‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 20 sur 137 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Peins-moi ton désespoir et tes mortels ennuis. Par le plus tendre amour que tes lignes tracées Arrêtent mes regards, de tes pleurs effacées. Crains d'oublier, surtout, en pliant le feuillet, Ce cercle ingénieux qu'inventa ma tendresse, Ce cercle oîi mille fois ta bouche enchanteresse Déposa des baisers , qu'avec bien plus d'adresse , Tout entiers, loin de toi, la mienne recueillait. Un jour, peut-être, un jour, 6 ma tant douce amie ! Quand la fidèle OEnone ouvrira tes volets, Et qu'un songe amoureux, te présentant mes traits, Fera couler l'espoir dans ton âme attendrie % J'entrerai tout d'un coup sans me faire annoncer ; Je paraîtrai tomber du céleste empyrée.

Du lit alors, pieds nus, légère à t'élancer. Si, les cheveux épars, incertaine, égarée. Tu cours , les bras tendus , à mon cou t'enlacer ^, Mes vers du monde entier t'assurent les hommages ; Vénus aura perdu ses honneurs immortels; Et les amans en foule, embrassant tes autels, De lilas et de fleurs orneront tes images.

' Édition de 1780 :

Et tjiie d'un feu grondant, qu'irritent les soufflets, La flamme éblouira ta paupière endormie.

^ Tune 'vi^niam subito ; nec quisquani nuntiet ante , Sed 'vicL'ar cœlo missus adesse lild.

Tune milii , tjualis eris , Inngns turhata capillos , Obvia nudato , Délia, cuire pede.

TlDUT.LE, 1,3, 89.

ELEGIE X

A EUCHARIS

Il fut un temps où vos lettres fidèles ' Adoucissaient mon exil amoureux:

Ce temps n'est plus. Un destin rigoureux, Dix jours entiers, m'a déjà privé d'elles. Epargnez-vous des détours superflus, Pour abuser ma crédule tendresse *.

Je le vois trop : je n'ai plus de maîtresse ; Vous m'oubliez, et vous ne m'aimez plus. Sans doute, hélas! un autre a su vous plaire. En m'arrachant l'objet de mes désirs, L'ingrat jouit de ma triste colère ; Mon désespoir augmente ses plaisirs.

O bains de Spa, source impure et funeste ^,

I C'est ]a même formule que daus ce passage connu de Zaïre (n- , 2 ) Madame , il fut un temps où mon âme charmée , etc.

=* Le même sentiment est exprimé dans la même scène de Zaïre :

Ne vous préparez point a tromjjcr ma tendresse, A cliercber des raisons dont la flatteuse adresse... Vous ramène un amaut qui ne vous connaît plus.

^ Tu modo quant primum corrupta.i desere Bajas. jVultis ista dahuni luoia dtscidium , Litora quœj'uerunt castis inimica puellis. Ah / perçant Bajœ , ciimen amoris , aqua!

PROrEHCE, XI , i-^.

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