SUR LE MARIAGE DE CATILIE
O jour affreux! ô fatal hyménée!
Pleurez, Vénus; pleurez, tendres Amours^!
Celle que j'aime, à l'autel entraînée.
Court en tremblant, victime couronnée,
Sous d'autres lois s'enchaîner pour toujours.
C'en est donc fait, ma chère Catilie?
Quand j'ai ton cœur, un autre aura ta foi!
Ce nouveau nœud rompt le nœud qui nous lie.
C'en est donc fait? et tu n'es plus à moi?
Pour ton ami désormais étrangère,
Tes 3'eux si doux de rigueur vont s'armer;
En te parlant, du nom de ma bergère
Je ne dois plus tendrement te nommer.
11 faut cesser de te voir à toute heure,
De te chercher, de te suivre en tous lieux ;
Et séparés par cent murs odieux ,
Jamais hélas! dans la même demeure
' Cette élégie et les deux suivantes ue sont point dans l'édition de 1 7 8 o. ^ Lugete, O Vénères Cupidinesque.
CaTUI.I.E, III.
i4o LES AMOURS.
Le doux sommeil ne fermera nos yeux.
Qu'est devenu ce temps, cet heureux âge Où les mortels, n'ayant reçu des cieux Qu'un champ fertile, un corps laborieux , Des fruits, des fleurs, et des bois en partage, Près d'une eau pure , exempts de tristes soins , A peu de frais contentaient leurs besoins ; Et deux à deux , sous des toits de feuillage , Goûtaient en paix de fortunés loisirs , Pauvres d'argent et riches de plaisirs?
Dans ces beaux jours, hélas! dignes d'envie. Ta voix d'un père eût fléchi les rigueurs ; Amant comblé des plus douces faveurs , A tes genoux j'aurais passé ma vie, Et la mort seule eût désuni nos cœurs. L'or aujourdhui règne en dieu sur la terre; Il faut un char, de superbes atours ; L'or aux plaisirs a déclaré la guerre , Et foule aux pieds les plus tendres amours ; L'or t'a livrée à l'objet de ta haine. D'un riche époux tu vas suivre les lois; Et moi , réduit , pour distraire ma peine , A la chanter d'une mourante voix , Je traîne hélas ! ma fortune incertaine Aux champs de Mars et dans la cour des rois. Oublions-nous quand le ciel nous sépare! Le ciel lui-même a reçu tes scrmens: