LIVRE II
ÉLÉGIE IV
A EUCHARIS
Que me sert aiijourd'huijdans des nuits plus heureuses,
D'avoir su te former aux combats de Vénus?
Que me sert, en pressant tes lèvres amoureuses.
De t'avoir révélé des secrets inconnus?.
Je suis victime ' hélas î de ma propre science :
Moi-même, à me trahir, j'instruisis ta beauté.
Que je dois regretter ton aimable ignorance ,
Ta craintive pudeur, et ta simplicité ' !
Quand ton cœur autrefois couronna ma tendresse,
Tes mains savaient à peine agiter ■* des verroux :
• lIciiJ heu! nunc jiremnr aile mea.
Tir.ui.i.F. , 1 , 6, ro.
et ta rusticité.
11 se souvenait de son Ovide ( Am., r , 8,44); /lut, si rusticitas non vetat , ipsa rogat. Mais ce latinisme était peu heureux.
3 Jglte.r n'est pas le mol propre; non plus que tourner, i\\\'\\ ciuploio deuv vers plus bas. Parny , au reste, a parlé de même: Une main d'amaut Ira doucement.
Se glissant dans l'ombre , Tonrucr les verroux Qui dès la nuit sombre Sont tirés sur vous.
Il fallait peut-èlre, •< tirer les verrou.x /<'/■«?<;.? sur vous. >
Je t'appris, le premier, par quelle heureuse adresse ^
On peut, en les tournant, échapper aux jaloux;
Je t'appris l'art, si cher à la jeune maîtresse ,
r)'«'^arter de son lit un odieux époux ^ ;
Malheureux! en un mot , je t'appris comme on aime.
Ton orgueil s'enrichit de mes rares secrets.
Du suc brillant des fleurs j'embellis tes attraits,
Et remis dans tes mains le fard de Vénus même.
Nulle amante bientôt ne sut mieux effacer
Le bleuâtre sillon, que sur un cou d'albâtre
Imprime de ses dents un amant idolâtre ^,
Et ces doux souvenirs qu'on se plaît à tracer.
Quel prix de tant de soins a donc reçu ton maître ?
Un autre impunément jouit de mes leçons.
Le laboureur du moins recueille ses moissons.
Et goûte en paix les fruits que ses mains ont fait naître.
Un autre, un autre... 6 ciel! conçois-tu mes soupçons?
• N'est-ce pas moi de cjiii l'iieureusc adresse Aux voluptés instruisis ta jeunesse?
Parny.
» ]nsc miser docui quo possel ludere paclo
Custodes
Fingere tune didicil causas cur sola cuharet, Caidiite tune tacito vertere posse fores.
TiBULLE, 1,6, 9.
Le mot maîtresse n'est peut-otri" pas ici placé avec assez de jn-opricté. Le poëtc l'a employé de la même façon dans l'élégie xxiri du lu"^ li^Te.
3 Tune succos herhasque dedi quis livor abiret, Queni J'acit inipresso tiiu!ua dente f'enus.
TiBti.LE, 1,6, i3.