‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 354 sur 411 · A MADEMOISELLE DE B · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE B

Toi , dont j'ai vu couler les premiers pleurs

Et naître le premier sourire.

Je vais sur ton berceau répandre quelques fleurs.

Pour prix du zèle qui m'inspire.

Que dans ces vers un jour papa t'apprenne à lire.

Et c'est Irop m'en récompenser.

Je sais qu'en un âge aussi tendre.

Tu ne peux encor les comprendre; Mais moi , j'ai du plaisir à le les adresser : Même avant de sentir, lu sais intéresser.

Mes vers au moins n'ont rien dont je rougisse. Que d'autres, célébrant des mortels corrompus.

Encensent, dans de vieux Crésus,

La décrépitude du vice; Je célèbre dans toi l'enfance des vertus. L'enfance est si louchante! Eh! quelle ame si dure N'éprouve en sa faveur le plus tendre intérêt ? Tous les êtres naissants ont un charme secret :

Telle est la loi de la nalure.

Ces ormeaux orgueilleux, leur verte chevelure. M'intéressent bien moins que ces jeunes boulons

Dont je vois poiudn^ la verdure;

Ou (|ue les tendres rejetons Qui doivent du bocage être un jour la parure.

Le doux éclat de ce soleil naissant Flatte bien plus mes yeux que ces flots de lumière

Qu'au plus haut point de sa carrière

Verse son char éblouissant.

L'été, si fier de ses richesses.

L'automne, (pii nous fait de si riches présents.

Me plaisen! moins tpie le printemps,

Qui ne nous fait (|ue des promesses.

ciel ! retranche aux jours nébuleux

De la lenle vieillesse; Abrège les jours orageux De l'impétueuse jeunesse ; Mais prolonge les jours heureux El des ris innocents et des folâtres jeux !

Le vrai plaisir semble fait pour cet âge : L'épanouissement d'un cœur encor nouveau ;

Du sentiment le doux apprentissage ; L'univers par degrés déployant son tableau; Ce sang si pur qui coule dans les veines ; Des plaisirs vifs et de légères peines; L'esprit sans préjugés, le cœur sans passions; De l'avenir l'heureuse insouciance; Pour tout palais, des châteaux de carions, Et pour richesse , des bonbons :

Voilà le destin de l'enfance.

Ah ! la saison de l'innocence Est la plus belle des saisons

VERS

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