LIVRE III. ii
EL£GIE III
A LA MÊME
Songes-y bien, ma bergère :
Une heure après le lever
De l'étoile de ta mère ,
Dans ton réduit solitaire,
Ce soir j'irai te trouver.
La Nuit, de crêpes couverte ,
Protégera nos plaisirs.
Laisse ta porte entr'ouverte
Au tendre essaim des Désirs.
Ecarte de mon passage
Tout fer ou marbre inhumain ^ ;
Et, d'un pied discret et sage
Interrogeant le chemin,
Si mon doux péril te touche ^,
' L'éditeur de rSaS a écrit:
Tout fer, <ouf marbre inliumaln.
La corrcclion est bonne; et nous voudrions qu'elle eût été faite par l'auteur.
^ Si mon doux péril te touelie.
Vers ajouté dans l'édition de 1785.
ii4 LES AMOURS.
Fais qu'au signal de ma bouche Je rencontre encor ta main Pour me guider vers ta couche.
Ciel! que ce temps si léger ^ Paraît long, quand on espère!
Le Soleil sous l'hémisphère Ne veut donc pas se plonger?
Accourez, humides Heures Qui présidez à la nuit :
Répandez sur nos demeures Ce calme heureux qui vous suit.
O fleurs, pressez-vous d'éclore Pour mes desseins les plus doux; Et toi, Sommeil que j'implore, Jusqu'au retour de l'Aurore Assoupis l'œil des jaloux^.
' Léger n'est pas ici le mot propre. Il ne fait pas une juste antithèse avec long.
' La leçon de l'édition de 1 780 est ici fort différente et fort inférieure :
Le Soleil sous rbéinisplière Ne veut donc pas se plonger?
Plus fier ou moins intrépide A la fiu de ses travaux , Sur le penchant des coteaux Il retieut son char rapide.
Et s'arrête au bord des flots.
Tritons, ouvrez la barrière A ses coursiers écumans ; Tlictis , dans tes bras cbarmaus Qu'il finisse sa carrière.
Dieux , reprenez la lumière , Et laissez l'ombre aux amans !