LIVRE IL
Tu ne connais pas les dédains
De cette*^ amante impérieuse,
£t sa colère impétueuse,
£t ses caprices inhumains.
La paille errante et passagère,
Qui dans l'air tourne en s'élevant,
La laine éparse au gré du vent,
La feuille da tremble mouvant .
Est moins inconstante et légère :
Cent fois plus terrible en ses jeux
Que la cascade vagabonde,
Qui des Apennins orageux
Se précipite, écume, gronde^
Et roule dans les champs fangeux ;
Ou que la mer Adriatique ' ,
Quand des bords d'Europe et d'Afrique
Deux vents déchaînés dans les airs ,
Jusque dans le sein de Venise ,
Sur le dos de Neptune assise.
Font bouillonner les flots amers.
* improbo
Iracundior Hadria.
ffoRACK» XII, Od, 9.
Fretis acrior Hadriœ Curvan^s Caiabros sinus.
Id.^ f , Od. 23.
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ELEGIE VIL
A EUCHARIS
Qui t'aimera jamais comme je t'aime ?
Dans tes yeux seuls qui mettra son bonheur?
Reviens, ô mon bien suprême; Entre mes bras abjure ton erreur ; Reviens, crois-moi : mon visage lï'est point si changé du temps.
Vois sur mon front ces cheveux bruns flottans : De la vieillesse ont-ils senti l'outrage?
Ne rougis point de mon âge ; Je compte à peine un lustre après vingt ans ^ Je suis cher à Vénus, cher au dieu de la Thrace ; Au milieu des festins je bois le vin mousseux ; Émule de Chapelle, et disciple d'Horace, Parfois son luth, avec grâce, A retenti sous mes doigts paresseux.
Qui sait mieux, à pas lents , dans une nuit obscure, Chercher furtivement l'objet de ses désirs,
• Cette élégie a dû être écrite vers 1777.