LIVRE III
ELEGIE II
A CATIHE.
Va, ne crains pas que je l'oublie,
Ce jour, ce fortune moment,
Où, pleins d'amour et de folie.
Tous les deux, sans savoir comment.
Dans un rapide emportement,
Nous fîmes le tendre serment
De nous aimer toute la vie '•
Tu n'avais pas encor seize ans; Les jeux seuls occupaient ta naïve ignorance ; Tes plaisirs étaient purs, et tes goûts innocens; L'œil baissé, tu voyais avec indifférence S'arrondir de ton sein les trésors ravissans. De ces dons précieux je t'enseignai l'usage ; Je sentis sous mes doigts le marbre s'animer; La pudeur colora les lis de ton visage; Ton tendre cœur s'ouvrit au doux besoin d'aimer.
■ Édition de 1780:
Dans un rapide en^rtement If oas Doas luiliiies pour la vie.
iio LES AMOURS.
Te souvient-il de ces belles soirées ,
Où dans le bois touffu nous respirions le frais ? Entre ta sœur et ta mère égarées ,
Mes mains savaient toujours rencontrer tes attraits; De mon bras gauche étendu par derrière , Je te serrais mollement sur mon cœur; A leurs cotés je baisai^ ta paupière, Et ce péril augmentait mon bonheur.
Enfin je l'ai cueilli ce prix de ma tendresse ,
Que tes cris refusaient à mon juste désir ; Tu sais avec combien d'adresse,
Malgré toi, par degrés, il fallut le saisir.
Tu frémis de douleur, tu répandis des larmes ;
Mais un dieu qui survint dissipa tes alarmes,
Et le plaisir guérit l'ouvrage du plaisir.
Prémices de l'amour, délicieuse ivresse, Âh! que ne durez-vous toujours!
Plaisirs, dont Tenfance intéresse,
Ne fuyez pas si vite ; arrêtez : qui vous presse ' ?
Votre aurore vaut seule un siècle de beaux jours.
Eh ! qui peut remplacer l'erreur enchanteresse
Où s'abandonne alors, un amant éperdu?
> La Fontaine a la même forme de langage, dans la hàAe des Deux
Pigeons:
Attendez les zéphyrs : qtâ tous presse?
et dans la Matrone d'Éphèse :
On ne menrt qae trop tôt : qoi nous presse? attendons.