‹ Œuvres complètes: avec notes et variantesChapitre 48 sur 140 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ELEGIE IX-

A M. LE CHEVALIER DE P. '

Je perds la moitié de moi-même.

Et tu me défends de pleurer ^ !

Ami, qui pourrait endurer Mon infortune et ma douleur extrême?

Un autre, ô ciel ! de plaisir éperdu, Ck>ntre son cœur pressera Tinfidèle ^ !

Un autre dormira près d'elle , jusqu'au milieu du jour, à ma place étendu!

Et moi, pour prix de mes ardeurs sincères ^,

' Ici encore réditeur de 1 8i3 a écrit en entier le nom de Parny. Bertin répond probablement à Télégie de*Parny , qui commence par ces vers :

Quoi ! tn gémis d^une inconstance ?

Tu pleures, nouveau Céladon?

* EripUur nobis jam pridem cara pueUa ,

Et tu me lacrymas/undere , nmict , n/etas.

Propkrck, II, 7, t.

3 PossÊun ego in alterms posUam spectare lacerto?

Propebcb , ▼, 8 , 5.

à ma place étendu I

Comme des ombres mensongères; Et moi, dans TAge des amours, Hélas ! je verrai pour toujours S*évanomr mes heures les plus cbères.

Cet arrangement était pénible et embarrassé. La nouvelle leçon est plus

Trahi , quitté dans l'âge des amours , Hélas! je verrai pour toujours,

nette ; mais les quatre rimes féminines sont d'une excessive négligence. Le triplet est, dans le style simple, d*un usage assez fréquent; et Bertin Va. employé dans les élégies ni et vu de ce livre , sans que nous ayons songé à lui en faire reproche. Les quatre rimes ne se peuvent facilement défendre. Nous nous rappelons bien que Chapelle a dit, dans son Voyage : « Mais

sitôt

Qu*au logis il fîit retiré , Débotté, frotté, déciré.

Et qii*il nous parut délassé , n fut , comme il &nt, embrassé.

Mais ce n'est là qu'un badinage sans conséquence. Nous savons aussi que Pompignan, dans son Voyage de Languedoc, a même entassé cinq rimes en a ; « Je suis sûr

Que persomie ne nous lira ,

On que celui qui le fera

A coup sûr trèf-fort s'ennuiera.

Que vers et prose on sifflera ,

Et que sur cette preuve-là

Le régiment de la calotte

Pour ses voyageurs nous prendra.

Mais ce n'est encore là qu'une licence hurlesque. Il y a cinq rimes en ie/u dans la dixième scène du Fou de Qualité, mauvaise comédie de Poisson; cinq rimes en ien et sept en on dans deux excellentes épigrammes de Le Brun contre Baculard. J'omets d'autres exemples de cette espèce , parce que l'indépendance et l'iirégularité du style burlesque ne peuvent convenir au caractère noble, quoique simple , de l'élégie. Un passage pourtant pourrait embarrasser un peu : c'est celui-ci :

J*eusse en ses yeux fait briller de son âme Tous les trésors , quoique imparfaitement :

Car ce cœur vif, et tendre infiniment Pour ses amis, et non point autrement ; Car cet esprit, qui , né du firmament, A beauté d'homme avec grâce de femme.

Ne se peut pas, comme on vent , exprimer.

Cest La Fontaine (xii, Faèle 1 5 ) qui s'est permis l'accumulation de ces

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