LE POÈTE COURTISAN
Comparez à cette pièce celle qui se trouve plus loin, intitulée : Traduction d'une Eptstre lattne sur un moyen nouveau de faire son j>rou/it de VEslude des Lettres.
Vers I . Du maître d'Alexandre], Aristote, le fameux philosophe, auteur d'une Poétique fameuse .
— 5. Comment jouer il ùm]. Quo scribi possint numéro. Horace, /Jrt
Poél., 74.
— 4. Dessus un eschafaut]. Horace, Art Poél., 279. Sur les tréteaux, sur le
planches, représentations tragiques.
— 5 . L'humble comédie], c'est-ù-dire la comédie dont le style est bourgeois,
familier (privatis carminibus. Ars Poet., 90) comparé à celui de la tragédie et de l'épopée et qui est obligée, pour s'élever parfois jusqu'à elles, d'élever le ton (tollere vocem. A. P., 93).
— 6. Le Méonien], Homère. — Tout ce commencement fait allusion à divers
passages de V Art poétique d'Horace ; v. 89 à 152.
— 9- Le poète du Vide], c'est-à-dire je ne dépeins pas le poète tel que !e
désire Vida. — Jérôme Vida, savant italien, né vers 1490 à Crémone, évêque d'Albe en Piémont, est auteur d'un Art poétique bien connu' écrit en vers latins. - Du Bellay dit le Vide ou le Vida comme on dit le Tasse, le Dante.
— 10. Mon autheurj. La cour est la seule autorité à laquelle je me conforme.
— II. Artisan]. Artiste, artifex.
— 12. L'Apollon courtisan]. Le modèle des poètes courtisans.
— 13 . Où], sujet où. . .
— 15. Celui donc qui est né]. Comparez le commencement de VAri poétique
de Boileau. — se tenter], s'essayer.
— 16. Premier que], avant que.
— 18. Commun], banal.
— 20. Je ne veux, etc.]. Perse {Sat., V, 62) :
At te nocturnis juvat impaliescere chartis.
— 21. Feuilletant, etc.], Horace (Ars Poet.^ 368) :
Vos exemplaria graeca Nocturna versate manu, vcrsate diurna.
Vers 27. Ses ongles il ne rons;e|. Horace (Sat., IX, 70) :
F.l m venu fascitndo S>r[>f caput scaheift, viwi ft roiifrrl ungua.
et Perse (5a/., I, 106) :
Ktc pluteum cotdily licmorsos nec sapit unguts.
Voyez plus loin la pièce intitultîc V Adieu aux Muse: traduit du latin de Buchanan, v. 28 et suiv.
— 54. Est plus authoriséc], est plus en honneur. — Régnier semble s'être
inspiré de ce passage dans ces vers de la 3= satire (v. 51 et suiv.) :
Puis, que peut-il servir aux mortels icy bas.
Marquis, d'estre s^avant ou de ne l'estre pas,
Si la science pauvre, affreuse et mesprisce
Sert au peuple de fable et aux grands de risée,
Si les gens de latin des sots sont dénigrez.
Et si l'on est docteur sans prendre ses degrcz?
Pourveu qu'on soit niorgant, qu'on bride sa moustache,
Qu'on frise ses cheveux, qu'on porte un grand panache,
Q.u'on parle baragouyn et qu'on suive le veut,
En ce temps du jourd'hui l'on est que trop sçavant.
— 37, Mascher le laurier]. D'après quelques poètes anciens ceux qui mangeaient
du laurier étaient pris de transports poétiques. Voy. Le Scholiaste d'Hésiode {Theog., 30).
— 38. Songer en Parnasse]. Comparez ces deux vers à ceux-ci d'André Ché-
nier :
Je rêve assis au bord de cette onde sonore Qju'au penchant d'Hélicon, pour arroser ses bois, Le quadrupède ailé fit jaillir autrefois.
Chénier y a traduit littéralement deux vers d'Asclépiade (Anlh. Palat.,
...y.pàva; 'E/.f/.fovt'ôo; v/btvi -jôwp
TO TîTaVoG TMt.Vj TIpi^iJ^îV ÈV.O'j/tV Ô'vjÇ .
Inutile de dire que le cheval volant, le quadrupède ailé et le Ttiavr^; i:w>.o; désignent Pégase.
— 43. Ce procès tant mené, etc.]. Horace {A. P., 77) :
Grammatici certant et adhiic sub judice lis est.
— 44. Lequel des deux, etc.]. Horace {A. P., 408) :
Satura fient laudabile carmen an arte Quaiitnm est.
