‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 101 sur 137 · LE CHEVALIER UE PAHN · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER UE PAHN

A toi, mon camarade on Afrique, à Cythère, Aux cliamps de Mars, au Pinde, ainsi que dans Paris '; Camarade enrôlé sous la triple bannière Du dieu qui verse la lumière,

' La première édition de ce voyage parut à Paris en 1777, sans nom d'auteur, sons le titre de ■< Voyage de Bourgogne à M*** >>; et avec cette note : « M*** était à Tlle de Bourbon lorsque celte petite ^jagatelle « lui fut adressée. » Dans l'édition de 1 785 , le voyage est adressé à M. le chevalier de Parn*, et précédé de cet avertissement : « M. le chevalier de « Parn* était à l'Ile de Bourlwn lorsque cette petite bagatelle lui fut «adressée. On l'imprima dans le temps sur une copie infidèle, et elle a « reparu depuis, dans quelques recueils , également défigurée. On la donne « ici telle qu'elle a été envoyée à M. le chevalier de Parn*. » Ce morceau a été réhnprimé dans le tome m" du recueil amusant de Voyages. L'éditeur de 1823 ne s'est pas trompé eu mettant en entier le nom de Parnj; mais nous avons mieux aimé représenter la leçon originale.

^ Édition de 1777 :

A Versailles comme à Paris

Et de Bellone ' et de Cypris :

A toi, galant missionnaire, Libertin envoyé par notre aimable cour ' Chez les bons habitans de cette île si chè.e.

Où, se suivant dans leur carrière, Nos deux astres amis ont commencé leur tour,

Pour tenir école d'amour ^,

Pour leur prêcher la bonne chère,

Et leur apprendre quelque jour L'art de jouir, qu'ils ne connaissent guère. A bord d'un gros vaisseau qu'on nomme Le Volant, Qui cingle vers Melun et les côtes d'Auxerre ^, Au fond d'un antre obscur qu'un seul rayon éclaire, La gaieté sur le front et l'œil étincelant. Je vais de tes amis tracer l'itinéraire. Commençons par tremper notre plume légère Dans les flots écumcux d'un nectar pétillant.

Nous avons appareillé aiijouixVhiii, à six heures du matin ^, de la rade du port Saint-Paul, ton

' Parny était alors au si rvicc.

* Il avait un congé pour faire ce voyage. Peul-étre ctait-il, par occasion, chargé de quelque mission, que Berlin tiansformc en mission galante.

3 Édition de 1777 :

Chez les bons habitans d'une rive étrangère, Pour les rouvertir à l'amour.

•* Kdition de 1777 :

ou les eûtes d'Auxerre.

^ Édition de 1777 : <- aujourd'hui de la rade. •• Berlin a mis en note : «• 1 5 septembre 1774."

DE BOURGOGNE. i85

frère, M. de la G*** % et moi. Nous avons avec nous le nègre Lazare , fripon suivant l'armée ^. Nous faisons route pour la Bourgogne , où le plaisir de la chasse nous appelle. Je ne sais si la traversée sera longue; mais il vente bon frais.

Les zéphyrs ont enflé nos Aoiles frémissantes ;

La rive fuit à nos regards ; Le vaisseau vole et fend les lames écumantes , Et déjà de Paris décroissent les remparts.

Si nous les perdons de vue, nous en sommes bien dédommagés par le spectacle charmant des bords de la Seine. Je ne connais point de plus agréable paysage; et, si j'avais mes crayons, je ne manquerais pas de les dessiner.

Là, c'est un fertile coteau Baigné des premiers pleurs de la naissante Aurore, Où d'énormes raisins, que la pourpre colore, Font ployer mollement le flexible rameau ^ ; Là, des arbres taillés ou des bois ^ sans culture,

' Édition de 1 7 7 7 ; « La G... »

' Ces mots, qui ne sont pas soulignés dans l'édition de 1777, sont évidemment une imitation : nous n'avons pu en découvrir la source.

^ « Le raisin plus éclatant que la pourpre ne pouvait se cacher sous les ■< feuilles, et la vigne était accablée sous son fruit. » ( Télémaque, livre t. )

4 Édition de 1777 :

Là des arbres taillés , là des bois. . .

i86 VOYAGE

Ici, le sommet d'un château, Plus loin, le toit fumeux d'une cabane obscure , Descendent sur les flots se peindre en miniature ;

Et sur les bords de ce tableau

Toujours mouvant, toujours nouveau.

Qui déroule à mes yeux la prodigue Nature ',

J'aperçois encore un troupeau

Broutant les fleurs et la verdure, Tandis que le berger ^, penché vers l'onde pure , S'abreuve, à deux genoux, dans le creux d'un chapeau.

Il faut, mon cher ami, que je te donne une idée de la cage où nous sommes enfermés.

L'entrepont est occupé par des moines, des catins, des soldats, des nourrices et des pajsans; et je crois être à bord de ces navires destinés à peupler quelques terres nouvellement découvertes, et chargés d'animaux de toute espèce. Celui qui , parmi nous , s'intitule le patron , a sa cabane près du gouvernail. L'antre de la vivandière n'est pas loin; et, ce qui n'est point plaisant pour les malheureux qui n'ont point fait leurs provisions, c'est que la cuisine n'est séparée de ce qu'on nomme H bord les bouteilles ^ que par une cloison. Le

' Édition de 1780:

la sinK-rbe uaturc.

' Ih'ui.:

son bercer

^ Ce soûl les privés.

tillac ' est embarrassé de cordages ; et d'ailleurs le temps ne dous permet pas de nous y promener. On n'a pour ressource que six espèces de cahutes, enviées et sollicitées comme rarchevèclié de Cambrai qui vient de,vaquer '. Grâces à nos cocardes, nous en avons obtenu une en dépit d'un tapageur, curé de son métier, qui l'assiégeait depuis minuit ^. Nous y avons donné l'hospitalité à deux femmes, l'une vieille, l'autre assez jeune. Jusqu'à présent ces dames ^ ne nous ont rien fourni d'intéressant : donnons-leur le temps de se reconnaître; nous y reviendrons si elles en méritent la peine.

Arrêtons-nous pour observer encore mon modèle ^, et pour mieux assortir les couleurs, qui seront nécessairement bigarrées dans la copie, comme elles le sont dans l'original.

' Edition de 1777 ; <• et je crois être à bord de ces navires chargés d'animaux pour Saint-Domingue ou pour la Louisiane. Le tillac...»

* Ibid. : " sollicitées comme un gros bénéfice. » Le siège de Cambrai , vacant en 1774 par la mort de M. de Choiseul , fut donné la même année à M. Ceilhes de Fleury.

3 Ibid. : « depuis matines. >>

^ Ibid.: « ...assez jeime. Celle-ci est escortée d'un homme qui est à coup sûr son amant ou son mari : je ne veux pas encore prononcer. Ceci, par exemple, mérite bien d'être écrit à cinq mille lieues; car il est rare de ne pas distinguer ces animaux-là du premier coup d'œil. Jusqu'à présent, ces dames...»

^ Ibid. : « J'abandonne la plume pour observer encore mon modèle. »

i88 VOYAGE

Le vent est toujours nord-ouest. Il paraît décidé que le jeune dieu de Délos ne nous montrera point d'aujourd'hui sa blonde chevelure. Plus amoureux qu'à l'ordinaire , il lui en coûte peut-être d'abandonner le lit de Téthys ^ J'en fait^on compliment

» L'éditeur de 1823 a corrigé, ici et plus bas, la mauvaise leçon, Théiis , des autres éditions. Rien n'est plus commun que de confondre Thétis et Téthys, et je soupçonne que Bertin a fait là plus qu'une faute de plume. Il n'a pas été plus correct p. 1 14. Le commentateur de l'Ovide de Planude a donné plusieurs exemples de cette inexactitude. Il eût pu citer La Fontaine, qui n'aurait pas dû écrire dans sa Psyché :

Quand le Soleil est las, et qu'il a fait sa tâche ,

Il descend chez Thetis , et prend quelque relâche. . .

Il n'aime que Thétis. . .

Ce passage de la Clymène, du même auteur, n'est pas plus correct :

Quand le Soleil a fait le tour de l'univers ,

Ce n'est pas d'avoir vu cent chefs-d'œuvre divers,

Ni d'en avoir produit , qu'à Théiis il se vante.

Téthys conviendrait mieux que Tlictis dans ces vers de Rousseau , qui offrent plus d'une faute :

Sous un nouveau Xcrxès Thétis croit voir encore A travers de ses flots promener les forêts.

Bernard aurait dû préférer Téthys à Titétis , dans son épître à l'Aulomue , quand il dit au Soleil :

Abr<'ge ta course , Amant de Thétis ; Soleil, amortis Tes feux dans leur source.

r.resset termine par la même faute sa traduction des F4;logues de Virgile :

Les Heures chez Thétis ont conduit le Soleil. A'oltairc a pareillement confondu les deux déesses dans son Ajiologie de la fable :

Si le Soleil se couche, il dort avec Thétis.

à la déesse, et surtout à son amant ^. Cependant il fait froid, et il tombe de temps en temps une pluie très -fine qui m'a obligé deux fois de des-

II a dit ailleurs avec une semblable incorrection :

Tantôt au fond dn golfe Adriatique Où le vieux doge est l'éjioux de Tliétis.

On aimerait mieux aussi Tctliys que T/iéiis dans ces vers de Parnv :

La cascade à grand bruit précipite ses flots. Et roulant rhcz Thètis son onde courroucée. Du nègre infortuné renverse les travaux.

