‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 2)Chapitre 15 sur 76 · QUELS GENRES DE POEMES DOIT ELIRE LE POETE TRANÇOIS · texte numérisé non relu

QUELS GENRES DE POEMES DOIT ELIRE LE POETE TRANÇOIS

Ly doncques, et rely premièrement, ô poète futur, fueillette de main nocturne et journelle les exemplaires grecs et latins, puis me laisse toutes ces vieilles

îo auvRES coMPLinEs nu |. du bellay

poésies françoises aux Floraux de Toulouse et au Tuy de Rouen : comme ron- j deaux, Itallades. virelais, chants royaux, chansons et autres telles cspiceries, qui corrompent le goust de nostre langue et ne servent sinon à porter tcsmoignagc de notre ignorance. Jctte-toy ;\ ces plaisans epigrammes, non point comme font aujourd'huv un tas de faiseurs de comtes nouveaux, qui en un dizain sont contents n'avoir rien dit qui vaille aux neuf premiers vers, pour\eu qu'audixième il V ait le petit mot pour rire : mais à l'imitation d'un Martial, ou de quclqu'autrc bien .ipprouvé, si la lascivité ne te plaist, meslc le profitaWi: avccques le doux. Distilc, jvccqucs un stile coulant et'non scabreux, ces pitoyables élégies, à l'exemple d'un Ovide, d'un Tibulc et d'un Propercc, v entremcslant quelquefois de ces fables anciennes, non petit ornement de poésie. Chante-moy ces odes, incogneues encore de la Muse françoise, d'un lue bien accordé au son de la lyre grecque ei romaine, et qu'il n'y ait vers ou n'apparoisse quelque vestige de rare et authentique érudition. Et quant à ce, te fourniront de matière les louanges des dieux et des hommes vertueux, le discours fatal des choses mondaines, la sollicitude des jeunes hommes, comme l'amour, les vins libres, et toute bonne chère. Su toutes choses, prends garde que ce genre de poëmc soit eloingné du vulgaire enrichy et illustré de mots propres et epithetes non oisifs, ornés de graves sen tences, et varié de toutes manières de couleurs et ornements poétiques : no comme un Laisse^ lu vcrie couleur, Amour avecques Psyché, O combien est heureuse, et autres tels ouvrages, mieux dignes d'estre nommez chansons vulgaires, qu'odes ou vers lyriques. Quant aux epistres, ce n'est un poëme qui puisse enrichir gran- ' dément nostre vulgaire," pbiirce qu'elles sont volontiers de choses familières et . domestiques, si tu ne les voulois faire à l'imitation d'elegics, comme Ovide, ou sementieuses et graves comme Horace. Autant te dy-je des satyres, que les François, je ne sçay comment, ont appcllées coqs à lasne, csqucls je te conseille aussi peu t'exercer, comme je te veux estre aliène de mal dire : si tu ne voulois, à l'exemple des anciens, en vers héroïques (c'est à dire de dix à onze, et non seulement de huit à neuf) sous le nom de satyre, et non de cette inepte appellation de coq à l'asne, taxer modestement les vices de ton temps, et pardonner ■'' au nom des personnes vicieuses. Tu as pour cecy Horace, qui selon Quintilian, tient le premier lieu entre les satyriques. Sonne-moy ces beaux sonnets, non ^ moins docte que plaisante invention italienne, conforme ïïé'hb'iri a Pode, et différente d'elle seulement, pource que le sonnet a certains vers reiglez et limitez : et l'ode peut courir par toutes manières de vers librement, voire en inventer à plaisir a l'exemple d'Horace, qui a chanté en dix-neuf sortes de vers, comme disent les grammairiens. Pour le sonnet doncques tu as Pétrarque et quelques modernes luliens. Chante-moy d'une musette bien résonante et d'une fluste bien

jointe ces plaisantes eglogues rustiques, à l'exemple de Thé-ocritc et de Virgile, marines à l'exemple de Sennazar gentilhomme Néapolitain. Que Pleust aux Muses, qu'en toutes les espèces de poésies que j'ay nommées nous eussions beaucoup de telles imitations, qu'est ceste eglogue sur la naissance du lîls de monseigneur le Dauphin, à mon gré un des meilleurs petits ouvrages que fit oncqucs Marot. Adopte-moy aussi en la famille fransoise ces coulans et mignars hendecasyllabes à l'exemple d'un Catule, d'un Pontan et d'un Second, ce que tu pourras faire, sinon en quantité pour le moins en nombre de syllabes. Q.uant|

, aux comédies et tragédies, si les roys et les républiques les vouloient restituer en i leur- ancienne dignité, qu'ont usurpée les farces et moralités, je seroy' bien ; d'opinion que tu t'y employasses, et si tu le veux faire pour lornement de ta'

I langue, tu sçais ou tu en dois trouver les archétypes.

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