LIVRE XI
Il ne se Irompoit pas : de la célesle voiile 1^ halailluii divin, dans sa brillante route, Trace un sillon de flamme, et, dans les airs porté. Sur la montagne sainte enfin s'est arrêté. O combien ce spectacle eût eu pour toi de charmes , Adam, si ton remoids, ta honte et tes alarmes N'eussent troublé la vue! un tableau moins pompeux De Jacob autrefois vint éblouir les yeux, Quand, descendant du ciel, la milice des anges Dans toute sa splendeur déploya ses phalanges. L'archange radieux au bataillon divin Ordonne tout-à-coup d'investir le jardin. Lui , perçant l'épaisseur de la forêt touffue , Pour découvrir Adam, il jette au loin la vue. Adam le voit venir; saisi d'un saint effroi :
« A quelque grand message, Eve, prépare-toi, Dil-il; de noire sort voici l'arrèl peut-être. Ou des ordres nouveaux de noire divin maître. De ce nuage d'or qui, de feux entouré, Déposa sur ce mont le bataillon sacré.
Un seul guerrier vers nous avec pompe s'avance : Son port niajes'ueux, sa noble contenance Marque un chef distingué des milices des cieux. Vois : rien de menaçant n'est écrit dans ses yeux ; Mais il n'a point cet air, ces grâces altiayantes Dont Raphaël charmoit nos âmes confiantes. Je vais le recevoir avec le saint respect Que commande son rang, qu'imprime son aspect. Toi, demeure à l'écart. »
Il achevoit à peine :
Le messager divin, sous une forme humaine, Descend delà monlagne, et, s'offrant à ses yeux,
O'er tlie bliie firmament a radiant wliile,
Anil slow desrends, witli something heavenly frauglit!
Ile err'd not; for by tliis ihe heavenly bauds Down fiom a sky of jasper lighted now
"" In paradise, and on a hill madc hait; A glorious apparition , had not doubt And carnal lear that day diram'd Adam's eye : Not that more glorious, wheu ihe angels met Jacob in Mahanaim, where he saw The field pa\ilion'd with bis guardians brighl; INor thaï, which on the flaming inoiujt nppear'd In Dothani , cover'd with a camp of fire , Agaiust the Syrian king, who to surprise One man, assassin-like, had levied war,
"0 War unproclaim'd. The princely hi'narcb
In tlieir bright stand tliere Icft bis powers, lo seize
Possession of tlie garden; he alone,
To find where Adam shelter'd, took bis wav,
INot unperceiv'd of Adam ; who to Eve ,
While the great visitant approach'd , thiis spake :
« Eve, now expect great lidings, which perhaps Of us will soon détermine, or impose New Jaws to be obscrv'd ; for I descry, from yonder blazing cloud that veils the hill,
2So One of the heavenly host; and by his gait. Noue of the meanest; some great potentate Or of the thrones abovc; such majcsty Invests bim coming ! yet not terrible, That I sbould fear; nor sociably mild.
Vient prononcer l'arrêt du monarque des cieux.
De son céleste éclat tempérant la lumière.
Il se montre, couvert d'une armure guerrière;
Son air est d'un héros : il s'approche; les vents
De sou manteau de pourpre enflent les plis mouvants.
Moins riche se moniroil cette pourpre si pure.
Que du poisson de Tyr abreuvoit la teinture,
El ces riches babils qu'étaloienl autrefois
Le faste des héros et le luxe des rois.
Quand , brillante d'éclat, de richesse et de gloire,
La paix s'embellissoit des dons de la victoire.
Il s'avance avec grâce, et sa mâle beauté
Joint la fleur du jeinie âge à la maturité.
Douze signes ornoient son baudrier célesle,
Où pend le fer terrible, à Satan si funeste;
De son glaive tranchant jaillit un feu divin;
Enfin sa large lance étincelle en sa main.
