‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 373 sur 411 · JABLONOWSKA · texte numérisé non relu

JABLONOWSKA

Belle Jablonowska , de mon champêtre ouvTage Daignez d'un doux souris favoriser l'hommage. La campagne inspira mes chants ; Là sont unis l'agréable et l'utile; Vos agréments sont faits pour enchanter la ville ;

Mais vos goûts purs vous ramènent aux champs. Je ne puis vous offrir des sceptres, des couronnes , Des temples fastueux , de superbes colonnes ; Mais les divinités, d'un regard complaisant, Daignent sourire au plus simple présent : Ainsi la vive Hamadryade , Ou la Nymphe des bois, ou la jeune Oréade,

Chez la pieuse antiquité , Dans un temple entouré d'une pompeuse arcade,

Ou d'une riche colonnade, Par les grands et les rois voyoit son nom fêté ; Puis rentroit dans son arbre, et sous son frais ombrage, Oubliant et son temple et les palais du ciel , Se contentoit de l'humble hommage De quelque fleur, ou d'un rayon de miel.

■ La princesse avoit leiiii sur les fonts de baptême rcnfaiil d'uu Français qui lui adressoit ces vers.

Peut-être un jour m'élançant sur vos traces,

Dans mon essor audacieux Je chanterai vos vertus et vos grâces , L'antique sang de vos aïeux , Cette noble fierté qui n'a rien de farouche

Qu'aucun titre n'enorgueillit ; Ces entretiens charmants dont la grâce nous touche, Et la bonté qui s'embellit En s^exprimant par votre bouche.

Alors de mon succès je ne douterai plus; Votre nom du public me vaudra le suffrage; Avec plaisir mes vers seront reçus , Et le sujet consacrera l'ouvTage.

Avec boulé, dit-on , mes poèmes sont lus Par votre aimable et vertueuse fille ; Pour moi c'est un titre de plus :

L'indulgence chez vous est un goût de famille;

Même l'on dit que ses heureux essais Daignent de mes tableaux copier quelques traits ' : Si ses vers sont polis , doux , élégants comme elle , Alors, grâce à sa main noblement infidèle,

Les miens me sembleront parfaits ; Alors, dans mes Jardins et plus verts et plus frais , Pour couronner mon front je choisis l'immortelle. Dans ses Jardins, où plus d'un conuoisseur Goûta la gi'ace natiu-elle De la muse pleine d'appas Qui prit la noienne pour modèle , Les yeux ne rencontreront pas Une fleur aussi fraîche , aussi charmante qu'elle. A polir mes tableaux j'ai passé bien des ans; Mais la grâce n'est pas un ouvTage du temps; Son maintien élégant, sa forme enchanteresse

Apparùennent à la jeunesse.

Souvent l'été flétrit les filles du printemps. Sur ce rosier, que de ses pleurs arrose La jeune amante de Tithou, Voyez ce tendre rejeton ]\Jontrer la fleur nouvellement éclose De son modeste et timide bouton :

Du plus brillant émail sa robe se colore. Eu célestes parfums son souffle s'évapore; Du coloris le plus éblouissant Son teint varié se compose :

Le papillon léger lui-même s'y repose , L'abeille y prend ses sucs, le zéphir caressant D'un murmure flatteur la courtise en passant,

Et le bouton fait envie à la rose :

Voilà mou sort ; mon vers ( c'est celle vieille lige ) Perd chaque jour de son prestige; L'aimable fleur qui l'embellit , C'est le talent de votre fille , Où la sagesse à l'agrément s'unit; Par lui mou vers se rajeuîiil, Et de ce frais bouton où la jeunesse brille. Le vieux rosier s'enorgueillit.

ï La jeune fille de la princesse s'occupoit alors à traduire quelques morceaux du poëme des Jardins.

POESIES FUGITIVES

A M. L'ŒILLART-D'AVRIGNY,

AUTEDR d'vV POÈmE SDR LAPEYROIISK.

Le poëte immortel d'Achille et d' Andromaque ,

Jadis d'un ton harmonieux Chanta le prince errant de la petite Ithaque :

Grâce à tes vers ingénieux L'Ulysse des Français nous attache encor mieux. A travers les écucils , sur les gouffres de l'onde , Nous demandons aux mers sa poupe vagabonde;

Et, tremblant pour ses jours chéris, Craignons , en la cherchant , de trouver ses débris. Sa Pénélope, hélas! dans le royaume sombre Peut-être maintenant accompagne son ombre; L'impatient désir de retrouver l'époux Qu'à ses embrassements ravit le sort jaloux , Lui fit voir sans terreur les voûtes infernales ,

Et du Styx les ondes fatales,

Qui, mieux que ses remparts de fer, Défendent en grondant la porte de l'enfer. Aujourd'hui , dans les bois des Champs Élysiens ,

Dont les paisibles citoyens Bravent le triple cri des gueules de Cerbère, Le couple heureux entend les vers du grand Homère , El se console en relisant les tiens.

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