‹ Œuvres complètes: avec notes et variantesChapitre 27 sur 140 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

De presser avec toi le nectar des abeilles ', D'écarter les voleurs et les oiseaux gourmands , Ou de compter les fruits qui rompent tes corbeilles. Avec toi," d'un front plus riant J'accueillerais une aimable indigence, Que si des dieux , sans toi , la barbare indulgence Mettait à mes genoux l'Europe et l'Orient *.

Que m'importe l'Euphrate ^ et son luxe superbe? Que m'importe Paris et son art dangereux, Si, tous deux enfoncés dans l'épaisseur de l'herbe, Ou dans ces blés flottans, dont Tor sur tes cheveux, Ornement importun, vient se courber en gerbe. Je te trouve plus belle ^, et moi plus amoureux? Ah ! loin des faux plaisirs dont la richesse abonde. Crois-moi, l'amant heureux, qui seul au fond du bois Te caresse au doux bruit et des vents et de l'onde ^,

* Aut pressa puris meUa eondit amphàris.

Horace , Epod. ix , i :> .

* Sii mUii paupertas tecum jucunda , Neeera;

Atsine te regum munera nuUa nmlo.

TlBULLE, ITT, 23.

3 Édition de 1780:

Que m'importe Ecbatane...

4 Ihid.:

Si tons deux enfoncés dans Tépaisseur de rberbe , Ta n'en es que plus belle...

* Jhid, :

Te babe an bruit des rents , au murmure de Tonde.

Est au-dessus des rois qui gouvernent le monde, Est au-'dessus des dieux qui gouvernent les rois ^.

' Regum timendorum in proprios grèges, Reges in ipsos imperium est Jovis.

HOBAGS, III, Od. I, 5.

tl semble presque qu*Horace se soit souvena de ces mots de Jules César, conservés par Suétone (ch. 36) : Est ergo in génère et sanctiias regum , qui plurimum Inter homines poffent, et cœrimonia deorum quorum ipsi in potestaie sumt reges.

Les rois sont les maitret du monde ; Les dieux sont les maîtres des rois ,

a dit J. B. Rousseau, dans sa belle ode sur la Naissance du Duc de Bretagne. Dans un souper où La Métrie et quelques autres convives , encouragés par le maître, attaquaient Texistence de Dieu, Frédéric demanda l'avis de Baculard : «Sire , répondit-il, j'aime à croire à un être qui est au-dessus « des rois. » Ce mot seul vaut mieux que toutes les œuvres de Baculard.

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