‹ Œuvres complètes: avec notes et variantesChapitre 9 sur 140 · LIVRE I. i · texte numérisé non relu

LIVRE I. i

Dans cet état la trouvant endormie, (Je l'avouerai ) j'oubliai mon serment.

Oh! qui pourrait, dans ces instans d'ivresse, Se refuser un si léger larcin ?

Quel cœur glacé peut revoir sa maîtresse, Ou la quitter, sans baiser son beau sein ?

Non! je n'ai point ce courage barbare; L'amant aimé doit donner des plaisirs ; L'enfer attend ce possesseur avare'.

Toujours brûlé d'inutiles désirs.

Puisse souvent la beauté que j'adore, Nue à mes yeux imprudemment s'offrir!

Je veux encor de baisers la couvrir.

Quand je devrais la réveiller encore.

Dieux! quel réveil! mon cœur bat d'y songer.

Son œil troublé n'avait rien de farouche * ; Elle semblait quelquefois s'affliger, Et le i*eproche expirait sur sa bouche ^.

* Cette idée est peut-être due à ces vers d'Ovide ( Am,, ni, 7 ) :

Qvù/, nisiposseM dives avarus opes ?

Sic aret mediis taciH ^ulgator in uiuUs,

Son regard fier n*ayait rien de (aroncbe.

3 Je le yis ; son aspect n'avait rien de farouche ; Je sentis le reprodie expirer dans ma bouche.

lUcxifE, Ijfh», IX» r.

i4 LES AMOURS.

Déjà l'Amour est prêt à nous unir * :

J'essaie encor de me détacher d'elle * ;

De ses deux bras je me sens retenir :

On crie, on pleure, on me nomme infidèle.

A ce seul mot, il fallut revenir.

a Ah ! qu'as-tu fait, lui dis-je alors, mon âme?

(c Je meurs d'amour : cruelle , qu'as-tu fait ?

« De tes beaux yeux, de ces yeux pleins de flamme,

« Voilà pourtant l'inévitable effet.

a Pourquoi poser ta tête languissante

a Contre ce cœur ému de tes accens?

a Pourquoi cent fois, de ta main caressante ,

« Au doux plaisir solliciter mes sens?

a Un seul baiser — '• quand ta bouche vermeille

a Le poserait avec plus de douceur

« Que ne le donne et le frère à la sœur^,

' Toutes les éditions portent : .

Déjà rAmour avait su nous unir.

Nous avons suivi l'errata de celle de 1785, lequel a échappé à l'attention de nos prédécesseurs.

^ Édition de 1780 ;

J'essaie en rain de me détacher d'elle.

^ oscula

Qualia necjratri tulent germana severo.

Ovide, Am.j ir , 5.

L'éditeur de la traduction gi'ecque des Métamorphoses d'Ovide a rassemblé

Page 1