LIVRE III
Dans leur cours différent cent barques passagères Qu'emportaient ou la rame ou les voiles légères ' . Que fallait-il de plus? Dociles à ma voix, Cent esclaves choisis entouraient ma jeunesse; Et mon père, éprouvé par trente ans de sagesse , Au créole orgueilleux dictant de justes lois , Chargé de maintenir l'autorité des rois. Semblait dans ces beaux lieux égaler leur riclic;gse. Tout s'est évanoui. Trésors, gloire, splendeur, Tout a fui, tel qu'un songe à l'aspect de l'aurore. Ou qu'un brouillard léger qui dans l'air s'évapore. A cet éclat d'un jour succède un long malheur. Mais les dieux attendris, pour charmer ma douleur, Ont daigné me laisser le cœur de Catilie. Ah ! je sens à ce nom qu'il existe un bonheur. Ce nom seul de ma peine adoucit la rigueur ; Il répare mes maux , il m'attache à la vie : Je suis aimé; mon sort est trop digne d'envie. Et la paix doit rentrer dans mon cœur éperdu. Cessez, tristes regrets; cessez, plainte importune. Revivez, luth heureux trop long-temps suspendu. J'ai vu périr mes biens, mes honneurs, ma fortune; Mais son amour me reste , et je n'ai rien perdu.
' Tu licet ahjectus Tiberina mnlliter unda. . . Et modo tant celeres mireris currere lintres , Et modo tam tardas funihus ire rates.
Propercf , I , I/|.
ELEGIE XXI
Mes pleurs ne coulaient plus ; mes yeux
Étaient enfin las d'en répandre :
Je n'ai fait que nommer les dieux ',
Et soudain je les vis des cieux ,
Sans cortège, à ma voix descendre.
« C'est trop, ont-ils dit, l'éprouver.
« Eh! qui du sort injuste a plus senti l'outrage?
« Empressons-nous de relever
« Ce roseau courbé par l'orage.
« Pour prix de ses tendres chansons,
« Rendons-lui ses grottes chéries ,
« Son lac, ses riantes prairies ,
« Ses bois, ses vignes , ses moissons.
« Ah ! qu'il aime , qu'il aime encore , « Puisque ce sentiment est l'dme de ses jours;
« Et qu'il chante encor ses amours
« Aux lieux qui les virent éclore. »
' Il veut peut-être désiguer la reine et M. le comte d' Artois, dont les bienfaits et la puissante protection améliorèrent son sort.