I.XIII
Ma plus gtand' force cstoit rcttraitc au cnjur, lu contre Amour faisait plus de défense, Quand ce cruel pour vanger telle offense, Fut par mes veux de ma vertu vainqueur.
Lors de ses traicts ne sentoy' la rigueur,
Lors je n'aurov" de son feu cognoissance. Lors ne cuidoy' que sa luute puissance Sur ma foiblesse eust aucune vigueur.
Mais, ô le fruit de ma belle entreprise ! II a choisi pour gain de ma victoire Au plus haut ciel la beauté qui me tue :
I^ faut cercher le bien que tant je prise,
rais;int à tous par mon malheur notoire. Que l'homme en vain contre Dieu s'esvertie.
Comme jadis l'ame de l'Univers
l^namourée en sa beauté profonde
Pour façonner ceste grande forme ronde.
Ht l'enrichir de ses thresors di^-ers,
(Courbant sur nous son temple aux yeux ouverts, Sépara l'air, le feu, la terre et l'onde, Kt pour tirer les semences du monde.
Sonda les creux des abismes couverts.
Non autrement, ô l'âme de ma vie !
Tu fus à tov par tov-mesme ravie, Te voyant peinte en mon affection.
Lors ton regard d'un accord plus humain Lia mes sens où l'Amoi-r de sa main Forma le rond de ta perfection.
Ces cheveux d'or, ce front de marbre, et celle Bouche d'oeillets et de lis toute pleine. Ces doux souspirs, ceste odorante haleine, Kt de ces veux l'une et l'autre estincelle.
I Ol IVl
Ce chant divin qui Ici âmes r'appellc,
Ce cliasle ris, enchanteur de ma peine, Ce corps, ce tout, bref ceste pins qu'humaine Douce beauté si cruellement belle, Ce port humain, ceste grâce gentille.
Ce vif esprit et ce doux grave stile.
Ce haut penser, cest' honnête silence Ce sont les haims, les appas et l'amorce : Les traicts, les relz, qui ma débile force, (^nt captivé d'une humble violence.
Pour mettre en vous sa plus grande beauté. Le ciel ouvrit ses plus riches thresors : Amour clioisit de ses traicts les plus forts, Pour me tirer sa plus grand'cruauté.
Les astres n'ont de luire liberté,
Quand le soleil ses ra\ons met dehors : Où apparoist vostre céleste corps, La beauté mesme y perdroit sa clarté.
Si le tourment de tues aflections
Croist à l'égal de vos perfections
Et si en vous plus qu'en moy je demeure,
Pourquoy n'as-tu, ô fiere destinée, Rompu le fil de ma vie obstinée ?
Je ne crov point que de douleur on meure.
Sus, chauds souspirs, allez à ce froid cœur.
Rompez ce glas qui ma poitrine enflamme,
Et vous, mes veux, deux tesmoins de ma flamme,
Faictes plouvoir une iri.ste liqueur :
Allez, pensers, fleschir cette rigueur,
Engravez-moi au marbre de ceste ame.
Et vous, mes vers, criez devant Madame, Mort ou merci soit fin de tna langueur.
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Dictes coinmoiu cos tcn.iillcs J'\\oiic, Pour animer rininiortcl de sa gloire Ont arraclié mon esprit do sa place,
lit que mon cœur rien qu'elle ne respire ! O bien-heureux qui voit sa belle face ! O bien-heureux qui pour elle souspire !