‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 58 sur 411 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

îl la remplit de fleurs, il la garnit de cire, Et conserve en dépôt, pour ces sages emplois. Un suc plus onctueux 3 que la gomme des bois.

Souvent même on les voit s'élal)lir sous la terre, Habiter de vieux troncs , se loger dans la pierre. Joins ton art à leurs soins ; que leurs loils entr'ouverts Soient cimentés d'argile , et de feuilles couverts.

De tout ce qui leur nuit garantis leur hospice : Loin de là sur le feu 4 fais rougir l'écrevisse ; Défends à l'if impur 5 d'ombrager leur maison ; Crains les profondes eaux, crains l'odeur du limon. Et la roche sonore , où l'Écho qui sommeille Répond, en l'imitant, à la voix qui l'éveille.

Mais le printemps renaît ; de l'empire de l'air Le soleil triomphant précipite l'hiver.

Et le voile est levé qui couvroit la nature : Aussitôt, s' échappant de sa demeure obscure, L'abeille prend l'essor, parcourt les arbrisseaux; Elle suce les fleurs , rase , en volant , les eaux. C'est de ces doux tributs de la terre et de l'onde Qu'elle revient nourrir sa famille féconde , Qu'elle forme une cire aussi pure que l'or, Et pétrit de son miel le liquide trésor.

Bientôt abandonnant 6 les ruches maternelles , Ce peuple, au gré des vents qui secondent ses ailes, Fend les vagues de l'air, et sous un ciel d'azur S'avance lentement , tel qu'un nuage obscur : Suis sa route ; il ira sur le prochain rivage Chercher une onde pure et des toits de feu:4lage : Fais broyer 7 en ces lieux la mélisse ou le thym; De Cybèle à l'entour fais retentir l'airain : Le bruit qui l'épouvante , et l'odeur qui l'appelle ,

4>J Expient, collecttimque hœc ipsa ad munera gluten Et visco et Phrygiœ servant pice lentius Ida;.

Ssepe etiam effossis , si vera est fama , latcliris Sub terra lovera larera , peuitusque repertae Pumicibusque cavis, exesîequc arboris antro. Tu tamcn e levi rimosa cubilia limo Doge fovcns circum, et raras super injice fiondes.

Neu propius tcetis taxura sine, neve rubcntcs lire foco cancros; altœ neu crcde paludi, Aut ubi odor cœni gravis, aut ubi concava pulsu

*" Saxa sonant, vocisque offensa résultat imago.

Quod superest, ubi pulsam hiemcm sol aurcus cgit Sub terras , cœluraquc testiva luce reclusit , Illae coatinuo saltus silvasque peragraut, Purpureosque mctunt flores, et flumina libaut Summa levés. Hinc nescio qua dulcediiie i;ctœ Progeniem nidosque fovent; hinc artc récentes Excudunt ceras, et mella tenacia fingunt.

Hinc, ubi jam eraissum caveis ad sidéra cœli Mare per sestatem liquidam suspexeris agmcn,

*" Obscuraraque trahi vento rairabere nubem , Contemplator; aquas dulces et fiondea semper Tecta petunt ; hue tu jussos adsperge sapores, Trita tnelisphylla , et cerinthae ignobile gi-amen ; Tinnitusque cie, et Matris quate cyinbala circum. Ipsœ consident mcdicatis sedibus; ipsae hit'ima more suo sese in cunabula condent.

Sin autera ad pugnara cxierint (uam sxpe duobus Regibus iucessit maguo discordia motu ) ,

L'avertissent d'entrer dans sa maison nouvelle.

Mais lorsque cuire deux rois 8 l'ardente ambilion Allume les flambeaux de la division.

Sans peine l'on prévoit leurs discordes naissantes : Un bruit guerrier s'élève, et leurs voix menaçantes Imitent du clairon les sons entrecoupés. Les comballants épars déjà sont attroupés, Déjà brillent de vaincre, ou de mourir fidèles; Ils aiguisent leurs dards, ils agitent leurs ailes, Et , rangés près du roi , défiant son rival , Par des cris belliqueux demandent le signal. Dans un beau jour d'été soudain la charge sonne : Ils s'élancent du camp , et le combat se donne : L'air au loin retentit du choc des bataillons; Le globe ailé s'agite, et roule en tourbillons; Précipité des cieux , plus d'un héros succombe : Ainsi pleuvent les glands, ainsi la grêle tombe. A leur riche parure , à leurs' brillants exploits. Au fort de la mêlée on distingue les rois ; Ils pressent le soldat, ils échauffent sa rage, Et dans un foible corps s'allume un grand courage 9 : Mais tout ce fier courroux , tout ce grand mouvement, Qu'on jette im peu de sable, il cesse en un moment.