Dorât a dit dans son poërae du Mois de mai :

Vous, filles de Thètis, de vos grottes profondes Vous élevez vos fronts sur la cime des ondes.

Il fallait écrire Tclhys, et il s'agira des Océauides ; ou changer le vers en cette façon ; « O vous , sœurs de ïhétis », et il s'.agira des Néréides. Après ces exemples de poètes célèbres, n'est-ce pas être trop scrupuleux que d'aller reprendre une scinblaljle faute dans les Réflexions morales , détestable rapsodie de l'abbé Desfoutaines.^ A côté « de la rubiconde Aurore « qui frise l'horizon, » j'y vois que« le blond Phœbiis

Dans le seiu de Thètis mouillera ses cheveux. »

Pour ne pas faire trop d'abus de la mémoire et de l'exactitude, je néglige quelques autres vers de bons et de mauvais poètes , ainsi que plus d'une phrase de prose, où la Néréide ïhétis occupe une place qui ne lui appartient pas. J'observerai seuleuient que les éditeurs ont tout-à-fait le droit de corriger de pareilles fautes, quand même il serait constant qu'elles ont été commises par les auteurs eux-mêmes. Dans une ancienne édition du Voyage de Mauritanie, par Hamilton , je lis que le dieu du jour allait passer la nuit dans «l'humide palais de la déesse Thélts » : l'exacte édition de M. Renouard porto Tèthys.

' Édition de 1777 : <' J'en fais mon compliment à la déesse, et ne puis me ré.soudre à gronder son amant. A sa place, j'en ferais tout autant. •>

Kjo VOYAGE

cendre du gaillard pour me replonger dans la cabane. Le soleil ne paraissant point , nous n'avons pu prendre hauteur. Sur les neuf heures, nous eûmes connaissance de Ghoisy.

Sous ces ombrages solitaires, Au fond de ces bosquets fleuris , Qu'a souvent quittés et repris L'essaim des Voluptés légères ', On voit encor quelques débris Du temple, où l'on sait dans Paris Qu'autrefois la belle Cypris Eut ses trépieds et ses mystères.

C'est là qu'entouré des Amours Dont il fut l'apôtre fidèle, Le desservant de la chapelle, Gentil Bernard * dans ses beaux jours Instruisait , dit-on , sa bergère ; Mettait l'art d'Ovide en chansons; Et le soir, couronné de lierre, Était payé de ses leçons Dans les bras de son écolière.

Nous fûmes tentés de visiter les ruines du temple, et d'y faire un petit pèlerinage; mais il s éleva tout à coup un vent de terre qui repoussa notre

* Les vers 3 et 4 manquent à l'édition de 1785 et aux suivantes. Je erois qu'ils n'ont été oubliés que pai* une distraction du poctc ou de l'imprimeur. Les quatre rimes masculines font un trop mauvais effet. Voyez plus haut, p. 84.

* Il était secrétaire du cabinet de Choisy. ( Note de l'auteur. ^

DE BOURGOGNE. uji

vaisseau au large. Nous déjeunâmes, en tuyant de . Choisy, avec des tartelettes que les naturels du pays apportèrent à bord : nous y joignîmes de beaux raisins colorés, d'excellentes poires de Crézane, et une bouteille de mon vieux vin de Sainte- Marie % dont nous vîmes malheureusement la fin avant celle de la Terrasse ^. Je ne l'eus pas plus tôt perdue de vue , et senti la douce chaleur du vin , que, recouvrant tout à coup cette heureuse liberté ordinaire aux navigateurs, et nécessaire aux poètes : Est-ce là (m'écriai-je, suivant l'usage établi depuis Pindare, et dans une espèce d'enthousiasme qui ne laissa point d'étonner un peu mes compagnons de voyage), est-ce là

Ce modeste et riant séjoiu' Où jadis tout en proie à ses tendres alarmes,

Montpensier ^, dupe de la cour, Dupe de son amant, mais pleine de ses charmes, Venait goûter en paix, seule avec son amour. Le plaisir si touchant de répandre des larmes ^ ?

' Sainte-Marie est une île dans les Açores.

* La terrasse de Choisy .

3 Mademoiselle, fille de Gaston, duc d'Orléans, duchesse de Montpensier, dont la liaison avec le duc de Lauzun a fourni plusieurs pages intéressantes à M"'e de Sévigné et an duc de Saint-Simon , fit hâlir le château de Choisy, appelé alors Choisy-Mademoiselle, depuis, Choisyle-Roi.

' Le plaisir douloureux de pleurer, de gémir.

Coi.ARnF.Aii, Heloïsf.

iç)-?. VOYAGE

Et qui depuis , élu roi des lieux d'alentour, Dans son parc embelli vit régner tour à tour Entre le jeu, le vin, l'intrigue et la paresse , La chasse, les concerts, le spectacle et la messe, Tous ces objets, beaux, doux, séduisans, faits au tour,

Tant renommés aux fastes de Cythère , Mailly, de qui Vénus eût appris l'art de plaire, Vintimille, sa sœur, rivale trop sévère.

Et la Tournelle ', et Pompadour * ?

Que ces lieux sont changés ! La nymphe vagabonde N'y fait plus de ses cris retentir les échos;

De dépit , le satyre immonde

Court se cacher sous les roseaux ; Bacchus s'enfuit; au loin règne une paix profonde. Et, sous le frais abri de ces rians berceaux, On n'entend plus que le chant des oiseaux

Et le doux murmure de l'onde.

Bacchus s'enfuit : beaux lieux, consolez-vous. Ah ! qu'il porte , s'il veut, aux peuples de la Thrace

L'erreur et la bouillante audace.

Le prompt démenti, la menace,

' La comtesse de Mailly, la marquise de Vinliiuille, et la marquise de la Tournelle , plus coonue sous le nom de duchesse de Chateauroux , toutes trois filles du marquis de Nesle, furent toutes trois maîtresses de Louis XV, et habitèrent le château de Choisy.

* Jeanne Poisson, dite la marquise de Pompadour, parvint de très-bas au lit du souveraiu. Elle était fille d'un boucher et femme d'un traitant. Les poètes , nation adulatrice, l'ont beaucoup célébrée à leur honte.

^ Il nomme a.sscz mal à propos les peuples de la Thrace, parce qu'il se souvt naît des vers d'Horace :

Natis in usum Letuiiv ccyphis Pugnare Thracum est.

Et le téméraire courroux :

Des dieux plus humains cL plus doux Dans votre enclos sacré, beaux lieux, ont pris sa place.

Et régnent doublement sur nous.

Au tumulte, à la folle ivresse.

Aux langueurs de l'oisiveté

Succèdent la délicatesse ,

L'esprit, le goût, la politesse,

Et cette aimable volupté

Q'approuve même la sagesse.

Vous n'êtes point changés ; vous êtes embellis. Votre gloire s'accroît par de telles disgrâces. Oui, vous serez encore à nos yeux attendris L'asile des vertus, des talens et des grâces , Si vos dédales verts , si vos sentiers fleuris Sont encor quelquefois honorés ' par les traces

Et d'Antoinette et de Louis'.

• L'expression est peut .Hre prise de La Fontaiuc, ({iii, dans la faille de^ deux Pigeons , parle de lieux ,

Honorés par les pas, éclairés par les yeux , D'une aimable et jeiiuc bergère ;

peut-être de Voltaire , qui a dit, à l'iniitalion de La Fontaine :

Et plus heureux les rimeurs qu'on exile Dans CCS jardius honorés par vos pas.

Le Mierre s'est aussi sou- "uu de La Fontaine à la fin du second chant de la Peinture :

Honorés parleurs pas, ces magnifiques lieux Gardent la trace encor du passage des dieux.

^ Le Dauphin, depuis Louis XVI, et la Dauphine, Marie- Antoinette, habitaient fréquemment le château de Choisy.

Le mauvais temps continue ' : nous sommes rassemblés dans la cabane. Ton frère lit la Confession charmante du comte <^e***^; La G..., le Roman comique; et moi je te griffonne, comme je puis, sur mes genoux , cette épître interrompue souvent par les chansons à boire de quelques compagnons ivrognes. La plus jeune de nos femmes ouvre ses grands yeux noirs pour me voir écrire, et me prend sans doute pour le diable, qui , chemin fai-

' Édition de 1777 :•• ....vieux vin de Sainte-Marie. Le mauvais temps continue. »

* Veut-il parler des Confessions du comte ***, roman de Duclos.' Mab eût-il employé le singulier? se fût-il de la sorte trompé sur le titre d'un roman si connu ? Nous soupçonnons qu'il s'agit de la Confession de Zulmé, pièce de vers à laquelle Tépithète de cliarmanlc convient parfaitement. Giuguené en est l'auteur, comme aujourd'hui tout le monde le sait; mais alors presque personne ne le savait. Comme elle était auonyme , et ne cessa de l'être qu'en 1779," plusieurs personnes » dit Ginguenc >■ ne firent « pas difficulté de se l'attribuer. M. de Pezai fut du nombre ; un M. de La << Fare, qui demeurait à Saint-Germain, M. Rorde, de Lyon, et plusieurs « autres encore. » Ce M. de La Fare est probablement le comte de La Fare, petit-fils du célèbre marquis de La Fare , ami de Chaulieu. Il aimait les lettres, et fcsail même de jolis vers, au moins La Harpe le dit. Il est vraisemblable que c'est de lui qu'il s'agit ici. En 1785, Bertin devait bien connaître le véritable auteur de la Confession ; mais il ne changea rien, peut-être par distraction, peut-être parce que les trois étoiles lui laissaient la liberté de ne pas faire nue correction désobligeante pour M. de La Fare, avec lequel il était très-probablement lié; car ils étaient tous deux attachés à M. le comte d'Artois; et l'un demeurait à Saint- Germain, l'autre à Feuiilaucour, dans une vallée voisine.

