LIVRE I. i
« Et l'époux tendre à son fils qui sommeille —
« Un seul baiser de ta bouche vermeille
« Suffit hélas! pour troubler ma raison.
« Pourquoi mêler à son fatal poison
« Ce trait brûlant qui de mes sens dispose,
« Les fait renaître et mourir tour-à-tour ;
« Ce trait caché dans tes lèvres de rose,
« Et sur tes dents aiguisé par l'Amour?
« Oui, je succombe à ma langueur extrême;
« Je suis contraint de hâter mon bonheur :
c( Mais à tes pieds ton modeste vainqueur
(( Veut l'obtenir aujourd'hui de toi-même,
« Viens, Eucharis; au nom de tous nos dieux,
cf A ton amant livre-toi toute entière.
« Dans ton alcôve un jour délicieux
« Répand sur nous et l'ombre et la lumière ' :
« Si tu rougis de céder la première,
« Dis... Ne dis rien, et détourne les yeux^.»
quelques passages semblables, p. 1 56. Il s'est même souvenu de celui de Berlin. Il pouvait ajouter ces vers de Voltaire :
Trente baisers chastes , pleins de pudeur, Et tels qu'un frère en reçoit de sa sœur.
Il pouvait citer aussi Jean Second , t. r , p. 266 , de la nouvelle et bonne édition de M. Bosscha. Mais il faut de la mesure en de pareilles bagatelles.
' Illa 'verecunJls lux est prcehenda puellis , Qua timidus latebras speret habeie piulor.
Ovide, Am., 1 , 5.
^ Édition de 1780:
Dis-moi de prendre, et détourne les yeux.
i6 LES AMOURS.
Elle se tut : ô fortuné présage !
L'Amour survint; la Pudeur s envola.
Elle se tut; mais son regard parla.
Du sentiment elle perdit l'usage ;
Ses yeux mourans s'attachèrent sur moi.
« Ah! me dit-elle', en couvrant son visage
De ses deux mains, « Eucharis est à toi. »
' Édition de 1780:
Ih-cnds, me dit-elle