Quand les rois ont quitté les plaines de Bellone, Donne au vaincu la mort , au vainqneiu' la couronne. Aisément on connoîl le plus vaillant des deux : De sa tunique d'or l'un éblouit les yeux ; L'autre, à regret montrant sa figure hideuse, Traîne d'un ventre épais la masse paresseuse.

Il faut, comme les rois '°, distinguer les sujets • Les uns n'offrent aux yeux que d'informes objets; Leur couleur est pareille à la poussière humide

Conlinuoque animos vulgi et trepidantia belle 7° Corda licet longe prœsciscere : namque raorantes Martius ille seris rauci canor incrcpat, et vox Auditur fraclos sonitus imitata tubarum.

Tum trépida; inter se cocunt , pennisquc coruseaut , Spiculaque exacuunt rostris , aptantque lacertos , Et circa regem atquc ipsa ad prœtoria dcnsae Miscentur, magnisque vocant clamoribus hoslem. Ergo, ubi ver nactœ sudum camposquc patentes, Erumpunt portis ; concurritur; œthere in alto Fit sonitus, magnum mixta; glomerantur in orbem, S'' Prœeipitesque cadunt. Non dcnsior aère grando, Ncc de coDcussa tantuni pluit ilicc glaodis. Ipsi per médias acies, iusignibus alis, Ingentes animos angiisto in pectore versant, Usque adeo obnixi non ccdere, dum gravis aut hos Aut hos versa f'uga victor dare terga subegit. Hi motus animorura , atque haec certamina tanta Pulveris exigui jactu compressa quiescent.

Verum ubi ductores acie revocaveris ambo, Deterior qui visus, eura , ne prodigus obsit, 9° Dede neci : melior vacua sine regnet in aula. Aller erit maculis auro squalentibus ardens; Nam duo sunt gênera; hic melior, insiguis et ore. Et rutilis clarus squamis : ille liorridus aller Desidia, lalamque trahens inglorius alvum.

Ut binœ regum faciès, ita corpora plebis : Namque alise turpes horrenl, ceu pulvere ab alto Quum venit, et sicco terram spuit orc viator

LES GEORGIQUES

Que diasse un voyageur de sou gosier aride : Les autres sont polis, et luisants, et dorés, El d'un brillant émail richement colorés. Préfère cette race : elle seule, en aulomnc, T'enrichira du suc des lleurs qu'elle moissonne ; Elle seule, au printemps, te distille un miel pur. Qui dompte l'àpreté " d'un vin fougueux et dur.

Cependant si ce peuple, en son humeur volage , Quitloit ses ateliers, suspendoit son ouvrage, Sans peine on le rappelle à ses premiers emplois. Arrache " seulement les ailes de ses rois; Quels sujets oseront, quand leur chef est tranquille, A bandonner leur poste et déserter la ville .-*

Toi-même , pour fixer leurs folâtres humeurs , Parfume tes jardins des plus douces odeurs; Ombrage de pins verts les dômes qu'ils habitent; Que les vapeurs du thym au travail les invitent; Que Priape '3 ^ en ces lieux, écarte avec sa faux Et la main des voleurs et le bec des oiseaux ; Fais-y naître des fruits, fais-y croître des plantes. Et verse aux tendres fleurs des eaux rafraîchissantes.

Si mou vaisseau «4, long-temps égaré loin du bord, Ne se hâtoit enfin de regagner le port, Peut-être je peindrois les lieux chéris de Flore ; Le narcisse '5 en mes vers s'empresseroit d'éclore; Les roses "6 m'ouvriroient leurs calices brillants; Le tortueux concombre arrondiroit ses flancs; Du persil toujours vert , des pâles chicorées , Ma muse abreuveroit les tiges altérées; Je courberois'7 le lierre et l'acanthe en berceaux; Et le myrte amoureux ombrageroit les eaux.

Aux lieux où le Galèse '8, en des plaines fécondes. Parmi les blonds épis roide ses noires ondes. J'ai vu, je m'en souviens, un vieillard fortuné,

Aridus; clucent aliœ, et fulgore coruscaut Ardentes aiiro, et paribus lita corpora guttis. ">° Ha'c polior soboles : hinc cœli tempore certo

Dulcia mella premcs, nec tantiim duleia, quantum Et liquida, et durum Bacchi doniitura sapoiein.

At quum iiicerta volant, creloquc examina ludunt , Contemnuiitque favos , et frigida tecta rclinquunt, Instabiles auimos ludo prohibebis iuani.