UE BOURGOGNE. igS

sant, ajoute un nouveau chapitre à son grimoire. L'autre est occupée depuis deux heures à essuyer, et à vanter sans qu'on l'écoute, certain tableau poudreux dont elle doit décorer son salon de campagne, et qui représente, à peu près, une bergère dans un bocage. Pour l'empêcher de tarir sur les éloges, nous lui avons persuadé, en notre qualité de connaisseurs, que la tête était de Rubens, la gorge du Carrache, les bras de Michel- Ange, et les draperies de Scipion l'Africain.

Tu ris peut-être, mon cher ami, de voir ainsi les jeunes disciples de Chaulieu , avides de tout voir et de tout connaître, quitter cette agréable maison du Marais ^ , s'arracher à leur doux train de vie, et, choisissant de préférence l'équipage de Scudéry ^, se faire un amusement de ce qui ferait le supplice des autres hommes. Que nous voudrions te posséder ici, toi qu'un destin jaloux

' Il paraît qu'il habitait au Marais avec les deux MM. de Parny : Foyez plus haut, p. 8i , où il appelle le comte de l'aruy

Paisible habitant du Marais.

^ Par l'équipage de Scudcry Bertin désigne le coche. Il fait alhision à ce passage du Voyage de Chapelle , où il est question de Scudéry et du fort de la Garde :

Le gouverneur de cette roche , Retournant en cour par le coche, A , depuis environ quinze ans , Emporté la clef dans sa pocbe.

promène sur les mers, aimable successeur d'Ovide, exilé comme lui parmi les Gètes! Que nous regrettons ta gaieté sage, ta douce philosophie, nos disputes sur le sel attique, qui n'en étaient point dépourvues, et le plaisir que nous goûtions à t'entendre, lorsque, assis à table parmi nous, les portes fermées, et le front couronné de roses,

Tu chantais tour à tour L'art d'aimer, l'art de plaire, Et Corinne et Glycère, Et le vin et l'amour !

Je jette un coup d'œil dans l'entrepont; j'aperçois, à la même place, le même moine buvant avec la même ardeur, mais non pas de la même bouteille. Son cerveau me paraît déjà bien offusqué de la vapeur des raisins d'Orléans. Le célestin n'avait pas besoin de cette seconde enveloppe; son âme avait assez de peine à percer le crâne dur et rond dont elle est encroûtée. Les laquais jouent ; les mariniers jurent, et le célestin boit toujours.

Sur les deux heures après midi nous doublâmes le cap de Corbeil. Nous vîmes en passant, à l'aide des lunettes, les superbes magasins où l'on entassait ci-devant les grains mouillés et mélangés, pour la commodité du public '. Cet aspect nous rap-

' Il y eut vei-s cette époque des troubles occasionés par la rareté et la

pela naturellement les petites provisions que nous avions faites. Le conseil s'assembla, et il fut décidé cpie nous dînerions. Je suis bien aise de te dire que ce point fut discuté avec la même importance que lorsqu'il s'agit, dans un coup de vent, de relâcher à Rio-Janéiro ^

l'iu; planche sur nos genoux; Voilà notre table dressée; Par-dessus, la feuille de choux Tient lieu de nappe damassée.

D'abord un énorme pâté Présente ses flancs redoutables, Bien et dûment empaqueté Dans un long Discours sur les fables, Et dans l'Ode à Sa Majesté.

Ce pâté fut cuit par Le Sage *, Par ce pâtissier si vanté , Dont le beau nom sera chanté Par les gourmands du dernier âge , Si mes rimes ont l'avantage D'aller à l'immortalité.

A nos yeux, cependant, Lazare le découvre;

cherté des ijraiiis , et , selon l'ordinaire , des accusations d'accaparement et de monopole.

' Il fait allusion à ce passage d'une lettre du chevalier de Paruy. ■< Nous manquions d'eau , et une grande partie de l'équipage était atta- « quée du scorbut. Il fut décidé que nous relâcherions à Rio-Janéiro. »

* Le Sage était un fameiix pâtissier qui demeurait rue de la Harpe, en face du collège d'Harcourf. Sa réputation n'e>t pas même encore éteinte.

L'honneur du premier coup est long-temps disputé : Mais Parn* ' s'en saisit; par l'obstacle irrité, Sous son acier tranchant il le presse , l'entr'ouvre ; Et voilà par la brèche un faubourg emporté.

Aussitôt nous crions : Victoire!

Nos fronts rayonnent de gaieté,

Et pour célébrer notre gloii'e.

On fait jaillir les flots d'un nectar velouté Qu'aux pressoirs d'Hau t-Brion ^ l'on foule exprès pour boire

A l'ouverture d'un pâté.

Déjà d'un œil avide on sonde, l'on regarde.

Cher ami, quel plaisir nouveau !

Là, disparaît une poularde

Sous deux couches de godiveau ;

Ici , le timide perdreau Se blottit, par instinct, sous sa coiffe de barde, Pour éviter encore et tromper ^ le couteau.

Mais rien n'échappe à notre appétit indomptable. Dépourvus de fourchettes, et pressant du pouce une cuisse ou une aile de poulet sur lui morceau de pain taillé en forme d'assiette, nous

» Édition de 1777 :

Mais P... s'en saisit d'uu bras désespéré.

Les éditeurs de l'an x et de 1823 ont écrit Par... Il s'agit du comte de Pamy, frère du chevalier.

" Haut-Biion e,st un excellent vignoble des environs de Bordeaux.

^ Édition de 1777 :

ou tromper

étions tous les trois à peindre. Nos spectateurs ' devaient bien s'amuser de notre figure : nous étions loin de penser à eux ^ , le pâté nous occupait trop sérieusement.

La garniture est dévorée,

On fouille dans tous ses recoins ; On mine les contours de sa croûte dorée : vSi l'on a beaucoup bu, l'on n'a pas mangé moins. Enfin j'entends gémir la cloison qui chancelle :

Les nuirs épais sont renversés ;

Les débris tombent dispersés, L'édifice s'écroule. O disgrâce mortelle ! Nos jeux et nos plaisii*s avec lui sont passés^ !

' Edition de 1777 : « Dépourvus de fourchettes , j'imajjiuc! qu'on aurait pu très-plaisamment nous peindre pressant du pouce une cuisse ou une aile de poulet, sur un morceau de pain taillé en forme d'assiette. Nos spectateurs... »

* Ihid. : « nous ne pensions certainement point à eux. »

3 Ibid.:

sont passés !

Comme je finis cet article de mon journal , j'apprends qu'il est aussi question d'un pâté dans le Vojage de Chapelle et de Bachaumont, que je n'ai point lu depuis long-temps. Je suis bien persuadé que leurs vers valent mieux que les miens ; mais je doute fort que leur pâté fût aussi bon que le nôtre , et voilà précisément ce dont je suis très-jaloux. L'essentiel est d'en avoir un cuil par Le Sage , de le manger avec appétit et de le digérer insolemment. Après cela , •

Le vers pour l'exprimer arrive comme il peut.

Depuis trois heures les vents ont change... »

Ces regrets amenèrent bientôt les réflexions. Nous tombâmes insensiblement dans la morale, comme c'est l'usage lorsqu'on digère ; et nous allions, à propos des débris d'un pâté, dire les choses du monde les plus philosophiques, lorsque M. de La G***, grand amateur de l'antiquité, observa qu'on ne manquait jamais, chez les anciens, de faire, en pareil cas, des vœux à Vénus, pour obtenir une heureuse navigation, et nous cita pour exemple l'hymne d'Horace , Sic te^ diva potens Cjpri^ etc. Nous promhnes donc, in petto. à la déesse de célébrer dans le port une orgie en son honneur; mais, en attendant, on crut devoir faire un sacrifice aux divinités de l'onde, pour nous les rendre favorables. Il n'y avait plus moyen de faire de libations ; nous y avions mis bon ordre : il fut donc résolu de livrer à la Seine toutes nos bouteilles vides. J'ai tout lieu de croire qiie ce petit sacrifice ne lui déplut pas : car à peine eurent-elles disparu sous les flots en les faisant tournoyer, que nous vîmes arriver du large phisieurs vagues décrites en demi-cercles,

Et sortir à moitié de -l'onde Une jeune divinité, Qu'à son air plein de majesté, De douceur et de volupté, Moi le premier, tout transporté ,

Je pris pour la reine du monde.

Un voile d'argent et d'azur

Partageait son épaule ronde;

A longs filets, un crystal pur

Dégouttait de sa tresse blonde.

Ses grands yeux bleus , clairs et sereins,

Contemplaient avec complaisance

Ses deux bords, cent châteaux voisins

Qu'elle embellit de sa présence.

Ces monts, ces fertiles bassins ^

Où le travail et l'abondance

De mille agréables jardins

IVe forment qu'un jardin immense.

Sans orgueil , l'une de ses mains

Commande au reste de la France ;

L'autre aux jeux, aux plaisirs badins

S'abandonne avec négligence,

Et dans ce gracieux contour

Embrasse vme nymphe timide.

Qui, pour voir le pompeux séjour

Où, de concert avec l'Amour,

La Mode , au front changeant , réside ,

S'échappant de la grotte humide

Qui cachait son enfance au jour.

Objet étranger à la cour.

Craint d'y paraître sans son guide.

L'embrasse et la serre à sou tour.

