‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 2)Chapitre 73 sur 76 · SONNET DE DANIELLO · texte numérisé non relu

SONNET DE DANIELLO

Si notre vie est un jour bref et obscur auprès de l'Eternel, et plein de chagrins et de maux ; et si beaucoup plus rapides que les vents et les traits tu vois les années s'en aller et ne plus faire de retour; — mon âme, que fais-tu? Ne vois-tu pas que tu es ensevelie dans une aveugle erreur au milieu des fâcheux soucis mortels ? Puisque des ailes t'ont été données pour voler à l'éternel, au haut séjour, — secoue-les, car il en est désormais bien temps, afin de sortir de cette glu mondaine qui est si tenace, et déploie-les vers le ciel par le plus court chemin : — là est le souverain bien que tout homme désire; là, le vrai repos; là, la paix, qu'en vain tu vas cherchant ici-bas (i).

(i) Voici le texte italien :

Se'l viver itoslro è brève oscuro giorno

Presi'a l'elerno, e jiien d'iiffanni e malt ;

E ptu veloci aaai che venli o siraii

Ne vedi ir gli anni e piu non far ritorno,

DE l'olive

Eh bien ! je vous le demande, peut-on dire que Joachim a traduit purement et simplement le sonnet italien ? Évidemment non. D'abord il lui a donné des ailes. Au lieu d'une méditation verbeuse et molle, il en a fait, pour me servir d'un terme cher à Alfred de Vigny, une élévation courte et sublime. Non seulement il lui a pris tout ce qu'il avait de bon, mais il y a ajouté le vers admirable :

Si périssable est toute chose née

sur lequel tombe le premier quatrain et qui sert en quelque sorte de tremplin au vers suivant. Il a mis du rêve là où il y avait de Taction.

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?

a une autre valeur poétique que l'expression : « mon âme, que fais-tu? » Et le dernier tercet, tout entier de la main de Joachim, donne au sonnet, tel qu'il l'a construit, une signification, un couronnement, qui lui manquaient.

Et puisque le nom d'Alfred de Vigny s'est présenté tout à l'heure sous ma plume, ce que je viens de dire de Joachim me rappelle ce qu'il écrivait un jour à une amie au sujet d'André Chénier :

« Vous vous apercevrez que André est un traducteur presque perpétuel, ici Catulle, là Ovide, là Tibulle, ailleurs Anacréon, Virgile plus loin; c'est un corsaire véritable, et tous ses péchés ne sont pas siens, ils ont dix-huit cents ans de date, vous pouvez l'ab-

Alrna^ cbe /ai? che non ti miri interna Sfpolta in cieco error Ira le mortali Noiose cure? e poi ti son date ait Da volar a l'eterno alto ioggiorno,

Scuotile, trista, ch'e ben tempo homai,

Fiior del visco mondan ch'e si tenace; E le dispiega al ciel per drilta via :

Ivi è quel somino ben ch'ogni hiioni desia ; IvVl vero riposo; ivi la pace Cb'indarno tu quagiu cercando vai.

soudre. — Ce qui est charmant en lui, c'est la grâce dans l'arrangement de ses biens dérobes, et la lormc latine et concise de son vers (i) »

Joaclîim ne fit pas autre chose que d'arranger à sa façon ses précieux larcins, et il faut croire que la méthode était bonne puisqu'André Chénier s'est vanté de l'avoir suivie, dans une épître à Le Brun dont je citerai ce très beau passage :

