LIVRE III. 1S
Le signal est donné : tous les yeux étincellent; Tous les piedsYont pressant; tous les grains sont ouverts. De riches flots de pourpre au même instant ruissellent, Et l'ambre le plus pur s'exhale dans les airs.
Chantona, célébrons l'automne.
Enfans , répétez mes vers.
J'entends déjà dans la tonne
Le doux nectar qui bouillonne,
Et qui veut rompre ses fers.
Enseveli sous te sable
Et réservé pour la table ^
Ce vin doit porter un jour
Des bons mots à la jeunesse ,
Des erreurs à la sagesse^
Des feux même à la 'vieillesse ,
Et des désirs à l'amour'.
> Ces yen rappellent ceux du cardinal de Bernas à Éléopore :
Td donnerais des sens à la sagesse £t des dëûrs à la froide raison.
i6o LES AMOURS.
ELEGIE XVIII
LE DEPART t.
A LA MÊME
Non , jamais peut-être à mes yeux Tu n'avais paru si charn\ante; Jamais de ta grâce piquante Mon cœur ne fut plus amoureux :
Et cependant , ô ma maîtresse ,
n faut m'exiler de tes bras ! ,
Malgré l'excès de ma tendresse , Et le pouvoir de tes appas, Il feiut quitter ce doux rivage , Ce clair ruisseau , ce frais bocage , Cent fois témoins de notre ardeur; Il fkut laisser tout mon bonheur, Et n'emporter que son image!
Sous de funestes étendards Un devoir importun m'appelle :
Soldat poudreux , aux champs de Mars
' Cette élégie n*est point dans l'édition de 1 780.