LIVRE I
Vous savez si son cœur alors paya mon zèle! L'œil liumide de joie, et d'amour enivrés ^, Tête à tête à la fin tous les deux nous soupâmes, Je tenais ses genoux entre les miens serrés : Ce doux rapprochement semblait unir nos âmes. Ciel ! que le moment fuit ^ ! que les plaisi rs sont courts ! Déjà la lune errante , aux deux tiers de son cours , Sous des nuages noirs se perdait éclipsée ^ :
gligés et plus simples qu'il ne convient à une élégie. Chez elle est aussi une forme beaucoup trop humble. M""^^ Riccobuui commence ainsi ses jolies Lettres de Catesby , si toutefois ma mémoire ne me trompe pas : « C'est au « grand trot do six forts chevaux... » Mais autre est la familiarité d'une lettre, autre colle d'une élégie. Puisque j'ai nommé M^*^ Piiccoboui, l'on me permettra de placer ici une particularité connue de peu de personnes, et qui, je crois, n'a pas encore été écrite; c'est que les Lettres de Fanuy Butler, que M'"* Riccoboni a données au public sous la forme d'un roman, doivent leur origine à une liaison d'amour très-réelle , et furent adressées à M. de Maillebois dont elle était l'ollo, et qui la quitta fort brusquement. La dernière lettre parut dans un journal du temps et produisit une vive sensation.
' Édition de 1780 :
Accablés de mollesse et d'amour enivrés.
» Ibid. :
La perdrix délicate à l'ergot rougissant , Le faisiiu savoureux, la truffe parfumée, La vauille , la pêche en glace transformée. L'ambre du marasquin, le tokai jaunissant,. Ranimèrent soudain nos forces épuisées.
Ciel ! que le moment fuit !
•î IbUl.:
D'un feu pâle éclairait nos dernières croisées.
L'airain sonnait minuit : il fallut nous quitter. 11 fut un temps Lélas! plus cher à ma pensée, Où, fascinant les yeux d'une foule insensée, Je pouvais jusqu'au jour impunément rester. Aujourd'hui tout s'oppose à mon doux stratagème; Un beau-père inquiet, prêt à rentrer soudain; De mes nouveaux argus la vigilance extrême; Et ce portier rôdant de la cour au jardin.
Mais qui peut arrêter l'impétueuse ivresse D'un cœur brûlant d'amour et que le plaisir presse? Trop certain des périls' contre moi rassemblés. Je balançais encore ; et mes regards troublés Attendaient mon arrêt des yeux de mon amante. Trois fois, d'un long baiser sillonnant ses appas ^, Je m'éloignai ; trois fois, je revins sur mes pas. Enfin, les yeux remplis d'une fureur charmante, La divine Eucharis, un mouchoir à la main, Dans l'alcôve, en riant, me poursuit et m'arrête, Et du bandeau nocturne environnant ma tête : « Le sort en est jeté, me dit-elle, et demain « Nous verrons quels détours Vénus, que je réclame, « Saura nous inspirer pour sortir d'embarras.
' Édition de 17S0 :
Convaincu des périls...
' INou.s avons jirclcrc celle looon de l'édition de 1780, à « marquetant ses appas » de l'édition de 1785 , el suivantes. Ce mol marquetant nous a paru de nlau^ais goùl.