‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 23 sur 137 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

« Aujourd'hui, cher amant, je te tiens clans mes bras ; « Je n'examine rien, je suis toute à ma flamme. a Je ])rave et mes tyrans et leur affreux pouvoir; « J'ai trop long-temps langui dans mon lit solitaire. « Le ciel, après trois mois, me permet de te voir ; « Que l'on découvre, ou non, ce 'fortuné mystère, (c Tu resteras. » O dieux, que j'aimais son courroux! Elle vole à la porte, et ferme les verroux, A me déshabiller m'enhardit la première, Laisse tomber sa jupe et souffle la lumière ^ Cependant le vieillard arrive à petit bruit. De ma visite étrange aussitôt on l'instruit; 11 monte suffoqué de colère et de rage. A ce moment fatal, rappelant mon courage. J'invoquai tous les dieux en pareil cas surpris. Il vient, il heurte, il frappe, il appelle Eucharis. Eucharis dans mes bras feignait d'être endormie, Et n'osait respirer, et ne répondait rien : Pour moi, je l'avouerai, je goûtais quelque bien A sentir battre ainsi le cœur de mon amie. Sans doute le barbare, à ma perte obstiné. Feignant de prendre alors le parti le plus sage, N'en défendit cfue mieux l'escalier détourné. Et crut plus sûrement me saisir au passage. Il se trompait; l'Amour veillait sur mon destin.

' Les détails de ces derniers vers oui du naturel assurément, niai>~ l'expression ne semble pas poétique.

4o LES AMOURS.

Quand la belle Eucharis, un peu vers le matin, De l'excès des plaisirs eut lassé ma tendresse, Je lui dis : « Lève-toi, mon aimable maîtresse. « Si l'on me voit sortir, ton malheur est certain, a Lève-toi; l'heure fuit, et le jour va renaître. « Il faut tromper fon père et sauver ton amant. « L'ombre nous sert encor : profitons du moment; a Seconde mon audace». Alors, tout doucement. De mes discrètes mains j'entr'ouvre la fenêtre. Deux draps encor brûlans de leur lit arrachés, Doux voiles réservés à des jeux plus paisibles. L'un à l'autre liés par des nœuds invincibles, Pendent le long du mur, au balcon attachés. Eucharis inquiète, en proie à ses alarmes. Refusait à ce prix de se justifier, A ces liens douteux n'osait me confier. Et, les cousant encor, les trempait de ses larmes. Enfin , le front couvert, un fer nu sous le bras, Rassurant mille fois mon amante éperdue. Je m'élance d'un saut, glisse le long des draps '; Le pavé retentit, et je suis dans la rue.

Amour, seul inventeur de ces heureux larcins, Tu dérobas ma fuite aux voleurs assassins, Aux passans indiscrets, à la garde sévère 1

' Édition de 1780;

je m'abaudouue aux draps.

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