LIVRE III
Il punirait... Pardonne, je m'égare.
Non , non , crois-moi , le ciel n'est point barbare ; Il permet tout aux malheureux amans.
Il a voulu que l'amante éplorée, Qu'un sort impie ou qu'une injuste loi Force à donner sa main désespérée , Et qu'à l'autel on traîne malgré soi , Pût oublier impunément la foi Que sa faiblesse ou sa crainte a jurée C'est moi , c'est moi qui d'un soin enchanteur, Dès ton aurore ai su remplir ton âme; Je suis l'objet de ta première flamme, Dans l'art d'aimer ton premier précepteur; Ton cœur sensible est mon heureux ouvrage : Tu m'appartiens ^ : c'est moi seul qu'on outrage, Et ton époux est un usurpateur.
Quoi! je verrai son insolente ivresse!
Quoi ! j'ornerai son triomphe odieux !
Ah! s'il est vrai que ta vive tendresse Me redemande aux pieds même des dieux; Si mon amour à ce point t'intéresse , S'd t'est plus cher que la clarté des cieux , Ne souffre point , ô ma belle maîtresse , Que devant moi le barbare te presse
' N'est-ce pas moi de qui l'heureiise adresse. Aux voluptés instruisit ta jeunesse?
Pour le donner, ton cœur est-il a. toi?
l'ARNy.
i42 LES AMOURS.
Contre son cœur, et t'embrasse à mes yeux !
Je me connais : à mes yeux s'il t'embrasse ,
S'il cueille un prix qui n'est dû qu'à ma foi ,
Je me déclare; entre sa bouche et toi
J'étends la main, je préviens ma disgrâce,
Et je lui dis : « Ces baisers sont à moi '. »
La nuit hélas ! de ses plaisirs coupables
Viendra trop tôt annoncer le moment :
Que les faveurs , les caresses aimables ,
Le jour entier, soient du moins pour l'amant!
Regarde-moi : que ces yeux que j'adore
Sur moi fixés expriment tes douleurs ;
En se baissant qu'ils me cherchent encore.
Et quelquefois se remplissent de pleurs.
Si tu me joins au milieu de la danse,
Sois prompte alois à me serrer la main ;
Si tu me fuis, sans rompre la cadence.
Dis-moi tout bas : « Nous nous verrons demain. »
Mais, ô douleur! ô contrainte funeste!
Quand sous un dais de guirlandes paré ,
Nouvelle épouse , au banquet préparé
• iSec prcinat impositis sinito tua colla lacertis... Oscilla prœcipue nulla dédisse a/elis.
Oscilla si dederis , fiam manifeslus ainator. Et dicam , Mea sunt, injiciamque manus.
Ovide, Am.y i , 4.
linproba tttm vi'rojuns^entes oscula 'vidi... Qitîdj'acis ? exclanio. Qtto niinc mea gaudia defers ? Injiciain domiiitis in incajura manus.
OviDi: , Im. , 11,5.