‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 95 sur 137 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ELEGIE XX

ADIEUX A UNE TERRE' qu'on était sur le point dk vendre.

L'aimable et doux printemps ouvre aujourd'hui les cieux. O mes cliamps , avec vous je veux encor renaître ! Champs toujours phis aimés, jardins délicieux, Vénérables ormeaux qu'ont plantés mes aïeux , Pour la dernière fois recevez votre maître. Prodiguez-moi vos fruits, vos parfums et vos fleurs; Cachez-moi tout entier dans votre enceinte sombre. O bois hospitaliers, mes rêveuses douleurs N'ont pas long-temps, hélas! à jouir de votre ombre. Témoins de mes plaisirs dans des temps plus heureux , Vous passerez bientôt en des mains étrangères. Beaux lieux, il faut vous perdre : un destin rigoureux Me condamne à céder des retraites si chères. Que sert d'avoir vingt fois, dans mes travaux constans, Le fer en main, conduit une vigne indocile,

■ Cette élégie n'est point dans l'édition de 1780, non plus que les deux suivantes.

Retourné mes gué rets % et d'un rameau fertile

Enrichi ces pommiers, la gloire du printemps?

Un autre , en se jouant , de leur branche pendante

Détachera ces fruits qu'attendaient mes paniers,

De ces riches moissons remplira ses greniers.

Et rougira ses pieds d'une grappe abondante.

Je ne vous verrai plus , ô rivages fleuris ,

Source pure, antres frais, lieux pour moi pleins de charmes ;

Je ne vous verrai plus, mes pénates chéris.

Vous qui me consoliez du fracas de Paris ,

Du service des cours, du tumulte des armes!

Oui, dès demain, peut-être avant la fin du jour.

Il le faudra quitter ce fortuné séjour,

En retournant vers vous des veux mouillés de larmes.

D'un pied profane et dur un ingrat successeur^

Foulera ces gazons, lits chers à ma tendresse;

Et, mutilant l'écorce où croissait mon ardeur^.

Effacera ces noms qu'un soir, ô ma maîtresse,

Les sens en cor troublés de plaisir et d'ivresse,

I Quùl lahor, aut henefacta juvanl ? quid vomere terras Invertisse graves ?

VlRGII-E, G. III, 524.

' Jmpius hœc tant culla novalia miles habehit!

Virgile, Ed. i, 70.

^ tenerisqtie meos incidere amores

Arboribus : crescent illœ ; crescetis amores.

Virgile, Ed. x, 52.

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