‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 2)Chapitre 58 sur 76 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

'e n\iy (Lecteur) entrcmcslc fcirt superstitieusement les vers masculins avecques les féminins, cumme on en use en ces Vaudevilles et Chansons qui se chantent d'un mesme chant par^nis'les couplets, craio;nant de contraindre et gaigner ma diction pour l'observation de telle chose. Toutesfois, à fin que tu ne penses que j'ayc desdaigné ceste diligence, tu trouveras quelques Odes, dont les vers sont disposez avecques telle religion. Comme La Lolangk de DEUX Damoisei.les; Des misères et cai.amitez hlmaixes ; Le chant du

DESESPERE, et LeS LOUANGES DE BaCCHUS.

Li:S LOL'AXCIiS DANIOU

Jii l-'lciivr tic Lo\tr

ODK I

O (de qui I.i vive course

Prend sa bien lieureuse source

D'une argentine fontaine.

Qui d'une luite lointaine.

Te rens au sein fluctueux.

De l'Océan monstrueux),

Lovre, hausse ton chef ores

Bien haut, et bien haut encorcs.

Et jette ton œil divin

Sur ce pays Angevin,

Le plus heureux et fertile,

Qu'autre où ton onde distille.

Bien d'autres Dieux que toy, l'erc.

Daignent avnier ce repaire

A qui le ciel fut donneur

De toute grâce et bonheur.

Ceres, lorsque vagabonde Alloit querant par le monde Sa fille dont possesseur Fut l'infernal ravisseur, De ses pas sacrez toucha Geste terre et se coucha Lasse sur ton verd rivage.

Qui lui donna doux breuvage.

Et cestuv-là qui pour mère Eut la cuisse de son père, Le Dieu des Indes vainqueur Arrosa de sa liqueur Les Monts, les Vaulx et Campaignes De ce terrain que tu baignes.

Regarde mon Fleuve aussi Dedans ces forêts ici.

IIS I.OIANGKS d'aNJOU IJ?

Qui leurs clicvclurcs vives Haussent autour Je tes rives, Les l'aunes aux pieds soudains, Qui après Bisclies et Dains, Ht Cerfs aux testes rainées Ont leurs forces animées.

Regarde tes Nymphes belles A ces demv dieux rebelles.

Qui à grand course les suyvent.

Et si prés d'elles arrivent.

Qu'elles sentent bien souvent De leurs haleines le vent.

Je vov desja hors d'aleine Les pauvretez qui à peine Pourront atteindre ton cours.

Si tu ne leur fais secours. • Combien (pour les secourir, De fois t'a-t-on veu courir Tout furieux en la plaine?

Trompant l'espoir et la peine De l'avare laboureur :

Helas qui n'eust point d'horreur Blesser du soc sacrilège De tes Nymphes le collège.

Collège qui se recrée Dessus ta rive sacrée.

Nvmphes de jardins fertiles, Hamandryades gentiles, Toy Priape, qui tant vaulx, Avecq' ta lascive faux, Pales, qui sur ces rivages Possèdes tant beaux herbages.

Que Flore va tapissans De mainte fleur d'eux yssant Tov pasteur ,\mphrysien, Chacun de vous garde bien Ses richesses de l'injure Du chaud et de la froidure.

Ces masses laborieuses Que les mains industrieuses Quasi égalent aux cieux.

Ne sont-ellç? pas aux Dieux !

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Qui voiiJr.i iloiic loiK- cl cli.intL- Tout ce dont rindc se v.intc, Sicile l.i lalnikiisc.

Ou bien l'Ar.ibie heureuse.

Quant à mov l.iiu iiue in.i l.yie Voudr.i mes cli.insons eslire Que je luv conimanderay.

Mon Anjou je chanerav.

t") mon fleuve paternel.

Quand le dormir éternel Fera tomber à l'envers Celuv qui chante ces vers, lu que par les bras amis Mon corps bien près sera mis De quelque fontaine vive, Non gueres loin de ta rive.

Au moins sur ma froide cendre Fav quelques larmes descendre Ft sonne mon bruit lameux A ton riviige escumeux.

N'oublie le nom de celle, Qui toute beauté excelle, Ht ce qu'av pour elle au5si Chanté sur ce bord icv.

DES MISÈRES ET l'ORTUNES HUMAINES

An Scij^tii'iir Jean Prévost

ODF II

Bellone semé sang et rage

Parmy les peuples çà et là,

Et chasse à la mort maint courage

De ce fouet tortu qu'ell' a.

Son ame cestuy-cy ottroye

A un venim froid et amer :

Cestuy-là est donné en proyc Aux flots avares de la mer.

