LE CONGÉ
BILLET d'oVIBE A CIIE DAME EOMAINE.
Eh! ne croyez donc plus, Madame, Qu'à ce point il m'ait affligé :
C'est encor pour troubler mon âme Trop peu de chose qu'un congé.
Soyez infidèle et légère ; Qu'importe? je ne m'en plains pas :
L'amour seul donne la colère , Et , puisqu'il faut être sincère, Je vous cherche encor des appas.
Qu'avez-vous? des lèvres de rose.
Un pied charmant , un joli nez ?
Un joli nez! la belle chose!
J'en connais cent de mieux tournés :
Et ce pied charmant (pardonnez :
Mais moi, je n'en suis pas la cause) Promet moins que vous ne donnez *.
' Dans rAlmanach des Muses de 1777, et dans Tédition de 1823. Voyez plus haut la note page 3 1 1 .
* Le grave M. Picardet, conseiller à la Table de marbre de Dijon, a iait sur les petits pieds un fort joli rondeau ^ que Ton peut chercher dans
Vous êtes, entre nous, trop fière De vos grâces, de vos talens.
Vous savez et trahir et plaire ?
Le beau mérite à dix-huit ans !
Flore, Céphise , Églé , Madame, Ont ces charmes que vous vantez :
Et parmi ces jeunes beautés Je puis trouver une bonne âme Qui daigne encor tromper ma flamme Pour punir vos légèretés.
Ah ! depuis que j'ai cessé d'être Et votre dupe et votre amant, Que mon cœur s'est senti renaître !
Que je m'endors paisiblement!
Mon sang circule avec vitesse , Et je retrouve ma gaieté.
Non, rien , Madame, en vérité.
Rien n'est si bon à la santé Que de quitter une maîtresse Ou bien que d'en être quitté.
l*Élite de poésies fugitives; ou y trouvera l'explicatioii de ce passage. Il aidera aussi à entendre cette phrase des Amours de Chérale, dans le portrait d'Ismène : « Son pied est joli, mignon, extrêmement flatteur.,. « mais je n'en sais pas davantage ; » et cet endroit d'une lettre de Pamy : « Il existe un proverbe exdusif en faveur des petits pieds ; poin> rhonneiir « de nos dames , je m'inscris en faux contre ce proverbe. »