■ Mec maguus proliibere labor. Tu rcgibus alas Eripc : non illis quisquam cunctantibus altum Ire itcr, aut castris audcbit vellerc signa. Invitent croceis balantes floribus borti, "" Ft custos furura atque avium cura f'alcc saligna Hellcspontiaci scrvet tutela Priapi.

Ipse tbyraum pinosquc fcrcns de inonlibus altis Tecta serat late circum , cui talia cur.x ; Il)se labore manura dure terat; ipse fcraces Figat humo plantas, et amicos iiriget imbres.

Atque equidem, extrême ni jara sub fine laborum Vêla traham, et terris fcstincm advcrtere prorara, Forsitan et pingues bortos quse cura colendi Ornaret, canerem, biferiquc rosaria Pîesli; '3" Quoque modo potis gaudercnt iiityba rivis, Et virides apio ripae, tortusque per hcrbam Cresccret in ventrera cucumis; nec sera comantem Narcissura, aut flexi tacuissem vimen acantlii, Fallcntcsquc bedcras, et amantes litora inyrtos.

Possesseur d'un terrain long-temps abandonné. C'éloit un sol ingrat, rebelle à la culture, Qui n'offroit aux troupeaux qu'une aride verdure, Ennemi des raisins , et funeste aux moissons : Toutefois, en ces lieux hérissés de buissons, Un parterre de fleurs, quelques plantes heureuses Qu'élcvoient avec soin ses mains laborieuses, Un jardin, un verger, dociles à ses lois, Lui donnoient le bonheur, qui s'enfuit loin des rois. Le soir, des simples mets que ce lieu voyoit naître, Ses mains chargeoient , sans frais , une table champêtre ; Il cueilloit le premier les roses du printemps, Le premier, de l'automne amassoit les présents; Et lorsque autour de lui, déchainé sur la terre. L'hiver impétueux brisoit encor la pierre, D'un frein de glace encore enchaînoit les ruisseaux. Lui déjà de l'acanthe '9 émondoit les rameaux; Et, du printemps tardif accusant la paresse, Prévenoit les zéphyrs, et hâtoit sa richesse. Chez lui le vert tilleul tempéroit les chaleurs; Le sapin ^° pour l'abeille y distilloit ses pleurs : Aussi, dès le printemps, toujours prêts à renaître, D'innombrables essaims enrichissoient leur maitre; Il pressoit le premier ses rayons to'ujours pleins. Et le miel le plus pur écumoit sous ses mains. Jamais Flore chez lui n'osa tromper Pomone : Chaque fleur du printemps éloit un fruit d'automne. Il savoit aligner 2', pour le plaisir des yeux. Des poiriers déjà forts, des ormes déjà vieux, Et des pruniers greffés , et des platanes sombres Qui déjà recevoient les buveurs sous leurs ombres. Mais d'autres chanteront les trésors des jardins : Le temps fuit ; je revole aux travaux des essaims. Jadis parmi les sons des cymbales bruyantes ,

Namque sub Œbaliae memini me turribus arcis, Oua niger humectât flaventia culta Galesus, Corycium vidisse scncm, cui pauca relicti Jugera ruris crant : nec fertilis illa juvencis, INec pecori opportuna seges, nec commoda Baccbo.

'3o Hic rarum tamen in durais olus, albaque ciicum Lilia, vcrbcnasque premens, vescumque papaver, Regum acquabat opes anirais, seraque revertens Nocte domum dapibus raensas onerabat inemptis. Primus vere rosam atque auctumno carpere poma; Et quum tristis hiems etiamnum frigore saxa Runq)eret, et glacie cursus fra;naret aquarum, Ille comam mollis jam tum tondebat acanthi, jEstateui incrcpitans seram , Zepbyrosque morantes. Ergo apibus fetis idem atque examine multo

•40 Primus abuudare, et spuraantia cogère pressis Mella favis : illi lilise, atque uberrima pinus; Quoique in flore novo pouiis se fertilis arbos Inducrat, totidem auctumno matura tenebat. nie etiam seras in versum distulit ulmos, Eduramque pyrum, et spinos jam pruna fcrentcs, Jauique ministrantem platanum potantibus umbras, Verum haîc ipse equidem spatiis exciusus iniquis Pr.Tlereo, atque aliis post me mcmoranda relinquo, Nunc âge, naturas apibus quas Jupiter ipse

•S" Addidit, expediam; pro qua mercedc, canoros Cuietum soniliis crcpitantiaque xra secutiu,

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