LIVRE IV
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L'abeille, secondant les soins des Corybantes, Nourrit dans son berceau le jeune roi du ciel : Son admirable instinct fut le prix de son miel.
Chez elle, les sujets unissent leurs fortunes; Les enfanis sont communs , les richesses communes : Elle bâtit des murs, obéit à des lois, Et prévoit aux temps chauds les besoins des temps froids. L'une 22 s'en va des Heurs dépouiller le calice; L'autre, d'un suc brillant et des pleurs du narcisse Pétrit 23 les fondements de ses murs réguliers, Et d'un rempart de cire entoure ses foyers; L'autre ^4 forme un miel pur d'une essence choisie , Et comble ses celliers de sa douce ambroisie ; L'autre ^5 élève à l'élat des enfants précieux : Celles-ci tour-à-tour vont observer les cieux ; Plusieurs font sentinelle, et veillent à la porte; Plusieurs vont recevoir les fardeaux qu'on apporte ; D'aulres livrent la guerre au frelon dévorant : Tout s'empresse ; par-tout coule un miel odorant.
Tels les fils de Vulcain, dans les flancs de la terre, Se hâtent à l'envi de forger le tonnerre : L'un, tour-à-tour, enferme et déchaîne les vents; L'autre plonge l'acier dans les flots frémissants; L'autre du fer rougi tourne la masse ardente : L'Etna tremblant gémit sous l'enclume pesante; Et leurs bras vigoureux lèvent de louids marteaux , Qui tombent en cadence et domptent les métaux.
Tels, aux petits objets si les grands se comparent, En des corps différents ^6 les essaims se séparent. La vieillesse d'abord préside aux bâtiments, Dessine des remparts les longs compartiments,
Dictaeo cœli regem pavere siib antro.
Solœ communes uatos, consortia tecta
Urbis habent, raagnisque agitant sub legibus aevum,
Et patriam solae et certes nov(;re pénates;
Venturaeque blêmis memores >Tstate laborcm
Experiuntur, et in médium quxsita reponunt.
INamque aliœ victu invigilant, et fœdcre pacto
Exercentur agris : pars intra septa doraorum iGo IVarcissi lacrimam, et lentum de cortiee gluten.
Prima favis ponunt fundaraina; deinde tenaces
Suspendunt ceras : aliae, spem gentis, adultes
Educunt fctus : aliic purissima mella
Stipant, et liquide distendunt nectare cellas.
Sunt, quibus ad portas cecidit custedia sorti;
Inque vicem speculantur aquas et nubila cœli ;
Aut enera accipiunt venicntum, aut agmine facto
Ignavum fucos pecus a prœsepibus arcent.
Fervet opus, redolentque thymo fragrantia mella. ■7o Ac veluti lentis Cyclopes fulmina njassis
Quum properant, alii taurinis follibus auras
Accipiunt redduntque; alii stridentia tino-unt
Mra lacu; gémit impositis incudibus yEtna.
Illi inter sese magna vi brachia tollunt
In numcrura, versantque tenaci l'orcipe ferrum. Non aliter, si parva licct compencre magnis ,
Cecropias innatus apes araor urget habendi ,
Munere quamque suo. Grandaevis oppida curie.
Et muuire favos , et Daedala fingere tecta : '^''^ At fessae multa referunt se nocte minores ,
Crura tbymo plenae; pascuntur et arbuta passim.
La jeunesse, des murs abandonnant l'enceinte. Sur le safran vermeil '7, sur la sombre hyacintlie, Sur les tilleuls fleuris enlève son butin , Moissonne la lavande et dépouille le thym.
On les voit s'occuper 2", se délasser ensemble. L'aurore luit, tout part; la nuit vient, tout s'assemble; L'espoir d'un doux repos les invite au retour; On s'empresse à la porte , on bourdonne à l'entour ; Dans son alcôve enfin chacune se cantonne : Plus de bruit; tout ce peuple au sommeil s'abandonne.
L'air est-il orageux et le vent incertain ? Il ne hasarde point de voyage lointain : A l'abri des remparts de sa cité tranquille , Il va puiser une onde à ses travaux utile ; El souvent dans son vol, tel qu'un nocher prudent, Lesté d'un grain de sable 29, il affronte le vent.
Ses enfants sont nombreux; cependant, ô merveille. L'hymen 3o est inconnu de la pudique abeille ; Ignorant ses plaisirs ainsi que ses douleurs, Elle adopte des vers éclos du sein des fleurs , De jeunes citoyens repeuple son empire , Et place un roi nouveau dans ses palais de cire ; Aussi , quoique le sort , avare de ses jours , Au septième printemps en termine le cours. Sa race est immortelle ; et , sous de nouveaux maîtres , D'innombrables enfants remplacent leurs ancêtres.
Plus d'une fois aussi, sur des cailloux tranchanis Elle brise son aile en parcourant les champs, El meurt sous son fardeau, volontaire victime : Tant du miel et des fleurs le noble amour l'anime'.
Quel peuple de l'Asie ^' honore autant son roi ?
Et glaucas saliccs, casiamque, crocumque rubentem, Et pingucm tiliam, et ferruginees hyacinthes.
Omnibus una quies operum, laber omnibus unus. Mane ruunt portis, nusquam raora; rursus easdein Vesper ubi e pastu tandem deccdere carapis Admouuit, tum tecta petunt, tum corpora curant. Fit senitus, mussantque eras et limina circum. Post, ubi jam tbalamis se composuerc, siletur
'9° In noctem, fessesque sopor suus occupât artiis.
Nec vero a stabulis pluvia impendente recedunl Longius, aut creduut cœlo, adventantibus Euris : Sed circum tutae sub mœnibus urbis aquantur, Excursusque brèves tentant, et s<cpe lapillos, Ut cymbae instabiles fluctu jaclante saburram, Tellunt; bis sese pcr inania nubila librant.
Illum adco placuisse apibus miraberc merem , Quod nec cencubitu indulgent, nec corpora segiics la Venercm solvunt, aut fétus nixibus cdunt;
200 Verum ipsae e foliis natos et suavibus herbis Ore legunt; ipsse regem parvosque Quirites Sulficiunt, aulasque et cerea régna refinguut. Ergo ipsas quamvis angusti terminus aevi Excipiat, neque enira plus septima ducitur aestas; At genus immortule manet, multosque per annos Stat fortuna demus, et avi numerantur avoruiD.
Sa'pc ctiam duris errando in cotibus alas Attrivere , ultreque auimam sub fasce dedere. Tantus amer florum , et gcnerandi gloria mellis .'
210 Praetcrca regem non sic vEgyptus , et ingons
Lydia, nec populi Partherum, aut Medus Hvdaspes