‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 6 sur 137 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Ma voix, mon cœur, mes yeux, parurent se troubler; La rougeur, malgré moi, colora mon visage; Je sentis fuir mon âme ', et mes genoux trembler. Cependant, entraîné dans la lice éclatante Où toutes nos beautés, conduites par l'Amour, De parure et d'attraits disputent tour-a-tour, Mes regards dévoraient et sa taille élégante, Et de son cou poli la blancheur ravissante,

Et, sous la gaze transparente.

D'un soin voluptueux 'a forme et le contour. Au murmure (latteur de sa robe ondoyante.

Je tressaillais; et 1 aile des Zéphyrs, En soulevant Técharpe à son coté flottante, Au milieu des parfums m'apportait les désirs.

Que dis-je? l'Amour, l'Amour même...

Quel enfant! Oui, j'ai cru le voir, Se mêlant dans la foule, à la faveur du soir, M'exciter, me pousser par un pouvoir suprême, Remplir mon cœur ému d'un séduisant espoir, Secouer son flambeau sur la nymphe qu'il aime, Et sous l'ombrage épais, dans un désordre extrême, A mes cotés enfin la forcer de s'asseoir. O plaisir! 6 transports! ô moment plein de charmes!

Quel feu tendre animait ses yeux!

' Tune nec mens mihi nec color Cerla sede manet.

Horace, i, Oii. i3, 5.

Déjà d'un cœur timide, étonné de ses feux, Son silence expliquait les naïves alarmes; Mais bientôt un soupir me les raconta mieux, Et je sentis mes doigts humectés de ses larmes. Quel son de voix alors, touchant, délicieux.

Sortit de ses lèvres de rose !

Et quels discours! Zéphyre ^ en retint quelque chose, Et le porta soudain à l'oreille des dieux. Depuis ce temps je brûle : aucun pavot n'apaise Les douleurs d'un poison lent à me dévorer. La nuit, sur le duvet, je me sens déchirer; Le plus léger tapis m'importune et me pèse% Et mes yeux sont, hélas! toujours prêts à pleurer.

' L'auteur paraît avoir écrit Ziplnr. Les éditions de l'an x et de rSy.S portent Zéphyr, "^owà avons écrit, Zéphyre, et c'e^t l'orthographe qu'il faut toujours sui^Te , sauf dans les endroits où les poètes usent de la licence de retrancher l'c nuiel. L'Académie écrit Zéphyr, pour désigner un ven' doux et agréable; Zéphirc , pour désigner le vent personnifié. Si l'on demandait à l'Académie pourquoi elle met un y à l'un de ces mots, un /' à l'autre, •îlle serait peut-être embarrassée pour répoudre. Dans le vers suivant , nous suivons les éditions nouvelles. Il y a dans celle de 1785 : •• Et les porta». L'éditeur de i8a3 a fort à propos cité ces vers de Virgile ( Ed. III , 71):

O quoties, et quœ nohis Calatea locuta est! Parlcm aliquam , f^enli, diviiin referatls ad aures.

» Que ces vains ornemens, que ces voiles me pèsent! Quelle importiiDe main , etc.

Racike, Ph., I , ,'>.

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