I.IX
Mov, que TAmour a fait plus d'un Lc.indre, De cest oiseau prendray le blanc pennage, Qui en chantant plaint la lin de son aage Aux bords herbus du recourbé Méandre.
Dessous mes chants voudront (possible) apprendre Maint bois sacré et maint antre sauvage, Non guères loin de ce fameux rivage Où Meine va dedans Loyre se rendre.
Puis descendant en la saincte forest
Où maint amant à l'ombrage encor' est, Irav chanter au bord oblivieux,
D'où arrachant vostre bruit nompareil, De revoler ici haut envieux, Luv ferav voir l'nu et l'autre Soleil.
Divin Ronsard qui de l'arc à sept cordes Tiras premier au but de la mémoire Les traicts ailez de la Françoise gloire, Que sur ton luth hautement tu accordes.
Fameux harpeur et Prince de nos Odes Laisse ton Loir hautain de ta victoire, Et viens sonner au rivage de Loyre De tes chansons les plus nouvelles mode;- Enfonce l'arc du vieil Thebain archer, Où nul que tov ne sceut onc encocher Des doctes sœurs les sagettes divines.
L oi-ivi-
Porte pour nioy parmi le ciel des (j.iulcs
Le saint honneur des Nymphes angevines.
Trop pesant lais pour mes faibles espaules.
Assez, mes vers, porte/, dessus vos ailes
Les saints rameaux de ma plante divine, Seul ornement de la terre angevine, Et de mon cœur les vives estincelles.
De vostre sol les bornes seront telles
Que, dès l'Aurore, où le soleil décline. Je voy desja le monde qui s'incline A la beauté des beautez immortelles.
Si quelqu'un né sous amoureuse estoile
Daigne esclaircir l'obscur de notre voile. Priez qu'Amour luy soit moins rigoureux
Mais s'il ne veut ou ne peut concevoir Ce que je sens, souhaitez-luy de voir L'heureux object qui me fait malheureux.
Qui voudra voir le plus précieux arbre. Que l'Orient ou le Midy avoue, Vienne où mon fleuve en ses ondes se joue. Il y verra l'or, l'ivoire et le marbre.
Il y verra les perles, le cynabre.
Et le cristal, et dira que je loue
Un digne objet de Florence et Mantoue,
De Smvrne encor', de Thebes et Calabre :
lùicor dira que la Touvre, et la Seine Avec la Sone arriveroyent à peine A la moitié d'un si divin ouvrage :
Ne cestuy-là qui n'aguere a fait lire
En lettres d'or gravé snr son rivage
Le vieil honneur de l'une et l'autre lyre.
124 tlfVRKS f.OMPI KTF.S DK J. DL' BFl 1 AY