Adam tombe à genoux : le séraphin s'arrête; Sans rendre le salut , sans iiicliner la lête, Il garde de son rang toute la dignité : « Tes vœux sont accueillis par la Divinité, Lui dit-il; Dieu pou voit, par une mort certaine, De ses droits violés vous infliger la peine ; Biais le ciel indulgent veut bien la différer; Tu commis une offense , il faut la réparer. Va [)ar mille vertus racheter un seul crime : A ce prix il t'arrache à l'infernal abîme; Riais dans ce beau jardin tu n habiteras plus. Pars, je t'apporte ici ses ordres absolus; Pars, va loin de ces lieux fertiliser la terre; Que ton travail lui livre une éternelle guerre : Dans son sein maternel Dieu plaça ton berceau ;
As Raphaël, ihat I sbould mucb confide ;
But solemn and sublime; whom not to' offend,
With révérence I must mcet , and thou retire. »
He ended; and the arch-angel soon drew nigh, Not in his shape celestial, but as man
ï4o Clad to raeet man; over his lucid arms A military vest of purple flow'd , Livclier tban Melibœan, or ibe grain Of Sarra, worn by kings and heroes old In lime of truce; Iris had di(>t ihe woof; His starry heira, unbucklcd, sliow'd bim prime In mauhood where youth ended; by bis side, As in a glistering zodiac, luing the sword, Safan's dire dread ; and in his liand the spear. Adam bow'd low ; be, kingly, from his state
2^ Inclin'd not, but his coming ihus declar'd : — «Adam, Heaven's blgb beliest no préface necds : Sufficient tiiat thy prayers are heajd; and dcath, Tben due by sentence whcn thou didst transgress, Defeated of his seizure n.any days Given tbee of grâce; wherein thou may'st repent. And one bad act with many deods well done May'st covcr.
Well may thcn thy Lord , appeas'd , Redeem thee quite from dealb's rapacious daim; But longer in tbis paradise to dwell
j6o Permils not : to remove lliee I am corne. And send tbee from the garden forth to till The ground whence thou wast laken ; fitter soil. »
PARADIS PERDU
Qu'elle soit ta nourrice, et te garde un tombeau. »
Adam, à ce discours, d'épouvante frissonne; Tout son sang s'esl glacé, sa force l'abandonne. Eve, non loin de là, cachée en un bosquet, A de leur Irisie exil enlendu le décret. Soudain elle s'élance, el les cris qu'elle jette A l'oreille d'Adam ont trahi sa retraite : « O coup plus rigoureux que la perte du jour ! C'en est donc fail ! il faut les quitter sans retour Ces beaux champs, ces braux lieux où j'ai reçu la vie! Lieux charmants , que le ciel n'a pu voir sans envie. Hélas! jusqu'à la mort, dans ces réduits se^^rels. J'ai cru pouvoir nourrir mes douloureux regrels ! Je n'emporterai donc, ô terre forUiuée , . Que le remords cruel de t'avoir profanée ! O vous, objels chéris de mes soins assidus, Adieu , charmantes fleurs ; vous ne me verrez plus Aux rayons du soleil présenter vos calices. Du printemps près de vous épier les prémices, A vos jeunes tribus assigner leurs cantons, Cultiver votre enfance et vous donner vos noms! Quel autre soutiendra vos tiges languissantes .' Qui viendra vous verser des eaux rafraîchissantes .•' Hélas ! chaque matin je courois vous revoir, Je vous soignois le jour, vous visitois le soir; Des eaux du Paradis j'eniretenois vos charmes, El mes yeux maintenant vous arrosent de larmes ! Adieu donc pour toujours! vous n'aurez plus ailleurs Ni les mêmes parfums ni les mêmes couleurs ! Et toi que je parois des plus riches guirlandes, Lit où Ihymen reçut de si douces offrandes. Il faut donc le quitter! Dans quels trisles climats, Dans quels affreux déserts vont s'égarer mes pas ? Où retrouver les fruits de cette terre heureuse ? Quek mets remplaceront leur douceur savoureuse.-*
Ile added not; for Adam at tlie news Hcart-struck with cliilling gripe of sorrow stood, That ail liis sensés bound ; Eve who unseen Yet ail Iiad heard , with audible lament Discover'd soon the place of lier retire: — « O unexpected stroke; worse than of deatli ! Must 1 thiis leave thce, paradise? thus leave
>7o Tliee, native soil ! thèse happy walks and shadcs. Fit haunt of gods? where 1 had lioped to spend, Quiet tliough sad , the respite of tiiat day That must bc luortal to us both. O flowers, That never will in other climate giow, My carly Visitation , and my last At evcn, which 1 bred up with tender hand From the first opcning bud , aud gave ye naines i Who iiow shall rear ye to the sun, or rank Your tribes, and water from the' ambrosial fount?