La première nous parut couronnée de lis; Tautre ^ portait un pampre négligemment entre-

' Ou verra tout à l'heure qu'il est questiou de l'Yonne. Berlin lui donne une couroune de pampre , parce qu'elle traverse la Champagne et la Bourgogne.

lacé autour de ses cheveux. Derrière elles une foule de Tritons ^ , la rame en main , conduisait des radeaux,

Et portait en tribut, aux remparts de Paris, Des melons savoureux , des pèches colorées,

Des monceaux de grappes dorées, Et ces muscats si doux que septembre a mûris.

* Tout le monde se trouva bientôt sur le pont pour les voir passer. Du plus loin qu'elles purent nous entendre, ton frère les apostropha d'un ton assez familier,

Et leur cria : « Mesdemoiselles, « Vous courez sans doute à Paris?

« Daignez , messagères fidèles , « Porter un peu de nos nouvelles « A tous nos compagnons chéris, « Qui, pour tuer quolcpies perdrix « Aux brodequins rouges et gris, « Ou les voir partir ;"i grands cris « En rasant l'herbe de leurs ailes, « N'ont pu, du même zèle épris, « Se résoudre à quitter leurs belles, « IVi s'exposer à des querelles « Qui pour nous auront tant de prix; « A ces convives agréables

' Les Tritons dans la Seine ne sont pas d'une mythologie très-exacte. La Fontaine , parlant d'un fleuve au second li\Te de sa Psyché , dit avec réser\ e : « Je ne vous assurerai pas si ce fleuve avait des Tritons , et ne sais « pas bien si c'était la coutume des fleuves que d'en avoir. »

DE BOURCxOGNE. 2o3

« Qui, bien qu'au rang des beaux esprits, « N'en sont pas moins doux, sociables, «Auteurs de tant d'écrits aimables, « Plus aimables que leurs écrits. «

Il s'apprêtait à leur donner sans façon la liste et l'adresse de tous ces messieurs ; lorsque le patron l'avertit de prendre un ton plus circonspect avec ces dames, attendu que l'une était la Seine, et l'autre l'Yonne , qui , s'étant rencontrées par hasard un peu au-dessus de Montereau ^ , s'en allaient à la mer de compagnie. Mais la déesse, qui trouvait peut-être au contraire qu'on lui faisait beaucoup d'honneur en l'appelant Mademoiselle^ répondit par un doux murmure; et nous crûmes voir tout d'un coup les flots s'entre-pousser pour caresser notre navire. Tout l'équipage en conçut un heureux augiu^e ; et , après avoir souhaité à ces dames beaucoup de plaisir sur leur route , nous poursuivîmes la notre.

Depuis trois heures les vents ont changé, et les nuages se sont dissipés. Je ne croyais pas que le soir d'un jour aussi triste dût être aussi beau.

Déjà dans nos riches campagnes Tous les objets sont ranimés; Le soleil dore les montagnes, Et brise dans les flots ses rayons enflammés.

' L'Yonne se jette dans la Seine à Montereau.

2o4 VOYAGE

Plein d'une ardeur impatiente,

Ce dieu , glacé par les frimas ,

Court dans les bras de son amante Réchauffer jusqu'au jour ses membres délicats.

Secouant leur crinière humide , Ses dociles coursiers, par sa voix avertis,

S'élancent, et d'un pas rapide Précipitent son char au palais de Téthys '.

A propos de coursiers , j'ai oublié de te dire que nous en avions quatre assez vigoureux pour nous traîner. Ils tirent le long du rivage une corde attachée au grand mât; et ce sont là nos vents les plus favorables. La galiote prend ordinairement ces zéphyres dans le Limousin. Cette manœuvre grotesque m'offre de temps en temps un spectacle digne du pinceau de Vernet. Les chevaux s'arrêtent quelquefois , la corde traîne et disparaît sous les flots : qu'un coup de fouet bien appliqué les remette alors au grand trot, la corde se relève, et semble courir sur l'onde jaillissante, comme le feu * sur une traînée de poudre , et vous la voyez se tendre en frémissant. Cette peinture est d'une grande vérité, et je voudrais bien que le temps

' Voyez plus haut , p. i88.

' Edition de 1777 : « Qu'un coup de fouet alors sillonne leurs flancs poudreux et les remette au grand trot ,

La corde vole , et court sur l'onde jaillissautc, comme le feu... »

DE BOURGOGNE. 2o5

me permît de la mettre en vers aussi exacts que la prose peut l'être ; mais j'en suis détourné par un objet plus riant et plus facile.

Un essaim léger d'hirondelles,

Rasant la surface de l'eau, L'effleure obliquement du sommet de ses ailes, Se relève, et s'envole aux branches d'un ormeau. Aux beaux jours du printemps , là, sous ce vert portique ',

Le rendez-vous fut indiqué.

On vient tenir, au jour marqué,

Les états de la république.

On décide que les frimas

Ne tarderont point à paraître.

La peuplade s'exile en de plus doux climats! Et quitte en gémissant les champs qui l'ont vu naître. Vers les sables brùlans où s'impriment tes pas, Ami, l'oiseau prudent s'envolera peut-être; Il verra ce beau ciel , ces vallons fortunés De mangues, de citrons , d'ananas couronnés. Toi-même, il te verra sous un palmier sauvage Laissant couler pour moi les plus aimables vers.

Il te verrait dans son passage !....

Mon cœur est agité de mouvemens divers,

Je le suis eneor dans les airs,

Et voudrais être du voyage.

La nuit nous surprit encore occupés de cette idée, et rêvant profondément à toi. Elle parut étaler, pour nous distraire, tout ce qui peut rendre

' Edition de 1777 :

sous son feuillage antique.

2o6 VOYAGE

son obscurité préférable au jour même. En effet son silence, qui n'était interrompu que par le murmure des vents et le doux bruit de la proue, le calme de la rivière, la lumière tremblante de la lune réfléchie sur sa surface, le sombre azur du ciel semé d'innombrables étoiles, et ces brillans météores qui semblaient tout d'un coup se détacher du firmament pour se précipiter dans les flots, tout cela formait un spectacle que les yeux et l'imagination ne se lassaient point d'admirer, et bien fait pour enflammer des musiciens et des poètes. Aussi ton frère saisit-il bien vite sa guitare, et nous nous mîmes tous les trois à chanter :

O Nuit , que ta lumière est pure !

Que ton calme est majestueux!

Ton souffle rafraîchit les cicux , Et tu répares la nature ,

L'infortuné dans tes pavots Boit l'oubli de sa peine ' et la douce espérance ; Le poëte dans ton silence Médite ses accords nouveaux.

■ Près de ta source, avant l'aurore, Quaud revicndrai-je boire encore L'ouljli des soins et des mortels ?

Gresset, CItartr.

Quand irai-jc au torrent de ta volupté pure Boire l'iicurcux oubli des peines que j'endure? L. Racine, Grâce, ir.

Boire l'heureux oubli des soins tumultueux.

Delille, Homme des ch., iv.

On n'entend plus aux forges de Lcmnos Le fer qui bat le fer et retombe en cadence : Du noir Vulcain tu suspends les travaux, Et celui de Vénus commence.

Nous fûmes tout d'un coup interrompus par un bruit de cors qui se fit entendre dans la foret de Fontainebleau, et par les aboiemens d'une meute nombreuse qui semblait tantôt s'éloigner, tantôt se rapprocher, mais toujours prête à saisir sa proie. On distinguait les cris des chasseurs. Quelques gens du pays qu'on mit à terre à Valvins, nous dirent que c'était l'ombre de Henri IV qui se plaisait encore à parcourir ces lieux qu'il avait tant aimés , et qui poursuivait toujours Gabrielle, qui échappait toujours à ses embrassemens. Le nom seul de Fontainebleau rappela à ton gourmand de frère les matelotes d'Effondré, le sucred'orge de Moret , et le délicieux chasselas de Thomery ^ Pour moi, je ne pus m'empécher de me dire tout bas à moi-même : « Ah ! si jamais le ciel « me laisse le soin de régler ma destinée,

« Champs de Fontainebleau , délicieux déserts ^, « Qu'a seul rendus fameux le cryçtal de vos ondes,

' Ce sont dfs \ illages sur le Ijord de la Seine. Tlioiuery est poéti(iueiiieut plus connu que les autres , par la belle cantate de J.-B. Rousseau , intitulée « les Kains de Tlioniery » , que l'autre Rousseau allait chantant le long du chemin de Lyon, sur l'air composé par Batistin. /^oj. les Confessions, 1. rv.

' Il y a à Fontainebleau un endroit appelé pai'ticulièrement les déserts.

ao8 VOYAGE

« J'irai m'ensevelir dans vos grottes profondes,

« Parmi vos noiis rochers, sous vos ombrages verts,

« Et, solitaire ami des biches vagabondes,

'< Dans leur plus beau domaine oublier l'univers.

'< Là, maître enfin de moi, sans soins et sans affaire,

« Dans un étroit enclos l'enfermant mes désirs ,

« Content de peu d'amis , d'une seule bergère,

« Je mettrai mon bonheur à l'aimer, à lui plaire,

« Et mon orgueil peut-être à chanter nos plaisirs.

« Ah! que son cœur me soit fidèle, fl Et je n'envierai point d'inutiles grandeurs : « J'aurai toujours assez et de biens et d'honneurs,

« Si je suis toujours aimé d'elle. «

Le reste de la soirée ne nous offrit ^ rien d'intéressant. Nous nous promenâmes sur le tillac jusqu'au souper, (jui fut assez frugal, parce que nous étions bourrelés de remords d'estomac. Vers minuit nous essayâmes de dormir ; mais cela nous fut impossible.

