LIVRE III
Tu m'aidas à graver de ta tremblante main. Qui sait même , qiii sait si le fer inhumain , Retentissant au loin dans la forêt profonde , N'abattra point ces pins, ces ormes vieillissans, Ces chênes, dont nos pieds outragent les présens, Immortels bienfaiteurs de Tenfance du monde' ? Crédule, j'espérais sous leur abri sacré Qu'un jour, las des erreurs dont je fus enivré, Tout entier à l'objet dont mon âme est ravie , Tranquille, à ses genoux j'achèverais ma vie, Riche de ses attraits, fier de ses seuls regards. Tantôt comblé des soins de sa main caressante. Tantôt prêtant l'oreille à sa voix séduisante. Et cultivant l'amour, la nature et les arts^. La fortune a détruit ma plus chère espérance. A mes dieux protecteurs il me faut recourir : Je n'ai plus, désormais étranger dans la France, De retraite où chanter ni d'asile où mourir. O tristesse! ô regrets! 6 jours de mon enfance! Hélas ! un sort plus doux m'était alors promis. Né dans ces beaux climats et sous les cieux amis
' clans allât veteres
TiBcr.T^E, ir, 3.
* Henreux qui dans le sein de ses dieux domesticjues, Cultive ses jardins , les vertus et les arts !
s'écrie Delille dans l'Homme des champs ; et il semble s'être ressouvemi du vers de Rertin. Je trouve que cette remarque a déjà été faite par l'éditeur de l'Ovide de Planude , p. Sgo.
Qu'au sein des mers de l'Inde embrase ' le tropique,
Elevé dans l'orgueil du luxe asiatique ,
La pourpre, le satin, ces cotons précieux
Que lave aux bords du Gange un peuple industrieux,
Cet émail si brillant que la Chine colore.
Ces tapis dont la Perse est plus jalouse encore^.
Sous mes pieds étendus , insultés dans mes jeux ,
De leur richesse à peine avaient frappé mes yeux.
Je croissais, jeune roi de ces rives fécondes :
Le roseau savoureux ^, fragile amant des ondes ,
Le manguier parfumé, le dattier nourrissant,
L'arbre heureux où mûrit le café rougissant.
Des cocotiers enfin la race antique et fière ,
Montrant au-dessus d'eux sa tête tout entière.
Comme autant de sujets attentifs à mes goûts.
Me portaient à l'envi les tributs les plus doux.
Pour moi d'épais troupeaux blanchissaient les camjiagnes ;
Mille chevreaux erraient suspendus aux montagnes,^ ;
Et l'Océan , au loin se perdant sous les cieux ,
Semblait offrir encor, pour amuser mes yeux ,
• Embrasse, de l'édition de 1785, n'e^t qu'une faute d'impression. T'oyez plus bas le second vers de l'Épiti'e à M. Des Forges.
» Voyez rÉpître à M. Des Forges.
^ La canne à sucre , sans doute.
4 ite, capellœ.
Non ego 'VOS postbac, i-irùU projectus in antro, Dumosa paidere procul de rupe l'idebo.
Virgile, Ed. i.