LE CLAIR DE LA LUNE
Sommeil , triste Sommeil , viens fermer ma paupière; Et vous , enfans du soir, tumultueux Désirs , Fuyez. L'astre des nuits poursuivant sa carrière Verse encor sur ces murs des torrens de lumière^, Et pour huit jours entiers éloigne mes plaisirs. Que je hais la splendeur calme et silencieuse De ce globe argenté qui roule dans les airs. Pour arrêter mes pas quelle main odieuse D'innombrables soleils a semé ces déserts '^ ? Tombez , sources de feu ; laissez régner les ombres ,
' Nous réunissons, sous le titre à! Appendice , quatre pièces que l'auteur avait rejetées de son édition de i ^85.
" Celte élégie est la xri® du m' livre, dans l'édition de 1780. Elle manque aux réimpressions de l'an x et de 1823.
3 Le Dieu poursuivant sa carrière , Versait des torrens de lumière Sur ses obscurs blaspLémateurs.
Le Franc. ^
4 L'épilhète odieuse, donnée à la main de Dieu, excède les bornes mar((uées à l'audace poétique. La pensée n'est pas meilleure que l'exprès-
35a APPENDICE.
Et qu'un brouillard ami se répande sur nous.
Hélas ! j'entends sonner l'heure du rendez-vous.
L'Amour aux soirs brillans préfère les nuits sombres :
C'est le temps fortuné des larcins les plus doux.
Alors, un bras tendu, la maîtresse ^ captive
Du lit d'un vieil époux s'esquive adroitement ,
Et confiant au mur sa marche fugitive
Ses souliers à la main^, va trouver son amant.
Alors, sous des ormeaux ^, demi-nue et voilée,
La Dryade au plaisir invite le passant ;
Le Faune alors poursuit la Nymphe échevelée.
On n'entend que des ris , et la porte ébranlée
Retentit sous les coups du marteau bondissant ^,
Eloignez- vous , fuyez de ces lieux solitaires;
Esclaves, retirez vos flambeaux indiscrets.
Vénus à tous les yeux veut cacher ses mystères.
sion ; car les étoiles ne jetaient pas assez de clarté pour nuire aux sages entreprises du pocte. Désert, semble une rôminisoence du mot sublime de Pindare, spriaa; (îi' aîôs'so;.
* Voyez plus haut , p. 70.
^ Cet hémistiche est simple jusqu'à en être plat, forez p. 39.
3 On aimerait autant « les ormeaux. >> Il emploie ailleurs l'article indéfini avec peu de grâce , ce semble ; par exemple , p. 44 < des armes ; p. 69 , des re-rous ; où l'article les pourrait con\ cuir mieux.
4 Tofts ces détaik , pris des idées antiques , sont froids parce qu'ils ne peignent plus rien. L'art du poêle devait remplacer ces peintures vieillies par des circonstances prises de nos usages et de nos mœurs.
Gardez-vous , en courant , d'effrayer nos bergères, Ou , la flamme à la main , d'interroger de près Sous les mouchoirs trompeurs leur visage et leurs traits. Qu'il se taise du moins l'imprudent téméraire Qui dans ces jeux •^"'larmans nous aurait reconnus; Qu'il jure par sa sœur, qu'il jure par sa mère, Qu'il atteste les dieux qu'il ne s'en souvient plus. Quiconque au doigt montrant la place fortunée , Osera révéler les secrets de l'amour, Sentira que Vénus d'un sang barbare est née , Et que des flots amers elle a reçu le jour ^
I Parcite luminibus , seu aiir seufemïnafias Obvia : Celait aiult suajurla f^enus.
Neu stri'jHtu terrete pedum ; neu quœrite nninrii ,
Ntu pvopefttlgente lumina ferte face.
Si <]itis et imprudcns adspexerit, occulat ille,
Perqtte deos oinnes se meminisse neget.
Nain J'iieril quicwnque loquax , is sanguine na!ain , Is f^enerem e rajiido sentiel esse mari.
T1BUT.1.E, t , 2, 33.