Nuit affreuse, nuit épouvantable, qui me donnera des pinceaux pour te peindre des plus noires couleurs! Les hommes et les femmes étendus pèleméle sur des bancs dans l'entrepont; les dragons jurant et buvant tour à tour, et entremêlant pieusement les psaumes de David aux cantiques de

' Édition de 1777 :

•• Je le suis encor dans les airs , Et voudrais être du voyage.

Le reste de la soirée ne nous offrit... »

Grécourt! Morphée n'a répandu ses pavots que sur les ivrognes; il a déilaigné la cabane des honnêtes gens. Et puis dites en beaux vers bucoliques que ce dieu descend dans les cabanes, escorté de songes aimables et de l'oubli plus aimable encore de nos peines et de nos ennuis! Enfin sur les quatre heures du matin on crie : Terre sur V avant] L'ancre est jetée; et nous sommes dans le port de Montereau.

O toi ', qui du naufrage

Préservas nos beaux jours ;

Toi, qui dans un nuage *

Fis briller ton présage '

Et réglas notre cours ;

Sur ces bords solitaires,

Souris à nos mystères,

O reine des Amours !

Les flambeaux étinccllent

Sous des myrtes fleuris ;

' Édition de 1777 : « Terre sur l'avant. O toi >•

* Dans les idées superstitieuses des anciens , l'étoile de Vénus était uu heureux présage pour les navigateurs. Salulare Venerïs si Jus est, dit le scholiaste de Cruquius sur l'ode d'Horace, Sic te Diva putens Crpri. ricrtiu dira plus bas, dans l'épître à M. Des Forges ;

Au diiux z.épbjTe abandonnez la voile, Et de Vénus interrogeons l'étoile , etc.

Déjà les vins ruissellent; Les convives chancellent; On invoque Cypris ; Et, du creux des vallées, Les forets ébranlées Répondent à nos cris.

Tout cela, réduit en prose, signifie qu'arrivés à Montereau, nous fîmes dans la plus mauvaise auberge de la ville un second souper, où il n'y eut, en vérité, rien de bon que le vin que nous avions apporté , et dont nous bûmes largement.

Après avoir acquitté ainsi nos vœux dans le port, cha*cun * se fit, avec sa serviette, un bonnet de nuit dans le goût de La Fare ^ ; et nous nous livrâmes au sommeil , étendus sur des chaises autour de la table.

Ce doux repos ne dura guère. Nous fûmes réveillés en sursaut par un grand bruit à la porte, et nous vîmes entrer en même temps un homme sec et décharné, à l'œil cave, au front chauve, affublé d'un habit noir, boutonné jusqu'à la cein-

' Éditiou de 1777 :

<■ Répondent à nos cris.

Après avoir acquitté ainsi nos vœu\ dans le port de Montereau, chacun...»

* Nous ne nous rappelons rien dans les œuvres du marquis de La Fare, qui puisse expliquer ce passage. S'agit-il du comte de La Fare , dont nous avons parlé p. 194?

DE BOURGOGNE. an

ture, et flottant au-dessous du jaj^ret. « Messieurs, » dit -il, après s'être incliné profondément, « Mes- « sieurs... »

Moi , les yeux fcnuûs à demi , Sans écouter le personnage , Sur lin coude mal affermi ' Laissant retomber mon visage, Je lui dis, encore endormi :

« Par eau vous arrivez , je gage.

« Déposez là votre bagage.

« Bonsoir; couchez-vous, mon ami :

« Demain nous rirons du voyage. »

« Messieurs ^, » reprit-il, en faisant deux ou trois révérences à se rompre l'échiné, « il ne s'agit pas

» IVon certis nixa capiit manihiis.

Properce, i, 3.

' Édilion de 1777 : « Il ne s'agit pas de cela , Messieurs. Je suis Vadius » Vassius *. » Ace nom , je me frottai les paupières, et je le regardai en face, sans savoir si je veillais ou si je rêvais encore.» Pardonnez, ajouta-t-il, à mon « empressement ; mais il ne sera pas dit que vous aurez séjourné dans cette c< ville, sans que j'aie eu le bonheur de vous posséder; je rassemble ici « près, dans une maison agréable et commode, l'élite des jeunes auteurs •' qui, sur mes pas, abandonnent au printemps la Capitale pour venir dans «ces lieux étudier la nature. Jaloux de vos suffrages , ils vous attendent << dans mon laboratoire : tous leurs trésors vous sont ouverts; venez, et « nous vous régalerons d'une héroïde admirable. >>

Le commencement de la période nous avait fait rire; mais la fin nous parut trop sérieuse. Nous nous regardâmes tous avec des yeux de colère et

* Nous ne savons de qui il s'agit. Il y avait à celte époque un M. V.ise, faisant de petits vers, et trnant chez lui , au faubourg du Te-.nple , de petites assemblées littéraires. Madame Roland en parle et s'en moque dans ses Mémoires.

ai 2 VOYAGE

« de cela. Vous voulez sans cloute voir la place où

« a été assassiné le duc de Bourgogne par le dau-

eu fronçant le sourcil ; puis, reprenant tout à coup un visage serein, on lui représenta , d'une commune voix , que , malgré nos désirs , il nous était impossible de nous arrêter; que nos voitures étaient déjà prêtes, et que nous étions attendus plus loin. Mais le perfide avait tout prévu. Sans se payer de nos excuses, il vole, demande main forte, et, dans l'instant, nous nous trouvons tous enveloppés par sa brigade littéraire; tous, jusqu'à Lazare qu'ils prirent dans la mêlée pour un connaisseur. On nous saisit; on nous entraîne; et déjà la séance est ouverte.

On voit là rassemblés les plus rares esprits. Maint auteur par le coche arrivé de Paris, Éditeurs d'almauacbs , ou dont la plume obscure Tous les mois d'uue cuigme enrichit le Mercure. L'un d'eux, nonchalamment sur un coude ajîpiiyé. Étale à nos regards 'un rouleau déployé. Tousse et crache trois fois, puis nous demande grâce, Lit le titre des vers, puis donne la préface; Nous peint de sa beauté la taille et le souris; Puis entonne aigrement un bouquet pour Iris, Que l'Amour, comme on sait, a cueilli pour sa fête. Et dont la triste odeur déjà monte à la tète.

Vadius d'applaudir et de s'écrier : « Que de finesse dans ce Irail-là! que « de gaieté dans celui-ci! quelle fraîcheur! quelle harmonie ! Voilà bien le « molle atque facetum ! «

L'auteur sous les lauriers courbant un front modeste, Et composant sa voix, son regard et son geste. Semblait cncor se jdaindre à ses pâles rivaux Du talent niallieurcux qui trouble leur repos.

Pour nous, consentant très-volontiers qu'on le plaçât à coté d'Horace, pourvu qu'on nous laissât sortir, nous nous précipitâmes dans l'escalier, l'un sur l'autre, au risque de nous casser vingt fois le cou, et continuâmes notre route, promettant bien aux dieux de ne plus voyager par la galio te d'Auxerre pour nous instruire, et de ne passer désormais que de nuit à Montereau.

Nous arrivâmes sur les cinq heures du soir à Branay... »

DE BOURGOGNE. 2i3

« phin , depuis Charles VII ? Je vais vous y coii- « (luire. » On le remercia d'une commune voix, et on le pria de nous laisser dormir, en conseillant très-énergiquement, et au duc de Bourgogne et à lui , d'en aller faire autant. A ces mots, nous vîmes tout d'un coup sa taille grandir d'un demipied;

Son sourcil rj)ais se fronça,

Son front s'ombraj^ea d'un panache ;

Sous son nez romain se plaça

Une double et noire moustache,

Et son œil en feu menaça.

A.U manteau de pouipre et d'Iiti uiine

Qui sur ses épaules flottait,

A. la toison d'or qui brillait

Sous une énorme perle line,

Et qui de son cou descendait

Par viui^t chaînons sur sa poitrine ;

Au sang encor chaud qui sortait

A gros bouillons de sa blessure ,

Et (jui d'un rouge noir teignait

L'acier luisant de son armure,

nous reconnûmes le duc de Bourgogne lui-même, qui, pour ne pLs se trouver humilié par le plus petit prince d'Allemagne, avait, après sa mort, la fantaisie de se parer d'un ordre qui ne fut institué que par son successeur ' , et qui depuis

' L'ordre de la Toison d'or fut inslilup ctïcctivcmenl j)ai PhilipiJC-lehoii , fds du duc do liourçogue, Jean - Sans- J'tur, assassiné sur le pont de

2i4 VOYAGE

quatre cents ans était en possession d'étourdir tous les voyageurs de sa querelle. Il nous demanda si elle faisait toujours beaucoup de bruit dans le monde , et si l'on ne songeait pas enfin à le venger. Sur ce que nous lui répondîmes qu'il n'en était plus guère question que dans quelque grosse histoire de bénédictin ^, il se mit en devoir de nous la raconter; et Dieu sait d'où il Fallait reprendre ,

Quand l'un de nous , le tirant à l'écart,

Et de plus près contemplant sa figure,

Se prit à rire, et, d'un ton goguenard.

Dit : « Monseigneur, vous venez un peu tard

n îS^ous raconter votre triste aventure.

« Croire je veux que narrez avec art;

« Mais pour toucher, à vous parler sans fard ,

« Sentez par trop la vieille sépulture.

« Comment, d'ailleurs, et sur qui vous venger?

