LIVRE III. i
Qu'à ton bras pende une corbeille ; Et , comme on voit la diligente abeille De leurs plus doux parfums dépouiller les jardins ,
En te jouant détache ces raisins.
De sillons en sillons, cours, poursuis ton ouvrage; Anime d'un souris ces pasteurs empressés,
Qui, dans la vigne dispersés, A peine de leurs fronts surmontent son feuillage. On chante : dans l'osier tombent de tojates parts Ces raisins abondans qu'un sombre azur colore , Ceux dont lemail pâlit, mais que le soleil dore; Et bientôt avec pompe étalés sur des chars.
D'un peuple avide au loin ils frappent les regards, Encor tout layonnans des larmes de l'Aurore.
O soins délicieux , ô fortunés travaux , Dont les fatigues même enchantent la paresse !
Cependant du sein des hameaux Il s'élève un long cri : la troupe, avec vitesse, De leurs derniers présens dégarnit les rameaux; Le vieillaiil en triomphe apporte sa richesse. Tandis qu'un doux muscat retardant la jeunesse. Pour un seul prix offert anime vingt rivaux. ' Succédez à ces soins, repas simple et rustique^ Repas cent fois plus doux que les festins des dieux. Sur l'herbe, assis en cercle, autour d'un vase antique. Sur ce mets odorant qui parfume les cieux , Chacun porte à la fois et la main et les yeux.
i58 LES AMOURS.
Le palais chatouillé , d'abord la soif s'allume ; Soudain paraît un broc, qui , tout couvert d'écume, Et rempli d'un vin doux dans la ferme apprêté , Par les plus prompts buveurs est long-temps disputé. Il circule : avec lui circulent la gaîté , Les bons mots et l'erreur, l'audace et la folie. Lucas cueille un baiser sur le sein d'Égérie , Qui toujours s'en offense et s'apaise toujours; Mais sa rougeur lui reste, et la rend plus jolie. Ce baiser^ ces combats, ma chère Gatilie, T^ tumulte, les ris, les folâtres discours D'un convive animé qui doucement s'oublie, '' Tout protège, encourage , ou nous peint nos amours; Tout prête à mon bonheur un çhàhne qui l'augmente. Heureux qui dans ce jour, conduisant son amante, Le plaisir' dans les yeux , de cercle en cercle errant, Lui porte un doux tribut dans l'argile fumante , Et d'un mets effleuré par sa lèvre charmante , Savoure, avec lenteur, le baume restaurant!
Mais déjà l'ombre croît ; la feuille qui murmure Annonce un Vent plus frais, humide enfant du Soir : Réservant pour tes jeux la grappe la plus mûre. Tout ton jpèuple à l'envi te demande au pressoir. Cède à ses cris joyeux et remplis son. espoir ;
Reifds un moment à la nature Ces pieds si délicats que blesse leur chaussure ; Monte. Tout est tranquille, et tout va s'émouvoir.