A MA MUSE
Amour le veut% retournons à Cythère.
Muse, renonce à tes sages loisirs.
Ce dur enfant sur mon luth tributaire M'ordonne encor de vanter ses plaisirs.
N'irritons pas son humeur volontaire; Obéissons, quels que soient ses projets*. Ma muse, un jour, tranquille et solitaire, Tu traiteras de plus nobles sujets ; Tu chanteras nos forces renaissantes, D'un règne heureux monumens immortels.
Nos bords couverts d'enseignes menaçantes, Sous nos vaisseaux les deux mers blanchissantes, Et l'Amérique embrassant nos autels ;
' Hoc quoque jussit Amor.
Ovide , Am., ii, i, 3.
' Les éditious originales ont qucLjues, faute d'orthographe que Bertiu a l)icn pu faire , mais que les éditeurs réceus ont eu raison de corriger.
io6 LES AMOURS.
Tu nous peindras de son triple tonnerre^
Louis armé pour maintenir ses droits,
Donnant la paix au reste de la terre,
Humiliant la superbe Angleterre,
Et de son joug affranchissant vingt rois^.
Dis maintenant les faveurs des bergères,
Et les larcins des fortunés amans,
Leurs démêlés, leurs fureurs passagères.
Et leurs transports, et même leurs tourmens.
Je reprendrai les molles ^ élégies.
Courez , mes vers, sur des pieds inégaux^,
Et ramenez au milieu des orgies
Tous les Amours en triomphe à Paphos.
Applaudissez, ô nymphes du Permesse!
Tressez des fleurs pour votre nourrisson.
• Il s'agit, ce me semble , de l'alliance de la France, de l'Espagne el de la Hollande, réunies contre les Anglais dans la guerre de l'indépendance américaine.
* En effet, il s'agissait, disait-on, d'obtenir la liberté des mers , asservies par la marine anglaise.
3 II doit cette èpithète à Ovide :
Ferre eliam molles clegi lam vasla triumphi Pondéra disparibus non potuere rôtis.
4 Cette èpithète est parfaitement exacte quand il s'agit de l'élégie latine. Mais beaucoup d'élégies françaises sont écrites en vers égaux , et il est assez singulier de trouver cette expression précisément dans une élégie où il n'y a pas nu \ers plus court que l'autre.