UF.S MISHRES vr rORTLNKS IILMAINKS l jy

Aucuns d'une main vanj^crcssc ' Veulent par la mort esprouvcr, Si du mal qui tant les oppresse, Pourront la guarison trouver.

Quelques autres venans de naistre,

Avant qu'ils aillent rencontrant

Ce qui malheureux nous fait estre.

Sortent du monde «ai v entrant.

Mercure des mains de la Parque

Prend nos ombres, et les conduit

Au bord, où la fatale barque

Nous passe en reternelle nuict.

Où Minos juge inexorable.

Toutes excuses déboutant,

La langue autrefois secourable

De l'orateur n'est escoutant.

Le chemin est large et facile

Pour descendre en l'obscur séjour,

Pluton tient son domicile

La porte ouverte nuict et jour.

Là gist l'œuvre, là gist la peine.

Ses pas de l'Orque retirer,

A l'estroit sentier qui nous meine

Où tout mortel doit aspirer.

Le nombre est petit de ceux ores.

Qui sont les bien aimez des Dieux,

Ht ceux que la vertu encores

Ardente a eslevez aux cieux.

Jupiter tient devant sa porte

Deux tonneaux dont il fait plouvoir

Tout ce qui aux humains apporte

De quoy aise ou tristesse avoir.

Qui a veu en ce vieil Poëte,

(Et le voyant ne pleure lors)

La trop tost ouverte boëte,

Et les vertus volans dehors?

L'espérance au bord arrestée

Outre son gré demeure ici :

Puisque seule nous est prestéc

Gardons qu'ell' ne s'envole ajssi.

I,V> aiVRKS COMPLÉTKS Ul! J. DC BELLAY

LliS LOUAXGliS D" AMOUR

.■lu StiijuiKr Rcnc Urvoy

ODÏi III

Le cler riiisseift courant.

.Murmurant Auprès Je l'hospitale ombre Plaist ;\ ceux qui sont lassez

Et pressez De chaud, de soif et d'encombre.

Et ceux qu'Amour vient saisir

Leur plaisir C'est parler de luy souvent.

D'Amour soyez donc meschants,

Par ces champs Dessous la fraischeur du vent.

Ces eaux claires et bruyantes,

. Eaux fuyantes, D'un cours assez doux et lent, Donneront quelque froideur

A l'ardeur De mon feu trop violent.

Erato à ma chanson

Donne son Et me permets approcher Près de toy pour m'esjouir

Et t'ouïr Du haut de ce creux rocher.

Le Rov, le père des Dieux,

Tient les cieux Dessous son obéissance Neptune la mer temf)ere

IFS l.OL ANC.I S 1) AMi-'L it.

Et son frcrc Sur les enfers a puissance.

Mais ce petit dieu d'aymer

Ciel et mer, Et le plus bas de la terre.

D'un sceptre victorieux.

Glorieux, Sous son pouvoir tient et serre.

Sans luv, du ciel le haut temple

Large et ample Kn ruine tomberoit, Avec chacun élément.

Tellement Discorde partout seroit.

.\mour gouverneur des villes

Loix civiles, Kt juste police ordonne, Et l'heur de paix qu'on va tant

Souhaitant, C'est luv seul qui le nous donne.

Les rfchesses de Ceres

Les forests, Les seps, les plantes, et fleurs Prennent d'amour origine,

Goust, racine.

Vertus, formes et couleurs.

Par luv tout genre d'oiseaux

Sur les eaux Et par les bois s'entretient :

Tout animal de servage.

Et sauvage De lui son essence tient. Par ce petit dieu puissant

Délaissant Le doux giron de la mère, La vierge femme se treuve

Et fait preuve De la flamme douce-amere.

Que me chaust si on le blasme.

Et sa flamme ?

Amour ne sçait abuser :

Et ceux qui mal en reçoivent,

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Ne le doivent.

Mais ciix-mC-nics, accuser.

Amour est tout bon et beau.

Son flambeau N'cntlamme les vicieux :

Juste est, et de simple tov.

C'est pourquo\ Il est tout nud et sans veux.

Leurs victorieux charrois

Ducs et Roys, Doyvent ;\ ses saincts autels, Le poétique ouvrier

Son laurier Ht les dames leurs beautez.

Puis donc qu'il est nostre auteur,

Sa hauteur Bien adorer nous devons, Dessus son autel sacré,

Sçachant gré A luy, de quoy nous vivons.

La jeunesse fhelas!) nous luit

Ht la suit Le froid aage languissant :

.\doncques sont inutiles

Les scintilles Du feu d'amour périssant.

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