‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 408 sur 411 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

faire dcmêler au lecteur celle Irame, comme il le dil lui-même, d'événemeiils enirelacés les uns dans les autres; pour l'arrêter au moment le plus inlcressaut, sans le rebuter ; et , ce qui est le comble de l'adresse , entretenir toujours une curiosilé toujours trompée.

Vous vous rappelez la fameuse querelle des anciens et des modernes. Connoissez-vous un auteur qui eût pu mettre un plus grand poids dans la balance.^ Les modernes , qu'on opposoil aux anciens , doivent aux anciens mêmes une partie de leur force. L'AriosIe seul , vraimenl original , pouvoit luller conlre eux avec ses propres armes, el ces armes, comme celles de ses héros, étoient enchantées.

Laissons à l'Italie cet éternel procès de la prééminence du Tasse et de l'Arioste, qui amuse la vanilé nationale; leurs genres sont trop différents pour êlre comparés. Admirons la beauté noble, régulière, et majestueuse, de la poésie du Tasse; adorons les caprices charmants, le désordre aimable et l'iiTégularité piquante de la muse de l' Ariosle. Une seule chose les rapproche : c'est le plaisir avec lequel on les lit, même dans les traductions les plus foibles, où pourlant l'Arioste avoit, quoi(|ue sous la même plume, perdu beaucoup plus que le Tasse; car, quel style parmi les modernes égale celui de l'Arioste ? Vous l'avez vengé. Monsieur, de l'infidélité de ses premiers traducteurs, et je vous dirois volontiers, en sljle de chevalerie : « Vous avez redressé les torts de vos prédécesseurs. »

Cependant je vous crois déjà trop de dévouement à la gloire de l'Académie, pour exiger que j'établisse voire supériorilé aux dépens d'un homme eslimable dont le nom est sur sa liste. L'ouvrage de M. de Mirabaud se lit avec intérêt , et, pour tout dire en un mot, il a tiaduit un roman , vous avez traduit un poëme.

Quelle obligation n'avons-nous donc pas. Monsieur, à votre vie retirée et paisible , puisqu'elle nous a valu des ouvrages aussi aimables! Combien vous devez la chérir vous-même, puisqu'elle a tant contribué à voire gloii-e! Cependant, Monsieur, je ne puis m'empècher de faire conlre elle quelques vœux , non eu faveur d'un monde souvent frivole, qui ne vous offriroit aucun dédommagement des vrais plaisirs que vous auriez perdus , mais en faveur de l'Académie qui vous adopte : vous voyez qu'on s'y occupe de tout ce que vous aimez. Quittez donc quel- (juefois votre asile pour elle, et vous croirez ne l'avoir pas quille.

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