RÉPONSE
Qu'en sa religion nouvelle Apporte un nouveau converti.
Je cherche quelque honnête femme Dont Tesprlt sache m'attirer, A qui je puisse croire une âme, Qui me laisse un peu soupirer Avant de se rendre à ma flamme, Et veuille long-temps m'adorer.
Ah ! si je puis la rencontrer, La beauté que mon cœur appelle , (Pardonnez mon jaloux travers Et ma crainte assez naturelle ) Je ne vous mène point chez elle, Et ne lui montre point vos vers.
Jadis on ouvrit à Cytlière Un cirque en riionneur de Vénus, Et dans ces combats ingénus, L'amant et sa jeune bergère Briguaient, athlètes demi-nus , Le prix charmant de l'art de plaire.
A ces tournois voluptueux , L'Amour et l'Hymen présidèrent.
Frères, rivaux et demi-dieux , Vous jugez bien qu'ils les troublèrent.
L'Hymen s'arrogea sans façon - Le droit d'initier les belles; L'Amour, avec plus de raison , Voulut, paré de fleurs nouvelles, Donner la première leçon D'un jeu qu'il inventa pour elles.
Le différent fut terminé
' Dans l'Alinauach des Muses de 1778, page 129, et signé ■< par M. Berlin. »
Dans un concile ^ d'Idalie ; Par Vénus il fut ordonné A fille nubile et jolie , Qu'au dieu d'Hymen , comme à l'aîné , Le premier jour serait donné; Car telle était sa fantaisie * :
Mais que pour prix de sa beauté, L'Amour, comme l'enfant gâté.
Eût tout le reste de sa vie.
Les Grâces , d'iui malin souris , Applaudirent à la déesse ; Et cet édit plein de sagesse Qu'adopta l'univers surpris , Bientôt des murs de Sybaris Passa dans Rome et dans la Grèce , Et gouverne aujourd'hui Paris.
Mais lorsqu'une vierge nouvelle , O Vénus , doit grossir ta cour.
Suit-on bien une loi si belle?
N'est- il point de secret détour? L'Hymen , comme on sait, n'a point d'aile; On en connaît deux à l'Amour.
' Ahnanach de 1778 :
Dans lin Parlement .
* Allusion à l'anrienne formule des ordonnances : " Car tel est noire bon plaisir. »
Le fripon gagne de vitesse , Arrive avant l'aube du jour, Souffle à l'Hymen son droit d'aînesse, S'envole, et revient à son tour.
Lorsqu'à peine le soleil baisse.
L'Hvmen paraît : 6 douce erreur!
Aimable et fortuné prestige !
L'Hymen , de force et de valeur Se croit fermement un prodige, Et pense avoir cueilli la fleur Qui ne tenait plus sur sa tige.
Loin des bords chéris de la France .
Vous avez le front d'être heureux !
Mes amis, connaissez- vous mieux , Et voyez votre impertinence.
Il est vrai que ces orangers, Témoins de vos jeux , de vos fêtes , Ces bois où les Zéphyrs légers Balancent l'ombre sur vos têtes* , Vos solitaires lataniers , Les perles ^ sur vos pas semées , Ces fruits qui rompent vos paniers, Et les richesses parfumées Qui colorent vos bananiers , Les grains pourprés de vos grenades,
' Dans l'Almanach des Muses de 1772, p. 69, avec le uom de " M. Berlin. »
* L'éditeur de l'Almanach dit en note que cette image est fort recherchée; c'est poétique qu'il devait dire.
3 Almanach de 1772 :
Les roses
Et vos ananas couronnés ', Le lait des palmiers fortunés *, Vos prés , vos vallons , vos cascades , Annoncent des prédestinés.
Mais sous vos huttes (pardonnez) Quand je vois vos pipes fumantes , Vos crânes ronds et cotonnés , Vos longues oreilles pendantes , Vos nez camus et basanés , Vous ne me semblez , je vous jure , Que des enfans déshérités, Que la dédaigneuse Nature , Loin de nos climats enchantés, A relégués k l'aventure :
Nous sommes ses enfans gâtés.
