‹ Œuvres complètes: avec notes et variantesChapitre 40 sur 140 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ELEGIE IV

JL EUCHARIS.

Que me sert aujourd'hui,dans des nuits plus heureuses,

D'avoir su te former aux combats de Vénus?

Que me sert, en pressant tes lèvres amoureuses,

De t'avoir révélé des secrets inconnus?

Je suis victime ' hélas ! de ma propre science :

Moi-même, à me trahir, j'instruisis ta beauté.

Que je dois regretter ton aimable ignorance ,

Ta craintive pudeur, et ta simplicité ^ !

Quand ton cœur autrefois couronna ma tendresse.

Tes mains savaient à peine agiter^ des verroux:

K ileui heu/ nuné premor arte mea.

TlBULLE , 1 , 6 , zo.

* édition de 1780:

. . . i . . et ta nistictfié.

Il se souvenait de son Ovide ( Jm . » i , 8,44):

ylut, si rusticitas non vetat y ipsa n^t.

Mais ce latinisme était peu heureux.

3 Agiter n*est pas le mot propre ; non plus que tourner, qu^il emploie deux vers plus bas. Parny , au reste , a parlé de même:

Une main d*amaat Ira doncement, Se glissant dans l'ombre, Tonmer les verroux Qui dès la nuit sombre Sont tirés sur vous.

Il fallait peut-être , « tirer les verroux fermés sur vous. »

Je t'appris, le premier, par quelle heureuse adresse ' On peut, en les tournant, échapper aux jaloux; Je t'appris Tart, si cher à la jeune maîtresse , D'écarter de son lit un odieux époux ^ ; Malheureux! en un mot , je t'appris comme on aime. Ton orgueil s'enrichit de mes rares secrets.

Du suc brillant des fleurs j'embellis tes attraits, Et remis dans tes mains le fard de Vénus même. Nulle amante bientôt ne sut mieux effacer Le bleuâtre sillon , que sur un cou d'albâtre Imprime de ses dents un amant idolâtre \ Et ces doux souvenirs qu'on se plaît à tracer. Quel prix de tant de soins a donc reçu ton maître ? Un autre impunément jouit de mes leçons.

Le laboureur du moins recueille ses moissons, Et goûte en paix les fruits que ses mains ont fait naître. Un autre, un autre... ô ciel! conçois-tu mes soupçons?

' I9*e$t-ce pas moi de qni rbeurense adressa Aux voluptés instruisis ta jeunesse?

Pa&itt.

* Ip^e miser doeui quo posset ludere pactp

Custodes

Fingere tune didicit causas cur sola cuburet^ Cardine tune tacito ojertere posse fores,

TiBUtiLE, 1,6, 9.

Le mot maîtresse n'est peut-être pas ici placé avec assez de propriété. Le poëte Ta employé de la même façon dans réiégie xxiii du iii*^ livre.

3 Tune succos herbasque dedi quis Uvor abirel, Quemfacit impresso mulua dente FfiOMS.

TlBCLLE, 1,6, i3.

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