A L OCCASION DU VOYAGE D ANACHARSIS
Si VOUS ne deviez pas, Monsieur, être dégoûté d'élogos, je vous dirois que voire ouvrage m'a paru ef-
frayant d'érudition et de connolssances, comme il m'a paru enchanteur de style et d'exécution. Avant vous , on n'avoit jamais imaginé qu'aucun ouvrage pût dispenser de lire Plalon, Xénophon , tous les historiens, et tous les philosophes de la Grèce. Voire ouvrage, le plus beau résultat des plus profondes lectures, tient lieu de tout cela ; et un littérateur peu fortuné avoit raison de dire que voire livre est une véritable économie. Il éloil impossible de faire de toutes ces idées et de toutes ces pensées une masse plus brillante et plus solide; et voire ouvrage m'a rappelé ce métal de Corinlhe , composé de tous les métaux , el plus précieux qu'eux tous. C'est le génie qui a fondu tout cela.
Ces Grecs , (|ui savent à peine s'ils ont eu des aïeux illustres, seroieni un peu étonnés , si on leur disoit qu'un étranger a passé trente ans de sa vie à faire leur intéressante généalogie, et a découvert les titres de leur gloire nationale.
On ne peut rien ajouter aux charmes de vos descriptions. Le plus grand poêle de la Grèce, cet homme dont vous avez si dignement parlé, passoit pour le premier de ses historiens; et son nouvel historien auroit, comme Plalon , passé pour un de ses plus grands poètes, si une action dramatique, des caractères bien soutenus, des images brillantes, sont de la poésie.
Les villes de la Grèce regardoient comme un tilre de gloire d'être nommées dans les poèmes de celui dont elles se disjjutoient le berceau. Jugez, Monsieur, si moi , qui occupe dans l'empire des lettres un si petit coin , je dois être fier de trouver mon nom dans votre magnifique ouvrage. Il est intéressant pour toutes les classes de lecteurs; mais il acquiert un nouveau degré d'iulérêt pour ceux qui ont vu les scènes des grands événements que vous décrivez. Vous avez vu les lieux mêmes aussi bien que les voyageurs les plus attcnlifs. En revenant d'Athènes , je m'étois flatté un moment d'être consullé par vous ; je fus agréablement surpris d'être instruit par vous - même de tout ce que j'avois vu. On dit que l'Académie d'Athènes va être associée à celle de Paris; je reaids grâces à celui par qui va s'opérer cette confralernilé : il sait combien je me tiendrai honoré de la sienne, et l'inviolable attachement que je lui ai voué.