‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 2)Chapitre 51 sur 76 · ŒUVRES POÉTIQUES · texte numérisé non relu

ŒUVRES POÉTIQUES

LA MUSAGNŒMACHIE

Sous l'œil paslc de la nuict J'av fait ma course prcmicrc.

Frisant la mer qui reluit Sous la tremblame lumière :

Ores l'espesse lumière De rOcéan monte aux cieux, Je vov r Astre pluvieux, Et la monstrueuse crouppe De la orand'marine trouppe.

Sus, matelots, en avant A la prouë et à la pouppe, Arme/.-vous contre le vent.

Scylle en son ventre abboyant Engouffre le costé dextre, Et Carvbde tournoyant Occupe le flanc senestre.

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Wnis que Jupiter tii naistrc l'IamlK'aux amis de la nef.

Descouvrez niov vostre chel.

Dessus les plus hautes cynies Je vov sortir des abisnies Une Orque, pour m'abismer Fn son ventre plain de crimes, Qui couve toute la mer,

Homère premier sonna lù les rats, et les grenouilles, Puis horrible il entonna Les Phrvgiennes despouilles.

Dieu, qui en mon Loyre mouilles L'or de tes crespes cheveux, Reçov doucement les vœux De ceste avanl-tragedie ; A fin qu'après je dédie 1:1 aux Muses et à toy, D'une trompette hardie Les victoires de mon Roy.

Au milieu d'un vol ombreux, Sous une vouie ancienne Gist un antre ténébreux.

Où la nuict cymmerienne Garde que Venus ne vienne Le percer jusqu'au dedans Des traits de ces yeux ardens.

Lethe de là prend sa source,' Qui d'une endormante course Sort du cœur d'un rocher vieux.

Feutrant d'une humide mousse Les pavoz oublivieux.

Le chant du coq resveillant Du chien la soigneuse cure N'habite au lieu sommeillant, Que de long silence emmure :

L'ove à l'esclatant murmure N'est en ce clos obscurci, Là le sommeil endurci Tient l'ignorance embrassée :

Qye la Terre courroucée D'un estomach verd de fiel,

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Avfcq' HiKcl.idc cl Ccc \'oiiiil encontre le Ciel. Comme un lion s'elent;ant, Elle a deux lèvres tortues, Comme un asne balançant Deux grand's oreilles pointues.

Ses pâtes de poil vestues, Qui trainent ses membres lourds, Imitent les pas d'un ours.

Une chair de sang mouillée Knfle sa panse touillée.

Puis veautrant son pesant corps.

Comme une taupe aveuglée Sousleve le museau tors.

Maint sceptre victorieux, Kt mainte couronne saincte, .Maint chapeau laborieux.

Et mainte vesture ceinte Toute diversement peinte Ornoit le monstre hideux, Alors que tout despiteux .Monstroit à la terre plaine De son arrogance vaine, .\voir la clef en ses mains Du loyer et de la peine Des misérables humains.

Vous qui les fables contez.

Ne descrivez plus Antée Xi les fiers chevaux dontez, Ni l'ame en trois corps entée, Ni le porc Erimantée, Ni le lion Nemean.

Ni le serpent Lernean, Ni la puante Chimère, Ni .Méduse, ni Cerbère, Qui furent moins contrefaits Que ce monstre, qui est père Des plus horribles forfaicts.

La fraude, et le faux conseil, Et la discorde su\'\ie D'ambition et d'orgueil.

Bourreaux de l'humaine vie.

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la c.iloninicusc cnvio, 1..1 cniautc. qui consent Au sani; du peuple innocent, la blanJissante malice, l.a misérable avarice.

Les peu durables plaisirs.

Ht l'oisiveté nourrice Des impudiques désirs.

Les longs tragiques regrets, La mort en lame imprimée, Et des mots jadis secrets La bande mal enfermée.

C'est la furieuse armée Qui saccageant l'univers Par tant d'alarmes divers, Par fer, par flamme, par mine \otre bonheur extermine, Sous le monstre desreglé Par la vengeance divine A son malheur aveuglé.

François premier le chassa Par' la compagne de France, Et l'estomac luy passa D'une inévitable lance :

Voici Hcnrv qui s'avance Qui d'un fer estincellant.

Le chef luv va martelant, Catherine, & Marguerite, Chacune d'elles irrite La beste au dos et au flanc Qui d'une haleine despite Vomit un fleuve de sang.

Je vov le royal enfant.