Ami, Phœbus ainsi me verse ses largesses. Souvent des vieux auteurs j'envaliis les richesses. Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux, M'embrasent de leur flamme, et je crée avec eux. Un juge merveilleux, épiant mes ouvrages. Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages Traduits de tel auteur qu'il nomme ; et, les trouvant, 11 s'admire et se plaît de se voir si savant. Que ne vient-il vers moi ? Je lui ferai connaître Mille de mes larcins qu'il ignore peut-être Mon doigt sur mon munteau lui dévoile à l'instant La couture invisible et qui va serpentant Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère. Je lui montrerai l'art ignoré du vulgaire De séparer aux yeux, en suivant leur lien. Tous ces métaux unis dont j'ai formé le mien. Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave, Tout ce que des Toscans la voix fière et suave Tout ce que les Romains, ces rois de l'Univers, M'offraient d'or et de soie, est passé dans mes vers. Je m'abreuve surtout des flots que le Permesse Plus fécont-is et plus purs fit couler dans la Grèce -, Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux Dont j'anime l'argile et dont je fais des dieux. Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée Mais qui revêt, chez moi souvent entrelacée, Mes images, mes tours, jeune et frais ornement ; Tantôt je ne retiens que les mots seulement ; J'en détourne le sens, et l'art sait les contraindre Vers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peindre.

(i j Lettre à M"« Camilla Maunoir.

La prose plus souvent vient subir d'autres lois, Et se transforme, et fuit mes poétiques doigts ; De rimes couronnée et légère et dansante, En nombres mesurés elle s'agite et chante. Des antiques vergers ces rameaux empruntés Croissent sur mon terrain mollement transplantés ; Aux trous de mon verger ma main avec adresse Les attache, et bientôt même écorce les presse. De ce mélange heureux la sensible douceur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. Dévot adorateur de ces maîtres antiques. Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques. Dans leur triomphe admis, je veux le partager, Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger. Le critique imprudent, qui se croit très habile, Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile ; Et ceci (tu peux voir si j'observe ma loi), Montaigne, il t'en souvient, l'avait dit avant moi(i).

Et je crée avec eux ! retenons ce mot d'André Chénier : il n'est pas de définition plus heureuse et plus exacte de la méthode employée par J. du Bellay pour enrichir notre idiome national des dépouilles des Italiens et des Anciens, car si c'est imiter quelqu'un que de planter des choux, comme Ta dit spirituellement Alfred de Musset, c'est être original et créer que d'imiter comme Ta fait Joachim.

André Chénier, qui avait lu Rabelais et Montaigne, connaissait également la Pléiade. Il aimait trop la Grèce, sa mère-nourrice, pour n'avoir pas eu la curiosité de voir quel parti l'école de Dorât avait tiré de ses lectures grecques, et le vers fameux d'André

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques

n'est en somme qu'une variante de ceux de Joachim :

Renouvelons aussi Toute vieille pensée.

(i) Épître à Le Brun, IV, éd. Becq de Fouquières, 1872.

2yO NOTES ET COMMENTAIRE

M. ReinlioM Dezeimeris nous dira tout à l'heure en quels endroits le poète allâmes s'est rencontré avec celui de X Olive (i).

(i) Apres 1.1 publication de sa notice sur P. de Brach (1857-1858), Sainte-Beuve ax-ait engag»i M. Reinhold Dezeimeris — c'est de lui que je tiens ces détails — à publier un choix de poésies -k J. du Bellay. Pour répondre à cette pensée bienveillante du maître, M. Dezeimeris lui envoya un échantillon de ce que pourrait être son travail d'annotateur et de critique. Mais comme M. Firmin Didot, qui venait d'éditer le Ronsard de .M. Noël et le Rabelais de M. Ratery, hésitait à faire entrer dans sa petite collection in- 12 le du Bellay que lui proposait M. Dezeimeris. le Commentaire de ce dernier resta dans ses cartons. J'aurais voulu l'en tirer aujourd'hui pour mon profit et celui de mes lecteurs, mais il a été impossible à M. Dezeimeris de le retrouver; heureusement que ses lettres à Sainte-Beuve ont été conservées. M. le Vicomte Spoelberch de Lovenjoul, entre les mains duquel elles sont aujourd'hui, a eu l'obligeance de mêles communiquer. J'en extrais avec Pagrén-ent de leur auteur les passages qui se rapportent à VOlive; on verra quel ç3iS Sainte-Beuve faisait des remarques de son distingué correspondant :

Bordeaux, le 23 juillet 1867.