« Juger n'est rien : vraiment la chose est sûre ;

« Je m'en rapporte à la magistrature :

« Mais, par mallieiw, faut avoir qui juger.

« Point n'est prouvé dans authentique histoire

Moutercau par le Dauphin. Au reste, uous n'entendons pas trop tout ce passage. Il s'agit probablement, comme la fin du récit semble l'indiquer, de quelque cicérone de jMontcreau , qui croyait amuser les voyageurs en se préseutaut dans les auberges sous le costume et comme l'ombre du duc de Bourgogne.

' Il veut sans doute désigner l'histoire du Duché de Bourgogne , en quatre volumes in-folio, par le bénédictin Dom Plancher.

DE BOURGOGNE. 2i5

'c Que Charles Sept, ce héros plein d'honneur,

« Né pour l'amour, le plaisir et la gloire,

« Père indulgent et modeste vainqueur,

« Se soit souillé d'une tache si noire :

« Un tel forfait inspire trop d'horreur,

« Et tout Français s'obstine à n'en rien croire.

« Puis raisonnons : quand sur ce pont fatal

« Qu'entre vos dents semblez encor maudire,

" Faible ennemi, par les coups d'un brutal

« Il serait vrai qu'il vous eût fait occire;

« Il aurait eu grand tort, assurément ;

« Mais il n'eût fait que suivre injustement

« L'exemple affreux qu'aviez donné , beau sire,

« En massacrant à la fleur de ses ans,

« Après soupe, ce beau duc d'Orléans,

« Si cher aux siens, et plus cher à la reine.

« Et s'il le fit, ami Jean , convenez

« ( Mais c'est la chose impossible aux damnés )

« Que le bon Charle en porta bien la peine.

« Vous le savez : en naissant rebuté ,

« Ses chers parens ne l'ont jamais gâté;

« De tous ses droits dépouillé par sa mère,

« Seid fils, du trône écarté par son père,

<< Par gens de lois contre les lois proscrit,

« Exil, affronts, besoins, tout il souffrit,

« L'absence même en amour si cruelle.

« Beauté touchante, et douce autant que belle,

« Ange envoyé pour charmer son malheur,

'< Agnès enfin avait rempli son cœur :

« Il l'adorait, et fut trahi par elle '.

■ Ce passage semble une réminiscence de ces vers de Voltaire : La Providence en to;it temps éprouva

2i6 VOYAGE

Le Bourguignon se paya vraisemblablement de ces raisons : car il se radoucit peu à peu ; et, ayant repris sa première figure, il nous proposa de nous faire voir les autres curiosités de la ville. Nous le remerciâmes de sa courtoisie, et donnâmes à son altesse royale un petit écu ' , dont elle parut extrêmement satisfaite, et qui vint, je crois, fort à propos pour grossir son épargne.

Nous fumes obligés de coucher à Montereau, parce que nous n'y trouvâmes point la voiture que M. de M*** avait envoyée au-devant de nous, et qui devait nous y attendre. Cette circonstance ne nous amusa guère.

Il arriva, fort heureusement pour nous, que, dans une grange voisine , des comédiens , soi-di-

Mou bon roi Charle avec mainte détresse.

Dès son berceau fort mal on l'éleva ;

Le Bourguignon poursuivit sa jeunesse;

De tous ses droits son père le priva;

Le parlement de Paris près Gonesse,

Tuteur des rois, son pupille ajourna;

De ses beaux lis un chef anglais s'orna ;

Il fut errant , manqua souvent de messe

Et de dîner; rarement séjourna

En même lieu. Mère, onde, ami, maîtresse.

Tout le trahit, et tout l'abandonna.

' Nous observerons , pour les étrangers , que le petit écu était la moitié de l'écu de six francs, la moitié du gros écu. « Al'accu serez -vous d'être un « corrupteur, » dit rjcaumarchais «pour avoir amadoué le cerbère a>ec " deux gros écus «. Cette e.xpression de gros écu était peu usitée ; celle de petit écu était de l'usage le plus habiluel.

sant français, représentaient ce jour-là Alzire : il y avait grande presse à la porte. Nous ne fumes pas les derniers à sauter du parterre dans l'amphithéâtre , et de Tampliithéàtre dans le balcon : l'occasion était trop belle. Nous ne perdîmes pas du moins tout notre temps, car si nous pleurâmes médiocrement aux beaux vers qu'estropia Zamore, en revanche nous rîmes beaucoup de l'accent et du costume d'un acteur gascon qui joua le rôle de Monlèze, en perruque à trois marteaux, et en habit vert galonné en or.

Notre voiture arriva cependant fort à point pendant la nuit, avec la pluie; et le lendemain matin nous nous mîmes en route pour Branay, promettant bien aux dieux de ne plus voyager par le coche d'Auxerre pour nous instruire, et plus piqués encore d'avoir séjourné à IMontereau , après que nous eûmes reconnu ses murailles au grand jour.

Nous fûmes cahotés pendant six heures dans un chemin assez étroit, et coupé dans toute sa longueur par cinq ou six ornières. Le soleil avait reparu; et nous arrivâmes enfin à un endroit assez élevé, d'où l'on découvre, d'un coté, les vignes champenoises, et de l'autre celles de Bourgogne. Nous fûmes très - embarrassés de savoir laquelle de ces deux provinces on saluerait la première

2i8 VOYAGE

dans son langage le plus familier, ou si on* les saluerait toutes les deux ensemble , en réunissant les deux idiomes. Lazare nous prévint que nous avions décoiffé à INIontereau la dernière bouteille de vin de Champagne. Il fallut bien se tourner du côté de la Bourgogne , et soudain

D'un panier de pampres orné

On vit sortir une bouteille

D'un vin qui dans Baune était né ;

L'acier, en spirale tourné, Qui dut parer les doii^ts du beau dieu de la treille,

Dans son col étroit promené, En retire à grand bruit le liège emprisonné

Qui pressait la liqueur vermeille.

Ton frère, à ce doux bruit, saisi d'un saint transport, Dans la source prochaine a fait rincer son verre :

Le vin coule dans la fougère, Monte , écume, pétille, et s'échappe du bord '.

Puis, tout entier à sa besogne.

Chacun de ces messieurs, rompant de sou côté

Le seul échantillon resté

D'un long saucisson de Boulogne Que noircissait le poivre à foison incrusté ,

Verre contre verre heurté , Cria trois fois : « Salut aux champs de la Bourgogne! «

Pour moi, sourdement tourmenté

Par les souvenirs du pâté

Toujours maudit et regretté,

Je bus, non sans quelque vergogne,

' 11 y a la même peinture dans l'épître à M . Des Forges et daiis le Projet d'Orgie.

DE BOURCxOGNE. 219

Fort tristement à raa santé Le tiers et plus, en vérité, D'un gros flacon d'eau de Cologne, Par qui fut mon mal augmenté.

J'essayai, mais en vain, de l'apaiser en avalant un grand verre d'eau à chaque maison que nous rencontrâmes sur la route ; et je me donnai la question en pure perte. Je continuai de souffrir, et ces messieurs de se donner, en dormant, de la tête contre les deux portières , jusqu'à l'entrée du village de Blaineux, où ils furent éveillés en sursaut, et moi très - agréablement distrait par le bruit et par les éclats de joie d'une troupe de vendangeurs rassemblés devant le pressoir, et occupés à chanter les louanges de Bacchus. Ils formaient vraiment, par la manière dont ils étaient groupés, un petit tableau charmant dans le goût de Téniers. Les uns portant à pas lents, dans des hottes ,

Le tribut des coteaux voisins,

D'un doux poids en marchant gémissent ;

Sous un madrier qu'ils rougissent

D'autres écrasent les raisins :

Tandis que barbouillé de lie

Et du fruit sanglant des buissons ,

Ivre d'amour et de folie.

Un essaim déjeunes garçons

Autour de la cuve fumante

Conduit par la main son amante ', Et danse au doux bruit des chansons.

Les voir, nous élancer par la portière, et tomber au milieu d'eux en cadence , fut pour nous la même chose. Il n'y eut point de paysanne un peu jolie qui ne fut conduite à son tour par chacun de nous ; et je crois que nous aurions fini par faire danser les mères ^ si notre inexorable postillon ne nous eût pressés de regagner la voiture. Nous nous éloignâmes donc en suivant encore long-temps des yeux cette petite fête champêtre, d'autant plus piquante qu'elle était tout- à -fait nouvelle pour nous. Un spectacle bien différent nous attendait à l'autre extrémité du village. Nous entendîmes de longs gémissemens, et nous vîmes ensuite beaucoup de monde rassemblé sous le portail d'une église à demi ruinée, et presque entièrement couverte par deux ormes, encore plus vieux qu'elle. Au milieu de la foule, une jeune femme de la plus rare beauté, qui, quelques jours auparavant,

Là, dans ces mômes lieux en triomphe amenée. Heureuse, et le front ceint du bandeau d'Hyménée, Se donnait tout entière à son joVeux amant ,

' Il faut rcinaïquer quo le .sin;j;ulifr son nniaulc ne |)oiit niaieher a\ec le eollectif, ensaim Je jeunes garçons.

DR BOURGOGxNE. 221

Sur sa tombe, aujourd'hui, tristement prosternée, Pâle, les yeux en pleurs, au trouble abandonnée, A grands cris l'appelait, l'appelait vainement.

Autour d'elle un peuple en alarmes La défendait de sa propre douleur:

Sa douleur augmentait ses charmes '.

Tous les fronts consternés imitent sa pâleur ;

Tous les yeux répandent des larmes;

Tous les cœurs sentent son malheur.