ï8o Thee lasLly, nuptial bower! by me adorn'd
With what to sight or smell was swect! from thce How shall I part, and whither wander down Into a lower world; to tliis obscure And wild? how shall we breatiie in other air I>ess pure, accustom'd ta imniortal fruits? » Whom thus the angcl interrupted raild : « Lament not, Eve, Vjut |)atienlly resign Wl nt justty tliou hast lost; nor set thy heart,
Adieii, riant Édcn! plaisirs trop courts, adieu ! »
A ces accents plaintifs, le ministre de Dieu Répond d'un ton sévère : « Eve, cesse tes plaintes ; D'un courroux mérité tu ressens les atteintes ; Tu dictas ton arrêt en violant ta foi; Regrette moins des biens qui ne sont pas à toi. Pars : Adam te suivra; votre offense est commune; Soyez joints par l'amour, comme par l'infortune. Partagés avec lui, tes maux seront plus doux; Ta patrie est par-tout où sera Ion époux. »
Il dit : Adam se calme; il revient à lui-même. Et s'adresse en ces mots au ministre suprême : « O toi, qui que tu sois, noble habitant des. cieux! Tant d'éclat nous apprend ton titre glorieux; Ah ! qu'en exécutant ta charge rigoureuse , Tu sais bien tempérer cette loi douloureuse ! Sans un accent si doux, l'arrêt de notre sort Peut-être au même instant nous eût donné la mort. Eh! que! plus grand malheur pouvois-tu nous apprendre Que le fatal décret que nous venons d'entendre .■' O lamentable exil ! hélas ! nos yeux charmés A ces champs paternels étoient accoutumés : C'étoient nos derniers biens , nos délices dernières. Où fuir .'' où promener nos jours et nos misères ? Hors d'ici je ne vois que des déserts affreux : Ils nous sont étrangers , nous le sommes pour eux. Si je pouvois fléchir ce maître que j'adore , J'irois, je le prierois, l'implorerois encore : Mais que pourroient mes vœux ? hélas ! il n'est plus temps : C'est opposer mon souffle au souffle des autans ; Et, frappant vainement son oreille indignée, Ma prière vers moi reviendroit dédaignée. Eh bien ! je me soumets, j'obéis à mon Dieu; Mais ma plus grande peine, en quittant ce beau lieu , Ah ! c'est d'être exilé de sa saiute présence.
Thus ovcr-fond, on that wiiich is not thine :
29'^ Thy going is not lonely; with thee goes Thy husband; him to foUow thou art bound; Where he abides, think there thy native soil. »
Adam, by this from the cold sudden damp Recovering, and bis scatter'd spirits return'd, To Michael thus his humble words address'd : « Celestial! whether among die thrones, or nam'd Of then the highest ; for such of shape may seem Prince above princes! gently hast thou told Thy message, which might else in teiling wound,
3oo And in performing end us; what besides Of sorrow, and déjection, and despair, Our frailty can sustain, thy tidings bring, — Departure from this happy place, (our sweet Recess, and only consolation left Familiar to our eycs!) ail places else Inliospitahle appear, and desolate; ISor knowing us, nor known; and if by prayer Incessant I could hope to change the will Of him who ail things can , I would not cease
3'o To weary him with my assiduous cries : But prayer against his absolute decrce No moreavails than breath against the wind, Blown stifling back on him that breathcs it forth ; Thereforc to his grcat biddiiig I submil.