toi , du genre humain mère à jamais bénie , Eve , de ce beau nom que j'aime à l'honorer ! El l'homme et l'univers, tu vas tout réparer ! »
Eve, les yeux baissés, repond d'un ton modeste: « Cher Adam , quoi ! l'auteur de ta chute funeste , Qui , ne pour ton bonheur, fit ta calamité , Tu lui parles encore avec tant de bonté! Eve peut èlre encor la source de la vie ! Ah ! mon juste salaire étoit l'ignominie, Et non ces noms si doux et ces litres d'honneur. Mais allons : ce jardin qui fil notre bonheur, Et l'objet aujourd'hui d'une ingrate culture, Allend que nos travaux y domptent la nature. Quel triste jour va suivre une nuit sans sommeil! Sans pitié pour nos maux , exacte à son réveil , L'Aurore au char du jour vient ouvrir les barrières, Avant qu'un doux repos ait fermé nos paupières! Viens donc; et reprenons nos travaux suspendus; Cher époux, désormais je ne te quille plus. Oui , ton œil près de toi me verra dès l'aurore ; Au coucher du soleil tu me verras encore. Coulons en paix ici nos jours laborieux ; Dieu nous permet de vivre en ces aimables lieux : Achetons leur bienfait, quelque soin qu'il nous coule; Puisqu'il nous les laissa. Dieu nous aime sans doute. Des biens plus précieux manquent à leurs ailrails : Mais n'allons pas aux maux ajouter les regrets. »
Ainsi, les yeux baissés, Eve, tendre et soumise, Enlrelenoil Adam : mais quelle est sa surprise. Quand le monde changé n'offre plus à son œil Que des sujets de crainte et des marques de deuil .' L'aube naissante à peine a commencé d'éclore ,
Home to my breast, and to my inemory
His promise, that tliy seed sliall bruise our foe;
Which, thcn iiot minded lu dismay, yet now
Assures me that tlie bitlerness ot death
Is past, and we sliall live. Whence bail to tiiee,
Eve rightly call'd, inotlier of ail maiikind,
«*o Mothei' ol ail tliings living, sioce by thee Man is to live; and ail ihiugs live for man. »
To whom tbiis Eve, wilh sad deineauour meek : « Ill-worthy 1 such tille sbould bclong To nie transgresser; wlio, for ihce ordain'd A help, becaiDC tliy snare; to me reproacb Rallier belongs, distrust, and ail dispraise : But infinité in pardon was iny Judge, Thaï 1, who first brought dcalh on ail, am grac'd The source ol lifc; ncxl favourable ihou,
170 Who bighly thus to' entitlc me vouchsaPsl, Far odier naine deserving. But the fîeld To labour calls us, now wilh sweat iiiipos'd, Thoiigh afler sleepless night; for see! ihe morn, AU iinconcern'd with our unresl, begins Her rosy progress smiling; let us forth ; 1 never from thy side benccforlh to stray , Wbere'er our day's work lies, ihough now enjoio'd Laborious, till day droop; while liere we dwell, Wlial c^n bc toilsomc in thèse plcasant walks?
La nuit revient noircir les roses de l'aurore : Un aigle tont-à-coup, du haut d'un ciel brùlani , S'abat sur deux oiseaux au plumage brillant : Le lion, qui déjà cherche en grondant sa proie, Descend du haut des monts, et, rugissant de joie. Poursuit deux jeunes faons qui, s'échappant soudain, Se sauvent tout tremblants vers la porte d'Éden. Adam les suit des yeux ; et , troublé du présage , A sa timide épouse adresse ce langage :
« Chère Eve ! tu le vois, du céleste courroux, Quand l'Eternel se tait , tout parle autour de nous ; Par des signes affreux le monde le proclame. Et le cri de la mort retenlit dans mon ame. Ah! sans doute Dieu craint qu'en une fausse paix L'homme n'espère vivre au gré de ses souhaits ; En vain de notre mori il a retardé l'heure, Lin jour noire berceau sera noire demeure. De la terre sortis , à la terre rendus , Voilà notre destin ; mais ses coups suspendus , Quand doivent-ils tomber ? vers le terme funeste Quel chemin nous prescrit sa volonté céleste ? Quelle sera la vie, et quand viendra la mort ? Sous un nuage épais il cache notre sort : L'avenir est douteux , mais la morI est certaine ; Oui, j'en prends à témoin ce double phénomène, El ces botes Iremblanls de la lerre et de l'air. Sur qui leurs ennemis fondoienl comme l'éclair, Qui du même côté, dans leur frayeur subite. Tous deux , au même instant, précipitoient leur fuite , J'en atteste la nuit qui vient voiler le jour , Avant qu'il ait rempli la moitié de son tour. Regarde à l'occident ; la nuit resplendissante Égale d'un beau jour la pompe éblouissante, El semble jusqu'à nous, sur un char radieux, Apporter lentement quelque envoyé des cieux. »
iSo (icre let us live, though in fall'u slate, content. >>
So spake, so wish'd much-humbled Eve; but fale Siibscrib'd not : nature (irst gave signs, impress'd On blrd, bcasl, air; air suddenly eclips'd. Aller short blush ol'moru; nigh in her sight The bird of Jove sloop'd from his aery tour, Two birds of gayest plume before him drove; Down frora a liill tlie bcast tliat reigns in woods, l irst hunter then, pursued a gentle brace, Goodliest of ail tlic forest, liart and hind;
'90 Direct to the' eastern gale was bcnt their flight. Adam observ'd, and with his eye the chase Pursuing, iiot uumov'd, to Eve thus S])ake :
« G Eve, sorae fuilher change awaits us nigh, Which Heaven, by thèse mute signs in nature, shows Forerunners of his purpose; or to warn Us, liaply too secure, of our discharge From penalty, because from death releas'd Somc days: how long, and what tdl tlien our life, Who knows? or more than this, — that we are dusl,
200 And thither must return, and be no more? Why else tliis double object in our sight Of flight pursued in the' air, and o'er the ground, One way the self-same bour? \\hy in the east Darkness ère day's mid-course, and raorning-light More orient in yon western cloud, that draws