LA. VEILLÉE
J'avais signalé ma tendresse; L'Amour applaudissait; j'étais égal aux dieux. Accablé de langueurs, de fatigue et d'ivresse,
Entre les bras de ma maîtresse Le doux sommeil avait fermé mes yeux.
Elle , qui n'est plus écolière Dans l'art qu'elle a, sous moi, naguère commencé, De sa boucbe amoureuse entr'ouvrit ma paupière % Et, d'un son de voix doux à l'oreille adressé,
« Tu dors, paresseux! me dit-elle.
« Regarde : il n'est pas encor jour.
« Tu dors , à l'iieure la plus belle « Que le cercle des nuits ramène pour l'amour!
(c Laissons, laissons la diligente Aurore (( S'arracher, sans pitié, du lit de son amant ^; « Jouissons, nous mortels; profitons du moment :
' Illa meos somno lapsos natejecit ocellos Ore suo , et dixit : Siccine , lente, jaces ?
Properce, ii, 12.
Ovide calomnie sans doute l'Aurore, quand il lui dit que si elle se
ii6 LES AMOURS.
« Qui sait hélas! demain si nous serons encore? a Viens, je brûle; écartons ces voiles indiscrets^. « Prends-moi ; contré ton seinque je meure enchaînée! « Recommençons nos jeux; invoquons Dionée.
« Veillons. Tu dormiras après,
« Si tu veux, toute la journée. »
lève si matin, ce n'est que pour quitter le lit d'un vieil époux; et que, si elle y était avec Céphale, la nuit lui semblerait moins longue :
Illum [Titlionum] dum refugis , longo quia grandior eevo ,
Surgis ad invisas a sene mane rotas; At si, queni malles, Ceplialum complexa teneres ,
Clamares : c< Lente currite , Noctis equi.»
' L'épitliète semble impropre. Ce mot a déjà été placé improprement, p. 8 1 . La pensée e^t empruntée à Properce ( ii , 12):
Dum nos fata sinunt, oculos satiemus amore. Forsitan includet crastinajata dies.