J'arrive â Pinstant, Monsieur, et mon premier soin est d'ouvrir mon poudreux carton sur du Bellay. J'y trouve un affreux désordre, beaucoup de renvois muets que je ne puis si rapidement vérifier ; enfin je m'aperçois que l'exemplaire sur lequel j'ai noté diverses imitations est à la campagne. Si j'avais été prévenu plus tôt, p. ut être aurais-je p.i fournir quelque chose (Sainte-Beuve préparait à ce moment son dernier article sur Joachim) mais si le désordre ne vous fait pas peur, voici quelques notules prises au hasard et que je choisis parmi celles qui sont de nature à donner lieu à quelques rapprochements ou parallèles.

Comparer du Bellay et Lamartine et rapprocher de VIsolemeul le cent treizième sonnet de VOlive. (On ne savait pas encore que Joachim l'avait emprunté et imité d'un poète italien.)

Lamartine

Là je m'enivrerais à la source où j'aspire, Là je retrouverais et l'espoir et l'amour, Et ce bien idéal que toute ame désire Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour.

DU Bellay

Là est le bien que tout esprit désire.

Là le repos où tout le monde aspire,

Là est l'amour et le plaisir encore.

Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée.

Tu y pourras rcconnaistre l'Idée

De la beauté qu'en ce monde j'adore.

DE 1. OLIVK 231

Disons tout de suite que, sans avoir jaiiKiis cité le nom de Joacliini, il s'est évidemment souvenu du Poêle Courtisan dans la page éloquente

Malgrii cette fidélité ;\ l'hiatus, il y a dans ce sonnet, qui n'est pourtant pas un des meilleurs, une note à constater. Que songes-tu^ mon dme emprisonnée? C'est un commencement de méditation (i).

Les imitations d'Horace sont très nombreuses, sans parler des odes dont plusieurs ne sont que paraphrases d'Horace. Voyez les sonnets loi de rO//f£(Horat., II, I, 5, 9 et suiv., etc.) et 102 (Horat., Oi., III, 16).

Quelques vers d'Horace (II, 5) sont imités à la fin de la pièce de du Bellay intitulée Description de la corne d'abondance, etc. André Chénier dans Arcas et Palèmon a insisté sur les mêmes traits, et puisque j'ai parlé de Chénier je noterai quelques passages qui pourraient entrer dans un parallèle. Après avoir lu le sonnet 67 àc VOlive et ces vers de Pontanus {Armonim, lib. I).

O jucunda mei suspiria nunlia cordis

O oculi, nunc jam (lumina, non ocitli, Hec mandata mea constaitter ferle puellce t

Lire le joli fragment d'André, p. 241, XIII, éd. Becq de Fouquièrcs.

Rapprocher de l'ode IX de du Bellay (des Conditions du vrai poète) — réminiscence du Quemtu Melpomene, semel — la belle élégie d'André, p. 147, éd. Becq : O muses, accoure^, etc.

Mais les rapprochements les plus intéressants parce qu'ils seraient les plus vrais et les plus utiles seraient ceux que l'on pourrait faire entre r///î«//a//o«, rjE/j/Vri; au lecteur de du Bellay et le poème de Vlnvention de Chénier, ainsi que son épîtred Le Brun, p. 316. Mais il est évident que cela vous a sauté aux yeux d'emblée.

Quant à des rapprochements pris à droite et à gauche, à des rencontres de hasard, j'en aurais bon nombre à vous offrir, mais comment savoir celles qui pourraient convenir à votre dessein ? Vous plairait-il, à propos de l'ode XII, De porter les misères et la calomnie, où l'on trouve ces vers :

Bien que vertu ne dompte Infortune ; Comme le roc, quand la mer importune En çà et là contre lui se courrouce Rompt ses gros flots et de soi Us repousse .

