LIVRE II. G
ELEGIE III
A EUCHARIS
Oui , tout Paris sait ta noirceur ;
Tout Paris sait ta perfidie.
Va chercher maintenant, impie,
Quelque stupide adorateur Pour exercer ta dure tyrannie!
Je romps mes fers; ingrate, je t'ouLUe; Le désespoir t'arrache de mon cœur.
Une autre au rang de ma maîtresse Va monter, le front ceint d'un immortel feston: Une autre jouira du glorieux renom
Que t'avajt promis ma tendresse.
Pour elle, sur des tons divers Montant ma voix , dans mon juste délire '■
Je veux des cordes de ma lyre
Tirer les plus aimables airs ,
Et la célébrer dans des vers
Si doux, qu'après soixante hivers
L'amant se plaise à les relire.
' Édition de 1780 :
Essayant tour à tour ma voix et mon dclire.
Pour tracer son portrait brillant, Je suivrai, s'il le faut, ma douce fantaisie :
L'aurore, au bord de l'orient^.
Aura paru moins belle aux peuples de l'Asie.
Tu pâliras, en le voyant.
De fureur et de jalousie.
Pardonne, pardonne, Eucharis; N'en crois pas mes dédains ; n'en crois pas ma colère. Nulle autre n'entrera dans mon lit solitaire; Nulle autre ne vivra dans mes derniers écrits. Avant que ta beauté sorte de ma mémoire , On verra l'eau suspendre et rebrousser son cours ; Le soleil oubliera de dispenser les jours. Et le peuple français de voler à la gloire. Sois plus coupable encor, je t'aimerai toujours^; Je t'aimerai : voilà ma destinée.
Oui , malgré ton crime odieux,
Je ne saurais baïr les yeux, Ces veux encor si cbers^ à mon âme étonnée,
* La lîcllc Agnès plus belle et plus hrillaulc Que le soleil au bord de l'orient.
VOLTAIRI:.
2 Ulula prius vaslo lahantur fhimina Punto , yJnnus cl im-ersas duxerit ante vices, Qiiam tua sub nostro mutelur jjeclore cura. Sis qiiodcuiiique l'oles , non aliéna tamen.
PaoPERCE, I, i5, 29.
3 Éilitiou de 1780 :
Ces veux vils et si cliers...