I.XXVII
O fleuve heiireu\, qui as sur ton rivapc De mon amer la tain douce racine, De ma douleur la seule médecine, Li de ma soit' le désiré breuvage !
O roc feutré d'un verd tapis sauvage ! O de mes vers la source cabaline !
O belles fleurs ! ô liqueur cristaline ! Plaisirs de l'œil qui me tient en servage,
Je ne suis pas sur vostre aise envieux Mais si j'avoy' pitoyables les Dieux, Puisque le ciel de mon bien vous honore,
\'ous sentiriez aussi ma flamme vive,
Ou comme vous, je seroy' fleuve et rive. Roc, source, fleur, et ruisselet encore.
La canicule au plus chaud de sa rage
Ne fait trouver la fraische onde si belle, Ni l'arbrisseau si doucement appelle Le vovagcur au frais de son ombrage :
La santé n'est de si joyeux présage
Au lent retour de sa clarté nouvelle, Que le plaisir en moy se renouvelle, Quand j'apperçoy l'angelique visage.
Soit qu'en riant ses lèvres coralines
Monstrent deux rancs de perles cristalines,
Soit qu'elle parle, ou danse, ou balle, ou chante.
Soit que sa voix divinement accorde Avccq' le son de la parlante corde.
Tous mes ennuis doucement elle enchante.
Du ciel descend tout céleste pouvoir,
Pour décorer cest ame bien-heureuse, Qui d«:ssus tov ma terre plantureuse Comme un Phœnix fait ses ailes mouvoir.
Le Dieu de Loyre, entbtnmé de l.i voir,
Ard jusqu'au fond de son onde plus creuse.
C) urand'beauté, à puissance amoureuse,
Qui t'ait aux eaux nouveau feu concevoir ! S'elle est à rive, il semble que les fleuves
Tardent leurs cours : s'elle erre par les bois.
Les chesnes vieux en prennent robbes neuves. Le ciel courbé se mire dans ses yeux,
Kcho respond à sa divine voix
Qui fait mourir les hommes et les Dieux
Toy qui courant à voile haute et pleine.
Sage, rusé et bien-heureux nocher.
Loin du destroit, du pyrate, et rocher,
Voles hardi où le désir le meine :
Ne crains pourtant, oyant ma souveraine
Caler la voile, ou les ancres lascher,
Sa douce voix ne te pourra fascher,
Voix angelique, et non d'une sereine.
Si tu U vois, tu verras le soleil
Du beau visage, à cestuy-là pareil
Que l'Océan de ses longs bras enserre.
G mille fois le bien aimé des Dieux,
Qui sans mourir, et sans voler aux cieux,
Peut contempler le paradis en terre !
Celle qui tient l'aile de mon désir.
Par un seul ris achemine ma trace
Au paradis de sa divine grâce,
Divin séjour du Dieu de mon plaisir.
Là les amours volent tout à loisir.
Là est l'honneur engravé sur sa face.
Là les vertus, ornement de sa race,
Là les beautez qu'au ciel on peut choisir. Mais si d'un œil foudroyant elle tire
Dessus mon chef quelque traict de son ire,
L'abisme au fond de l'éternelle nuiit.
otvRis roMri j ri;s dk |. ih" bfi.i an
l..\ n'est ni;i soit" aux ondes pcrissante, LA inoti espoir et se luit et se suit, La meurt sans tin ma peine renaissante.
Vous qui aux bois, aux fleuves, aux campagnes, A cry, à cor, et A course hastive Suvvez des cerfs la trace fugitive, Avecq' Diane et les nymplies compagnes :
I"t tov tS Dieu, qui mon rivage bagnes,
As-tu point veu une nvmplie craintive
Qui va menant ma liberté captive.
Par ies sommets des plus liantes montagnes ?
Hélas ! ensuis, si le sort malheureux
Vous monstre A nu sa cruelle beauté.
Que telle ardeur longuement ne vous tienne.
Trop fut celuv chasseur avantureux.
Qui de ses chiens sentit la cruauté Pour avoir veu la chaste Cynthienne.
Déjà la nuict en son parc amassoit
L'n grand troupeau d'estoilles vagabondes, };t pour entrer aux cavernes profondes, Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassoit.
Déjà le ciel aux Indes rougissoit.
Et l'aube cncor' de ses tresses tant blondes Faisant gresler mille perlettes rondes, De ses thresors les prés enrichissoit :
Quand d'Occident, comme une estoille vive Je vy sortir dessus ta verde rive, O fleuve mien, une Nymphe en riant.
Alors vovant ceste nouvelle Aurore,
Le jour honteux d'un double tein colore Et l'Angevin et l'indique Orient.
I Ol.IVE