(i) Au-dessous de cette ligne, Sainte-Beuve a écrit la phrase connue : « Jamais le flageolet de Marot n'eut de ces accents. »

252 KOTES El" COMMENTAIRE

et vii^oureuse que voici : <* La seule dilVèrence essentielle, comme l'observe judicieusement M. lùiiile F.i^uet, est qu'au xvf siècle, le poète courtise à la cour et qu'au win', peut-être même au xix" ei au XX', il courtise dans les salons et auprès des grands de ce monde. La différence est essentielle, en effet, mais elle est petite (i). » Voici donc la page de Chènier :

«... Que de fois n'a-t-on pas vu tel ou tel auteur célèbre qui, dans ses premiers «icrits, avait déployé toutes les forces de son génie à terrasser les grands sous d'éloquentes invectives, pour peu qu'il voie le jour à se mêler parmi eux, qu'ils l'invitent à souper, qu'ils le pressent de lire devant de grandes assemblées, changer tout i coup de drapeaux et devenir courtisan lui-même ! Que dis-je ?

11 les prend pour modèles. Il imite leurs phrases, il les cite familièrement ; il compose son visage ; il mesure ses paroles ; il représente ; il va même jusqu'à protéger, et tout cela avec une maladresse grotesque, une gêne gauche et risible qui empêche qu'on ne s'offense de cette vanité mesquine et puérile et qui rappelle le bon Jourdain embarrassé s'il mettra ou ne mettra pas sa robe de chambre. Passe encore s'il savait prendre cette facilité, cette aisance qu'au moins une longue habitude donne aux gens de cour et qui chez eux fait de toutes ces fadaises une espèce d'exercice assez amusant à voir une fois. Car, remarquez bien, je vous prie, les divers degrés de cette généalogie de bassesse. L'altier courtisan emprunte tout son orgueil des regards du maître qui ont daigné tomber sur lui ; mais à son dîner.

Vous plairait-il de vous souvenir que Paul le Silentiairc a dit tout à fait la même chose en une épigramme {Antbol. Palat., X, 74) qui finit ainsi :

v.i[LOi--x Oapi7a/i<o; tzo'j-otzoçiî'. fji6-rjv.

C'est une belle devise faite pour vous.

Pour finir en renversant mon petit panier, je vous dirai qu'au cinquante-septième sonnet de VOlive on pourrait avantageusement citer Catulle, VII ; Ronsard (Amours, II, chanson après le sonnet 27) ; MaruUe, qui a imité Ronsard ; Dcsportcs, p. 134, éd. Michiels ; Berlin, III, 6, et André Chénicr, p. 279. Le malheur est que le sonnet de du Bellay ne vaut pas tout çà.

Hac piiuca t multis. — Si je trouve quelque chose de plus saillant, je vous l'enverrai. Aujourd'hui j'ai voulu surtout vous montrer que si je ne sais vous être bon à quelque chose, ce n'est ni l'empressement, ni le désir qui me font défaut. . .

Reinhold Dezeimeris.

(i) André Chènier, p. 34.

DE l'olive 233

il est maure à son tour et ses regards en tombant sur le ridicule front de son poète. lui transmettent une rnrtie de cet orgueil emprunté. C'est la lune qui emprunte sa lumière du soldl et qui vient sur la terre se réfléchir dans un bourbier. Mais, outre le ridicule qu'entraîne un pareil changement de conduite combien l'homme, qui en est coupable et qui est ainsi la dupe de son orgueilleuse politesse, a de quoi rougir à ses propres yeu.x ! Confus, inquiet, tourmenté par sa mémoire, pressé entre ce qu'il fait et ce qu'il a dit. il voit bien qu'il faudrait effacer ou sa vie d'aujourd'hui ou ses ouvrages d'autrefois. Il craint que chacun ne soupçonne que ceux-ci ne venaient que d'un dépit amer de ciiagrin d'une inipat.ence colère de se voir ignoré ou négligé. Il sent que ses complaisances nouvelles rendent sa fierté passée ridicule et que sa fierté rend ses complaisances dA présent plus honteuses. »

