LIVRE IL
Conçois-tu les fureurs de mon âme offensée ?
Oui , je te vois , ingrate ; et ma triste pensée
Se figure déjà de combien de façons
Le barbare te tient , sans pudeur, embrassée ^
Peux-tu me préférer ce rival orgueilleux ,
Vil suivant de Plutus que l'intérêt dévore,
Et dont Tinstinct grossier préfère à tes beaux yeux
Ces trésors criminels qu'aux bornes de l'aurore
A cachés vainement la prudence des dieux ^ ?
Oses-tu bien presser de tes mains caressantes
Ce cœur inexorable, aux travaux endurci,
Qui trois et quatre fois, sous un ciel obscurci.
N'a pas craint d'affronter les deux mers frémissantes ^,
Et des chiens de Scylla les clameurs gémissantes ,
Et ces gouffres profonds tournoyans sous ses pas?
Penses-tu qu'amoureux de son doux esclavage ,
Désormais il renonce à quitter le rivage?
On dit que l'inhumain, méprisant tes appas,
Déjà prêt à partir sur la foi d'une étoile ,
' .... tithe mens mihi perditajfngit
Quis ve meam tentât t quot teneat 've modis.
TtBULLK, II, 6, 5t.
* Nec quicquam deus a^eidit *
Prudens oeeano dissociahiles
Terras.
Horace» i, Od» 3.
3 Ter et quater
Anno revisens œquor Atlanticum,
Horace, t, 0</. 3i, i3.
7a LES AMOURS.
Redemande des vents, fait déployer la voile , Et de ton lit oiseux veut courir au trépas.
Que je plains ta douleur I amante infortunée , Combien tu pleureras ton fql égarement!
Malgré ton crime, hélas ! de plaisirs couronnée, Puisses-tu ne jamais connaître le tourment D'aimer comme je t'aime , et d'être abandonnée!