Vivent nos superbes rivages, Nos mœurs , nos arts et nos écrits !
Que je vous plains , mes chers sauvages, De n'avoir jamais vu Paris !
Nous fûmes quelque temps volages , De cent bagatelles charmés :
■ Voyez plus haut , p. 24 7 .
' Il veut parler des cocotiers. T'njez plus haut, p. 2/18,
28o AUX SAUVAGES.
Assis enfin au rang des sages % Nous avons changé nos usages ; Et les enfans se sont formés.
Nous brisons le hochet frivole De la légère illusion :
Des riens le char doré s'envole , Et la nation la plus folle Tient le sceptre de la raison.
Nous bannissons les goûts futiles , Les tyranniques préjugés; Tous les citoyens sont utiles ; Tous les grands seigneurs sont rangés.
Autrefois couronnés de roses , Nous n'aimons plus que les lauriers* ; Nous sommes au siècle des choses :
Tout pense , jusqu'aux financiers.
Adieu ta charmante méthode , Gatti ! nous sommes détrompés ^.
' Almaiiachde 1772 :
Les grelots nous avaient charmés ; Enfin sous les drapeaux des sages...
* L'éditeur de l'Almanach ob.sene eu uote que cette conslniction est \ icieuse. Il se trompe eucore. Elle est elliptique seulenieut.
^ Gatti était un médecin fort à la mode. Il y a de lui des Réflexions sur
La santé revient à la mode, La gaieté préside aux soupes.
l'Amour parmi nous n'a plus d'giles, Et suit toujours le sentiment; Les époux tendres et fidèles Vivent comme des tourterelles , Et s'adorent, Dieu sait connnent!
A quinze ans, la beauté discrète Oserait à peine rêver ; Les femmes. . . . c'est une disette , Et l'on ne peut plus en trouver.
Si vous connaissiez nos coulisses.
Nos chars transparens , nos palais , Le boudoir des jeunes actrices , Nos cuisiniers, nos chapeaux suisses.
Tous nos déguisemens anglais ',
rinocutation , dont l'abbé Morellet fut le réviseur. Voyez les Mémoires de Morellet , 1. 1 , p. 140, et surtout les Mémoires de Garât sur Suard, t. 11, p. 198.
' Almauachde 1772 :
Nos petits pet-ea-l'air anglais.
Eertin a fait preuve de goût en supprimant ce mot de pel-en-l'air, si burlesque et si ridicule. De pareils termes doivent être bannis du dicliounaire de la langue littéraire. Nous remarquerons toutefois, pour les lecteurs qui veulent tout entendre, que l'on appelait ainsi une sorte d'habit trèscourt. Le pet-en-l'air était aussi un vêtement de femme. « il importe peu »
Nos fiers cochers aux gros bouquets , A la moustache germanique , Et la fureur épidémique De n'avoir plus l'air d'un Français; Vous verriez bien , troupe insensée.
Qui n'avez point de Colisée , De grands sauteurs ^, ni d'arlequin , Que d'un Dieu bienfaisant et sage Nous seuls annonçons le dessein :
L'Européen est son ouvrage ; Mais le nez plat d'un Africain Ne saurait être à son image*.
disait La Harpe en 1774 « de savoir comment on appelle aujourd'hui « caraco, ce qui s'appelait d'abord /}(7-e«-/'a//-. »
' Les grands sauteurs étaient des sauteurs de corde qu'on allait voir au Boulevard , chez Nicolet.
' Almanach de 1772 :
Qui n'avez point de Colisée , Que vous n'existerez jamais, Et que le ciel ne vons destine Qu'à venir, quand il nous plaira.
Près de nos magots de la Chine, Montrer vos nez, dont on rira.
L'éditeur de l'Alnianarh avait ajoute cette note : « Il y a dans cette pièce « de l'cxcellcut persiflage. Il serait à souhaiter que les quatre derniers vers " fussent plus heureux. >■
A MONSIEUR