Ce passage subit de la joie à la tristesse, cette image inattendue des choses de la vie et du retour éternel de nos plaisirs et de nos peines, nous plongea dans une profonde mélancolie. Notre postillon, qui \raisemblablement s'en aperçut, déploya aussitôt son fouet, et fit disparaître le lieu d'une scène aussi triste. Nous n'en rencontrâmes que plus vite les parens et amis de la belle éplorée, qui allaient consulter V Ermite, et lui demander le remède à une douleur si vive. Sur ce qu'on nous raconta de ce saint personnage, nous ne pûmes nous défendre d'un peu de dévotion et de beaucoup de curiosité. Les représen-

' Mopsta erat in vultu ,■ niœsta decenter erat.

Ovide, Am., ic, 5.

La Fontaine dit de la Matione d'Éphèse :

Jeune et belle, elle avait sous les pleurs de l'éclat.

Il serait facile de citer d'auties exemples. Voyez les Interprètes d'Arislenèle, 1. 1, Ep. 7.

tations éternelles de notre guide furent encore inutiles. On le laissa gronder tout à son aise, et l'on se mit en devoir de suivre les pèlerins. L'entreprise n'était pas facile; car, bâti sur la cime

D'un roc penchant et fendu , La terreur du voisinage, D'en bas l'agreste ermitage Aux cieux paraît suspendu :

Le passant qui l'envisage En a le collet tordu.

INous vînmes cependant à bout d'y grimper, à l'aide de nos cannes, et des paysans qui nous escortaient. Après avoir long -temps erré dans cette demeure déserte, sans rencontrer les traces d'aucun être vivant, nous découvrîmes enfin au fond d'un jardin le bon solitaire

Assis au bord d'une onde pure , Qui doucement l'entretenait De son cours et de son murmure ; En main fer tranchant il tenait, Dont prudemment il gouvernait Les fleurs, les fruits, et la verdure.

Son front chauve et ridé branlait Sous un noir capuchon de bure ; Sa blanche barbe se nouait Dans les cordons de sa ceinture.

De ses yeux creusés par les ans Coulaient des larmes éternelles ;

DE BOURGOGNE. aa'i

Enfin on l'eût pris pour le Temps, S'il eût eu, comme lui , des ailes.

Il parut un peu surpris de notre visite; mais il se remit bien vite : et, nous faisant entrer dans une grotte voisine , sans proférer une seule parole, le saint vieillard

D'abord en discrète personne Nous bénit tous au nom du ciel ; Piécite à la Sainte-Madone Le compliment gentil qui fut de Gabriel ; Puis nous fait asseoir, et nous donne Du pain bis, du beurre, et du miel Plus doux que celui de Narbonne.

Nous admirâmes, pendant qu'on le consultait, les coquillages dont sa grotte est ornée, mais surtout la profondeur de sa sagesse. Il prédit aux uns de la pluie et du beau temps ; aux autres, il révéla de grands secrets sur la culture des terres : et, après s'être recueilli, il annonça, d'un air inspiré, aux parens de la veuve, qu'elle se consolerait. Notre tour vint ; et tu peux juger, mon cher ami, que notre premier soin fut de lui demander de tes nouvelles. Il nous raconta, de point en point, toutes les circonstances de ton voyage; le danger que tu courus sur les côtes d'Afrique et parmi les

rochers d'Abrolhos ^ ; ta relâche à Rio-Janéiro , ton menuet avec Dona Theresa ^ , tes promenades soUtaires au Cap de Bonne-Espérance^, et enfin ton arrivée à l'Ile de Bourbon. « C'est là, » ajouta-t-il, « qu'assis en ce moment à l'ombre des citronniers ,

Il aime, il chante Éléonore'' :

Tant que le soleil luit, il lui parle d'amour;

• Ces dangers sont décrits par le chevalier de Parny , dans une lettre à son frère ; il en parle aussi dans une autre lettre à M. P. du S. :

J'entends encor d'ici les rochers d'Abrolhos Retentir sous les coups des vagues en furie.

* « On ne connnaît ici » dit le chevalier de Parny dans la lettre à sou frère, citée tout à l'heure « que le menuet. J'eus le plaisir d'en danser « plusieurs avec une Portugaise charmante de seize ans et demi. Elle a une « taille de nymphe , une physionomie piquante , cl la grâce plus helh- « encore que la beauté. Ou la nomme Doua Theresa ». Il en est encore question dans la lettre à M. P. du S. : « Te souvient-il » lui dit le chevalier de Parny,

c< De ce couvent peuplé d'Ursulincs cbarmantes,

Des maris portugais, de Dona Theresa ,

Belle comme l'Amour, plus friponne peut-être.

Infidèle d'avance à l'époux qu'elle aura.

Et nous jetant le soir des fleurs par la fenêtre. »

3 « La promenade est mon unique plaisir : triste plaisir à vingt ans ! Je « la trouve dans un jardin magnifique , qui n'est fréquenté que par les « oiseaux , les Dryades et les Faunes. » Parny , Lettre à Berlin , datée du Cap de Bonne-Espérance , 3 nov. 1773.

4 Éléonore P...., que les vers de Parny ont rendue célèhrc, était une jeune créole de l'Ile de Bourbon. L'auteur du supplément à rEleonoriana dit qu'elle était née à l'Ile de France. Il peut avoir raison.

DE BOURGOGNE. aaS

Et quand la nuit est de retour, Plus heureux dans ses bras, il en reparle encore '. Aimer, c'est tout son art, et tandis qu'à Paris On voit tant d'auteurs secs, chargés de lourds écrits, Gravir, en haletant, au temple de Mémoire ;

Lui, fameux par ses seuls loisirs, Brillant de son bonheur, plein d'heureux souvenirs. Comme au sortir de table il arrive à la gloire,

En chantant ses plaisirs.

Des climats qu'en son cours deux fois le soleil brûle, Tu le verras bientôt sur nos bords ramené. Trop juste objet des pleurs d'une amante crédule ,

Entre Anacréon et Tibulle S'asseoir, le front comme eux de myrtes couronné. Et toi, qui, de bonne heure introduit au Parnasse, Le premier le guidas dans ses sentiers déserts ,

Et, nourri des leçons d'Horace, L'avertis qu'un peu d'art, loin de nuire à leur grâce,

Embellit les aimables airs; Vaincu par lui, dans la future i^ace.

Tu ne seras connu que par ses vers.

Ces derniers mots firent couler de mes yeux des larmes de plaisir. Peu s'en fallut que dans les transports de ma joie je ne pressasse sa tête vénérable contre ma poitrine; mais il en fut quitte

' n fait allusion à ces vers de Parnv :

Aimons , ma obère ?21éonore ; Aimons au moment du réveil; Aimons au lever de l'aurore ; Aimous au coucher du soleil; Durant la nuit aimons encore.

2iG VOYAGE

pour la peur. Après l'avoir comblé de bénédictions, et avoir reçu la sienne, nous remontâmes en voiture, tout occupés de ton prochain retour et de la fortune de tes jolis vers.

Dans cette idée, nous arrivâmes sur les cinq heures du soir à Branay. Nous trouvâmes à la porte du château une vingtaine de paysans, armés de carabines antiques et rouillées, qui n'avaient point vu le jour depuis nos guerres civiles. Dès qu'ils nous virent paraître , ils se rangèrent en bataille, ayant le concierge et le garde -chasse à leur tête, et nous saluèrent d'une triple décharge de mousqueterie. Le seigneur nous attendait sur le perron du vestibule. 11 nous reçut avec cette politesse franche et libre que tu lui connais; et, après tous les complimens ordinaires, nous joignîmes les dames qui, la ligne en main, assises le long du canal, prenaient le plaisir de la pèche. Elles jetèrent ini cri en nous voyant, et nous firent deux ou trois questions sans attendre la réponse, et puis cinq ou six autres

Sur les importantes querelles Du Russe et du fier Ottoman ', Sur le scandale de nos belles Et les intrigues du moment ,

' I,a Russie et la Porte étaient alors en guerre.

Sur nos profondes bagatelles,

Nos modes, et le Parlement

Qui passe et qui revient ' comme elles.

Nous allions les satisfaire , et leur donner même le répertoire des pièces tombées, qu'elles ne nous demandaient pas , lorsqu'un objet nouveau vint les distraire ; et bientôt le soleil se couchant à travers les arbres, et l'air devenu plus froid, nous avertirent de regagner le salon, où nous reçûmes un bon nombre de visites et de complimens.

D'abord monsieur le sénéchal , A l'air capable, au maintien sage, Suivi du procureur fiscal Et des notables du village , Vint au manoir seigneurial Nous ennuyer, selon l'usage.

Il fallut nous mordre les cinq doigts pour nous empêcher de rire de sa harangue et pour ne pas lui éclater au nez. La scène heureusement changea tout à coup. Les plus jolies filles du canton, proprement vêtues, nous offrirent toutes les fleurs et tous les fruits de l'automne, étalés dans des

' C'était l'époque des révolutions du Parlement ; renversé par le chancelier Maupeou, il était alors au moment d'être rétabli parM.de Maurepas.

corbeilles, et se retirèrent, en rougissant, trèscontentes et de nous et d'elles , c'est-à-dire applaudies et embrassées.

Enfin les parties étaient arrangées, et l'on se mettait au jeu , lorsqu'on annonça le curé , qui a toujours beaucoup de peine à arriver, même le dernier.

Ce pasteur, à bon droit goutteux, Et s'en accusant avec grâce , Est un de ces reclus heureux Qui n'ayant point reçu des cieux Le talent et le goût d'Horace, Plus frais que lui, digérant mieux.