Que tant de grâce environne, Qui d'un laurier triomphant Desja, desja se couronne :

Voici comme il esperonne Sa juvénile vertu Dessus le monstre abbatu.

Voici l'honneur de l'Eglise, Voici (^hastillo.i & (iuyse, F^t qui toucha de sa main

LA .MLSAGNao.MACMIE 1)1

A la couronne promise Du sainct collcf^c llomain.

Voici l'arbre plantureux.

La juste équité co};nue De l'olivier bien-heureux.

Voici la vertu chenue Du sein de l'ai las venue.

Mascon dont la docte voix Sucre l'oreille des lîois.

\'oici Monluc, qui arrive.

Laissant l'Ilscossoise rive, Pvtho qui le composa, D'une humeur persuasive Sa docte langue arrosa.

Le sage docte (^hiron D'une mam nielle lertille Alaicte dans son giron Le jeune François Achille :

C'est Danese qui distille Lne céleste liqueur, Abbreuvant le jeune cceur, Qui d'une généreuse vie Desja (ce semble) désire Manier sous un Phœnix Les armes, et de la Lvre Les sons en douceur finis.

Je voy le palais Royal, Des parlemens l'excellence.

Où d'un contrepoids lovai Les sainctes loix on balance.

La superbe violence Du monstre ennemi de Dieu N'habite point en ce lieu.

Là le pourtraict on contemple Du vieil Sénat, et l'exemple Du jugement, qui estoit Où jadis dedans son temple La sage vierge habitoit.

Comme du présent des Grecs Sur la sommeillante Trove Tombo\-ent les soldats secrets Ardens à la riche prove :

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La !.i\ciir lies dieux intime; Q.UC I.i rovalc cité linLintc un peuple incité De neuf pucelles ensemble, (".'est tov, l'aris, où s'assemble La rteur des Grecs & Latins, Sur l'ignorance qui tremble Parmi ces riclies butins.

Les scadrons avantureux Des abeilles iVemissantes l'orment leur miel savoureux De Heurs sans ordre naissantes Par les plaines verdissantes.

Tel est le vol de mes vers, Qui portent ces noms divers, Discourant parmi le monde D'une trace vagabonde :

Mais rien choisir je ne puis .\u grand thresor qui m'abonde Tant riche-pauvre je suis.

Le grand visage des cieux Quand le char de la nuict erre.

Ne rit avecques tant d'veux A la face de la terre :

J:t l'Inde riche n'enserre Tant de perles & thresors Que la France dans son corps Cache d'enfans poétiques, Qui en sonnets, et cantiques Qui en tragiques sanglos l'ont revivre les antiques Au sein de la mort enclos.

Carie, Hervot, Sainct Gelais, Les trois favoris des Grâces, L'utile doux Rabelais Et toi, Bouju, qui embrasses Suyvant les royales traces, L'heur, la faveur et le nom De Pallas et de Junon ; Scévc, dont la gloire noue I£n la Sone qui te loue.

Docte aux doctes esclarci ;

LA ML"S.\(,\(1.0M.\<.Hlf

Solcl, ijin.' I.i l r.iiKc .ulvulie L'autre gloire Je Qiierci.

Peicticr laborieux ]in tes politiques œuvres.

Va Martin industrieux Qui fidellement descouvres L'art des antiques manœuvres, Ne laissez, divins esprits, \'ostre labeur entrepris, Voici Maclou qui accorde Le fer, le feu, la discorde D'un pouce non endormi, loudrovant dessus sa corde L'Anglois, jadis ennemi.

Venez, l'honneur Loudunois, lit ceux que mon Lovre prise, Lvon, & le Masconnois, Ht Tholose bien apprise.

Paris, clief de l'entreprise Fait son enseigne ondover Pour l'ennemi foudrover.

Sus donc, divine cohorte.

Qu'on ouvre la double porte Du mont qui se lend en deux, Afin que la guerre sorte Dessus le monstre hideux.

Je vov luire trois flambeaux.

De Phœ'bus heureux augure Qui tremblent, ardents et beaux Au front de la nuict obcure. A voir leur belle figure.

Je prenoy le grand Baïf Ln ces trois encore vif Sous nostre Dorât, qui dore Ses vers que Parnasse adore, Dont l'art bien élabouré De l'or de Saturne encore A ce siècle redoré Qui est celuv qui du chef Heurte le front des estoilles !

Qui les ailes de sa nef r.mpenne de riches toiles ?

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