Et ceci m'amcne tout naturellement à pnrler de la date vraie ou vraisemblable de la composition du Poc'le courtisan, je ne dis pas de sa publication, puisque nous savons que Joachim ou plutôt Aubert, son éditeur posthume, la fit paraître en 1559, peu de temps avant sa mort, sous la même couverture que la traduction de l'épjtre de Turncbe sur la Nouvelle manière de faire son profit des lettres.

J'ai soutenu dans la Vie de Joachim (i) que le Poète courtisan ne pouvait pas avoir été composé plus tard que 1550, l'auteur n'ayant aucune raison, neuf ans après, de partir en guerre contre Mellin de Saint-Gelays, tandis qu'en 1550 il avait tout intérêt à le ridiculiser et à le démolir. A cela M. Louis Clément, que cette question préoccupe tout particulièrement, m'a répondu qu'il n'était pas prouvé que le Poète courtisan ait été dirigé contre Mellin de Saint- Gelays. Contre qui, alors ? M. Bourciez, dont on connaît le bel ouvrage sur les Mœurs polies et la littérature sous Henri II, et qui avait cru d'abord que cette satire avait été écrite par du Bellay entre 1550 et 1552, M. Bourciez m'écrivait au mois de juillet 1901 qu'il aurait dû mettre 1551 au lieu de 1552, cette dernière année étant celle où Joachim partit pour l'Italie. « Quoi qu'il en soit, disait-il, je persiste à croire que la date approximative de 1549 ou

(i) Revue de la Renaissance^ t. I, p. 147 et suiv.

1550 vnut mieux que celle de 1559. I.a pièce a toit bien pu rester manuscrite pendant une dizaine d'années ; on s'expliquerait mal que du Bellay l'eût composée au lendemain de la mort de Saint- Gelays, à un moment où le succès de la Pléiade était délînitif, et quelques mois après la pièce latine à laquelle je fais allusion : il y aurait là une sorte de duplicité qui me le g:\terait un peu. La satire a un ton combatif qui se rapporte bien mieux à 1550, alors que tout était en jeu et que la nouvelle école cherchait à s'aiHrmer. » Ces observations sont à peu près les mêmes que celles que j'avais présentées à l'appui de ma thèse. Depuis, il m'est venu un autre argument qui lui donne, je le crois du moins, plus de poids encore. De ce que le Poète courtisan parut le même jour et sous la même couverture que l'Épître traduite en vers de Turnèbe, M. Chamard •en a conclu que cette satire fut écrite à la même époque. Tel n'est point mon sentiment. Le Discours au roi sur la Poésie parut également en 1560 après la mort de Joachim. Est-ce une raison pour affirmer, comme le fait M. Chamard, qu'il fut composé en 1558 ou 1559, à la même époque par conséquent que le Poêle courtisan et lEpitre de Turnèbe? Si cela était, comment expliquer que, dans le Discours au roi sur la Poésie, Joachim ait fait l'éloge de Paschal, lorsqu'il le bafoue dans l'Epître de Turnèbe ? Il avait beau être versatile et s'amuser à se contredire, il y a tout de même des contradictions un peu trop fortes et celle-là est du nombre.

Je pense donc que la satire du Poète courtisan doit remonter à l'année 1550, bien qu'elle soit écrite en vers hexamètres et que Joachim n'ait commencé de faire publiquement usage de l'alexandrin qu'à partir de 1^53 (i).

A présent je vais donner la parole à M. Reinhold Dezeimeris. Voici les notules et remarques qu'il envoyait à Sainte-Beuve sur cette pièce au mois de septembre 1858 :

(i) Lire à cet égard la Fie de Joachim dans la Revue de la Renaissance, 1. 1, p. 148.

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