‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 55 sur 137 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Tes désirs vains', tes injustes mépris, Et tes noirceurs et tes ingratitudes ^ ? Us sont passés ces jours délicieux^, Où, tout rempli de ma première ivresse, Sans nul soupçon, sans reproche odieux.

Sûr d'être aimé dé ma belle maîtresse , Par mon bonheur je surpassais les dieux. Depuis long-temps sa fatale colère D'ennuis amers'* a trop su me nourrir.

Je perds son cœur; je cesse de lui plaire : De ma douleur je n'ai plus qu'à mourir. Oui, j'en mourrai : voilà mon espérance. Je vois déjà mon étoile pâlir; Lassé du jour, lassé de ma souffrance.

Dans le Cocyte, avec indifférence.

Comme un torrent, je cours m'ensevelir.

Approchez-vous pour fermer ma paupière , Approchez- vous, peuple cher à Vénus.

Votre ami touche à son heure dernière :

' « Tes vains désirs » eût été plus doux.

' Édition de 1780 :

D'où reprendrai -je, inhumaine Eucbaris , Et tes noirceurs et tes ingratitudes ?

3 Ils ne sont plus ces jotirs déliciiux Où mon amour, etc.

Pat. :fY.

^ Édition de 1780 :

D'amers regrets ..

loo LES AMOURS.

Bientôt, hélas! Mysis ne sera plus.

Oh ! qui pourra me voir ainsi descendre Dans le cercueil , à la fleur de mes jours ? Qui ne voudra toucher au moins la cendre Du paresseux, qui chanta les amours?

Là % je le sais , nul orateur célèbre N'étalera^ d'éloquentes douleurs :

]\Iais sur ma tombe on sèmera des fleurs ; Mais nul amant de la pompe funèbre Ne reviendra sans répandre des pleurs^.

A la pitié, toi seule inaccessible.

Toi seule , ingrate et coupable beauté , Contempleras d'un œil sec et paisible La place encore où ce cœur trop sensible Déplorera ton infidélité.

O mes amis, pour consoler mon ombre.

Transportez-moi sous les rians berceaux De Feuillancour ^, dans ce bois frais et sombre Entrecoupé de mobiles ruisseaux;

' Les éditeurs de l'an x el de 1823 ont énil las! Nous avons eousené la leçon originale , qui est suffisamment eorreete.

* Édition de 1780 :

N'exlialcra...

3 Illo non juvenis poterit defunere quisquain lAiniina, non l'irgo, sicca rejerre domum.

TiBULLE, r , I, 65.

4 Voyez plus bas, une note sur le Voyage de Bourgogne.

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