OLIVK
Xl.II
Les chauds souspirs de la llaninic incogncuC- Ne sont souspirs, et tels ne les veux dire, Mais bien un vent car tant plus je souspirc. Moins de mon feu la chaleur diminue.
Ma vie en est toutesfois soustenuë,
Lorsque par eux de l'ardeur je respire. Ma peine aussi par eux-mesmes empire, Veu que ma flamme en est entretenue.
Tout cela vient de l'amour qui enflamme Mon estomach d'une éternelle flamme Et puis revente autour de luy volant.
O petit Dieu, qui terre et ciel allumes, Par quel miracle en feu si violent Tiens-tu mon cœur, et point ne le consumes
Penser volage, et léger comme vent.
Qui or'au ciel, or'en mer, or'en terre
lui un moment cours et recours grand'erre
Voire au séjour des ombres bien souvent.
Kn quelque part que voises t'eslevant
Ou rabaissant celle qui me fait guerre. Telle beauté tousjours devant toy erre, i:t tu la vas d'un léger pied fuyant.
Pourquoi suis-tu (ô penser trop peu sage)
Ce qui te nuit ? pourquoy vas-tu sans guide. Par ce chemin plein d'erreur variable ?
Si de parler au moins eusses l'usage.
Tu me rendrois de tant de peine vuide, Tov en repos et elle pitoyable.
Au goust de l'eau la fièvre se rappaise.
Puis s'évertue au cours, qui sembloit lent : Amour aussi m'est humble et violent Quand le coural de vos leures je baise.
II6 O IVRES COMPLÈTES DE J. Ol" HUI.l.AY
L'c.ui goutte A goutte anime la kuiinaise D'un leu couvert le plus estincelant ; L' ardent désir que mon cœur va celant, Par vos baisers se fait plus chaud que braise.
I)"un grand trait d'eau qui fraischement distile, Souvent la fièvre est esteinte, Madame.
L'onde À grand Ilot rend la flamme inutile.
Nîais, à baisers, délices de mon ame.
Vous ne pourriez et fussiez-vous cent mille, Guarir ma fie\Te ou esteindre ma flamme.
Ores qu'en l'air le grand Dieu du tonnerre Se rue au sein de .son espouse amée, Et que de fleurs la nature semée A fait le ciel amoureux de la terre : Or' que des vents le gouverneur desserre Le doux Zephvre, et la forest armée, Voit par l'espais de sa neufve ramée, Maint libre oiseau, qui de tous côtés erre :
Je vois faisant un cry non entendu
Entre les fleurs du sang amoureux nées Pasle, dessoubs l'arbre pasle estendu :
lu de son fruit amer me repaissant,
Aux plus beaux jours de mes verdes années Un triste hyver sens en moy renaissant.
Lequel des Dieux fera que je ne sente
L'heureux malheur de l'espoir qui m'attire. Si le plaisir, subject de mon martyre, Fuyant mes yeux à mon cœur se présente ?
Quel est le fruict de l'incertaine attente, Où sans profit si longuement j'aspire ? Quel est le bien pour qui tant je soupire? Quel est le gain du mal qui me contente ?
Qui guarira la playe de mon cœur?
Qui tarira de mes larmes la source ?
Qn\ abbatra le vent de mes souspirs?
Montrc-lc moy, 6 cclcstc vainqueur, Qui as finv le terme de ma course Au ciel, où est le but de mes désirs.
Xl.VlI
l.e doux sommeil, paix et plaisir m"ordi)nne, Ht le réveil guerre et douleur m'apporte : Le faux me plaist, le vray me deconforte : Le jour tout mal, la nuict tout bien me donne.
S'il est ainsi, soit en toute personne La vérité ensevelie et morte, O animaux de plus heureuse sorte, Dont l'œil six mois le dormir n'abandonne !
Que le sommeil à la mort soit semblant, Q.ue le veiller de vie ait le semblant, Je ne le dv, et le crov moins encores :
Où s'il est vrav puis que le jour me nuit
Puis que la mort, ô mort, vueilles doncq'ores Clorre mes yeux d'une éternelle nuict.
l'ère Océan, commencement des choses.
Des Dieux marins le sceptre vertueux, Qui maint ruisseau et fleuve impétueux Kn ton sein large enfermes et composes.
Tu ne sens point, quand moins tu te reposes. Plus s'irriter de flots tempestueux Contre tes bords, qu'en mon cœur fluctueux Je sens de vents et tempestes encloses.
Helas ! recoy mes chaudes larmes doncques
En ton liquide : esteins leur feu, si oncques Tu as senty d'amour quelque scintille,
F,t si tes eaux peuvent le feu esteindre Qui rend la foudre et trident inutile, Et qui se fait jusques aux enfers craindre.
IlS tl-fVRKS COMPLETES DE J. DV Hl-.LI AY