Buvant le Champagne à la glace.

Arrondissent leur sainteté Au fond d'un riche bénéfice, Et, sans entendre leur office, Gagnent gaiement l'cternité.

On continua de jouer, ou, pour mieux dire, on fit enrager le bon curé jusqu'au souper. On lui fit croire ensuite que la guerre était déclarée, et qu'il était fort question de lui dans le conclave. On se livra à toutes les folies d'une imagination échauffée par la Malvoisie. On rit beaucoup ; tout le monde fut aimable; et, vers minuit, on se sépara, en formant des projets pour le lendemain.

Se mettre au lit et à table de bonne heure, en

DE BOURGOGNE. 12g

sortir le plus tard qu'il nous est possible, nous promener et ne rien faire, voilà le doux emploi du temps, voilà notre unique occupation depuis (jue nous sommes à Branay ; et Dieu sait si j'en eus jamais d'autres ! Parmi les divinités qui embellissent ces paisibles retraites , on distingue madame de*** à sa taille élégante, à sa longue chevelure, mais surtout à l'esprit dont son œil étincelle; et c'était précisément la seule qui ne fût pas initiée dans nos mystères. Soit par légèreté, soit par caprice, soit que l'extrême désir que nous lui témoignions de les lui révéler, combattît celui qu'elle avait elle-même d'y être admise, elle affectait pour eux la plus grande irrévérence. On avait essayé plusieurs fois , à Paris , de la persuader : mais le moyen (je m'en rapporte à nos docteurs ) de convertir une incrédule qui vous déconcerte par un bon mot? Comme je lui donnais le bras au retour de la chasse ' : «lleprésentez-

' Edition de 1777 : « ... de la chasse, je saisis le moment où son âme me parut plus mélancolique et plus sombre. « Eh bien, madame, » lui dis-jc avec douceur, « il est donc décidé que vous ne serez jamais des nôtres ? » ■< A propos , » me répondit-elle ; « mais cela pourrait bien m'arriver, sans (ju'on pût me le reprocher. Vous exigez tant de qualités! » — « Vous les avez toutes. » — « Non , point du tout. On dit qu'il faut faire... » — « Ce que vous avez fait juscju'ici : il faut plaire , et cela vous est trop facile. Je ne vous parle point d'y joindre un sentiment plus dou\ : il semble incompatible avec la gaieté imperturbable que je vous connais ; et d'ailleurs nous n'en sonmies pas là. Représentez-vous, madame, une douzaine... »

23o VOYAGE

VOUS, » lui dis-je, « Madame, une douzaine de jeunes militaires , dont le plus âgé ne compte pas encore cinq lustres; transplantés la plupart d'un autre hémisphère, unis entre eux par la plus tendre amitié, passionnés pour tous les arts et pour tous les talens, faisant de la musique, griffonnant quelquefois des vers, paresseux, délicats, et voluptueux par excellence; passant l'hiver à Paris, et la belle saison dans leur délicieuse vallée de Feuillancour. L'un et l'autre asile est nommé par eux la Caserne^. C'est là qu'aimant et buvant tour à

^ Feuillancour, comme Berlin le dit lui-même plus bas, dans une note sur l'Épître à M. Des Forges, est une vallée entre Marly et Saint-Germain. Bertin,MM. de Parnv, y habitaient une maison qu'ils appelaient la Caserne. 11 est parié plus d'une fois et de Feuillancour et de la Caserne, dans les Œuvres de Parny. « Lorsque mon exil sera fini , » écrit-il à Berlin , « avec « quel plaisir je reverrai Feuillancour au mois de mai ! >> Et ailleurs : « C'est « là que je jouis encore par le souvenir de ces momens passés avec toi, des « douceurs de noire amitié, de nos folies et des cbarmes de la Caserne. >> Il écrit à son frère : « L'Espérance vint me dire à l'oreille : Tu les reverras « ces épicuriens aimables, qui portent en écbarpe le ruban gris de lin et « la grappe de raisin couronnée de myrte ; tu la reverras cette maison , « non pas de plaisance, mais de plaisir, où l'œil des profanes ne pénètre « jamais ; tu la reverras

« Cette Caserne, beureux séjour « où l'Amitié , par prévoyauce , « Ne reçoit le fripon d'Amour •« Que sous serment d'obéissance...

« Où l'on porte au lieu de cocarde « Un feston de myrte naissant , « Un tLvrse au lieu de ballebarde, « Un verre au lieu de fourniment, etc.

Ce ruban gris de lin, décoration des épicuriens de Feuillancour, m'a

DE BOURGOGNE. aSi

tour, ils mettent en pratique les leçons d'Aristippe et d'Épicure. Enfin, Madame, qu'on appelle cette société charmante l'ordre de la Caserne ou de Feuillancour, le titre n'y fait rien; la chose est tout. C'est toujours l'ordre qui dispense le bonheur, et les autres ne promettent que la gloire. »

Tout le monde alors se joignit à moi, et l'on acheva de décider madame de ***, qui balançait encore. Tout fut ordonné à l'instant pour sa réception. La cérémonie se fit avec toute la pompe que les circonstances permettaient. Le trône était préparé au fond d'une longue galerie, soutenue par des colonnes de verdure où s'entortillait le chèvre-feuille. Nous crûmes entrer dans le temple même de la divinité que nous révérons. Lorsque chacun eut pris sa place, ton frère, chargé de faire en ton absence les fonctions de chancelier, donna l'accolade à la nouvelle chevalière; et je lui dis ^ en lui remettant le thyrse et la couronne :

rappelé une phrase ridiculement bizarre du marquis de Langle, dans son Tableau pittoresque de la Suisse : « Tout u'est pas couleur de rose ni gris « de^in dans la vie. » Est-ce une allusion au ruban des joyeux chevalie-rs de la Caserne? ou n'est-ce qu'une niaiserie pure et simple, connue il y en a tant dans les ouvrages de ce marquis ? Rémond de Saint-Mard a dit , avec le même esprit ou la même sottise, que l'univers pour Anacréon était bleu-pâle , et noir pour Epictète.

' Edition de 1777 : << ...pris sa place, en ma qualité de chancelier, je donnai l'accolade à la nouvelle chevalière, et lui dis...»

a32 VOYAGE

Le chancelier de la Caserne,

Qu'on vit fleurir chez les Latins ,

Ovide, ainsi que le moderne,

Vous eût admise à ses festins ;

Vous eussiez versé le Falerne

Aux plus aimables libertins.

Corinne, croyez-moi , dont vous prenez la place,

Instruite par le dieu du goût ,

Paraissait avec moins de grâce

Tout ignorer, en sachant tout.

Oui, vous reçûtes en partage Sa beauté, son esprit, et son humeur volage. Ses talens enchanteurs et ses défauts plus doux :

Elle fut peut-être, entre nous.

Pour les jeunes Romains plus facile et moins sage ;

Mais voilà le seul avantage Qu'au parallèle ou lui donne sur vous.

Je ne doute pas, mon cher ami, que ce petit événement ne soit pour toi un des plus intércssans de notre voyage. Je ne te parle point du banquet qui l'a suivi , et du feu d'artifice qui l'a couronné. Un feu d'artifice est peu de chose, surtout auprès de celui qui roule en ce moment sur nos tctes avec un fracas épouvantable. ^Le silence et l'obscurité de la nuit rendent encore plus horribles la lueur des éclairs et le bruit de la foudre. J'entends d'ici les cris de nos dames, qui, tremblantes dans leurs lits, conjurent les dieux d'épargner leur jeunesse et leurs grâces.

Pour moi, que rien n'ébranle, et qui d'une âme égale Regarde les enfers et la barque fatale , Je t'écris en riant d'un style paresseux ;

Et ■ peut-être par intervalle Un vers pur et facile étincelle en mes jeux.

Cependant le vent redouble , et je crains bien qu'il ne nous empêche de reposer cette nuit. G est un malheur, par exemple, contre lequel je me sens moins affermi, et dont je me consolerai plus difficilement. Je donne à tous les diables Éole, son outre ^, et les possédés qu'elle renferme.

Dans mon foyer l'un en grondant murmure,

Tel que l'airain vomissant un boulet ;

L'autre de loin me frisant le collet',

En fifre aigu, fait siffler ma serrure :

Le vent glacé , qui traîne les hivers,

Bat mes volets et fait trembler la vitre ;

Le vent plus fier qui soulùve les mers,

Si j'abandonne un moment mon pupitre,

En tournoyant emporte mon épître,

Et mes couplets ^, et ma prose, et mes vers.

' Édition de 1777:

Et souvent un bon mot étincelle mes jeux.

» Ibid. : « son antre : » et avec le pronom el/c; ce »|ui monlre que antre n'est qu'une faute d'impression.

3 I/ùrK:

Et mou esprit

Tout cela m'avertit de finir. Adieu, mon cher ami , reviens bien vite à la Caserne ; et puisses-tu , dégoûté des voyages, n'en faire plus qu'un, mais éternel, de Paris à Feuillancour, et de Feuillancour à Paris !

Ils naîtront ces paisibles jours ,

Jours consacrés à la Paresse,

Et dont la sœur de la Sagesse, La molle Insouciance, embellira le cours !

Plus de clairons, ni de tambours,

Dont le son guerrier nous éveille ; Plus de lestes brigands, aux uniformes courts , Qui viennent au galop, le bonnet sur l'oreille. De nos vastes pâtés échancrer les contours.

Et boire la liqueur vermeille.

Que nous avons mise en bouteille Pour de plus fins gourmets que messieurs les Pandours !

VERS

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