A MADAME LA COMTESSE DE B
SUR SON JARDIN d'à**.
J'ai parcouru ce jardin enchanté, Modeste en sa richesse, et simple en sa beauté. Qu'on vante ces jardins tristement magnifiques,
Où l'arl, de ses mains symétriques, Mutile avec le fer les tendres arbrisseaux; Où des berceaux pareils répondent aux berceaux , Où le sable jaunit les terres nivelées; Où l'ennuyeux cordeau dirigea les allées. Où l'œil devine tout, et, prompt à tout saisir,
D'un seul regard dévore son plaisir !
Oh ! que j'aime bien mieux l'énergique franchise Et la variété de ces libres jardins ,
Où le dédale des chemins M'égare doucement de surprise en surprise; Ces bouquets d'arbres verts négligemment épars , Et cet heureux désordre, et ces savants hasards!
En contemplant cette heureuse imposture , Ces naïves beautés dont Pluius est jaloux. J'ai dit de vos jardins ce que l'on dit de vous : C'est l'art conduit par la nature.
Cet asile délicieux,
Peuplé de bois, tapissé de prairies, Inspire, dites-vous, de doctes rêveries : Mais celle qui l'habite inspire beaucoup mieux ; Et, malgré les attraits de ces simples retraites. Ce n'est pas la beauté des lieux
Qui fait rêver dans les lieux où vous êtes.
POÉSIES FUGITIVES. 801
IMITATION DE SAPIÎO*.
Heureux celui qui près de toi soupire; Qui sur lui seul attire ces beaux yeux, Ce doux accent et ce tendre sourire !
Il est égal aux dieux.
De veine en veine, une subtile flamme Court dans mon sein , sitôt que je te vois ; El, dans le trouble où s'égare mon ame. Je demeure sans voix.
Je n'entends plus ; un voile est sur ma vue ; Je rêve , et tombe en de douces langueurs ; El, sans haleine, interdite, éperdue.
Je tremble, je me meurs.