Vers 48. Fors], excepte,
— 49. Car un petit sonnet, etc.]. Verba et voccs. Virgile Ç^etl., X, 659);
Dat inania verba, Dat sine mente soniiin.
— 52. Du temps qu'elle courait], lorsqu'elle avait cours; lorsqu'elle était à la
mode.
Vaut mieux qu'une Iliade]. Boileau avait peut-être lu cela lorsqu'il a écrit :
Un sonnet sans dcfaiit vaut seul un long poème.
— 59"6o. Non comme en ces rêveurs qui rougissent de honte
Fors entre les sçavants desquels on ne fait compte.
Je ne comprends pas bien ces deux vers ; à éclaircir.
— 6). De masques ou de tournois]. On appréciait fort alors certaines pièces
qui portaient le nom de Mascarades, de Cartels et de Tournois. C'étaient de petites scènes entremêlées parfois de prose. Mellin de Saint-Gelais et Ronsard en ont composé plusieurs. On trouve dans les œuvres de du Bellay, sous le titre d'Entreprises, deux morceaux de ce genre.
— 74. Des mots durs], le mot dur est peut-être employé ici dans le sens de
rtidis, non encore poli par l'usage.
— 76. Distille], est coulant.
— 79. Quelque nouveau...], c.-A-d. se présente-t-il...
— 80. On le tente], on l'épie, afm d'être fixé sur sa valeur.
— 82. Pour en donner plaisir], pour faire amuser la cour à ses dépens.
— 86. Le mener par le nez], le patronner.
— 93. Combien], quoique.
— 96. L'escole c'est la table]. Comparez le sonnet des Regrets : Tu t'abuses,
Belleau...
— 109. Entre les courtisans, etc.], Palladas, dans une épigramme charmante sur
un faux savant a dit de même (Anthol. Palat., XI, 305) :
'Ev |i£v Ypa|X|j.aTt/.of; 0 IDaTtovi/ô; à'v oï n/.iTO)Vo;
— 115. Que si tu n'en avais, etc. ], Excuse ordinaire que les auteurs avaient soin
de faire valoir, au temps de du Bellay et plus tard, lorsqu'ils faisaient imprimer leurs ouvrages.
^jS NOTF.S ET COMMENTAIRE
Vers 1:5. Tel était de son temps, etc.]. M. S.iiinc-Rcuvc pense que celte tirade était à l'adresse de Mellin de Saint-Gelais.
— 128. La montagne enceinte]. Horace {A. P., 139) :
Pjrturiiint mcttlu, nascilur ridUulus mus.
Voyez Phèdre, IV, 18; La Fontaine, Fables, V, 10. Sa muse privée], estimée.
— i)). En offices], en charges, en emplois.
— 157. Bruit], gloire, réputation. Régnier a dit, satire IV :
Pallis dessus un livre, à l'appctit du bruit
Qui nous houore aprez que uous sommes sous terre.
— IJ9. Aristarque], fameux critique d'Alexandrie.
— 145. Qui dédaignant, etc.]. Voyez plus loin la pièce traduite du latin de
Buchanan, intitulée l'Adieu aux Muses.
Telles sont les notes et remarques que M. Reinhold Dezeimeris avait eu l'intention de mettre au bas des pages du Poète courtisan et de quelques pièces de recueil de YOlive. J'en avais moimême au cours de mes lectures rédigé un certain nombre, dont je pensais enrichir le texte de Joachim, pour me servir d'une expression consacrée par l'usage, lorsque je m'aperçus que je m'étais rencontré le plus souvent avec les derniers annotateurs du poète. Cela étant, il me parut beaucoup plus simple de renvoyer le lecteur aux éditions de Becq deFouquières et de Marty-Laveaux. C'est ce que je fais aujourd'hui.
Parlerai-je à présent de l'invention de l'ode horatienne que Peletier du Mans fit voir à Joachim pendant son séjour à Poitiers, et dont certains critiques, à tort selon moi, attribuent tout le mérite à Ronsard ? On me permettra de m'en tenir à ce que j'ai dit làdessus dans la Fie de Joachim; et quant à la métrique de notre auteur, je n'en touciierai que quelques mots, pour ne pas lui donner plus d'importance que lui. Car il a beau, dans sa Deffence et illustration insister sur les genres de poèmes qu'il convient d'à-
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bandonncr ou de mettre d.ins hi ciiculntion, il est visible qu'il n'est point tourmenté, comme Ronsard, du besoin de créer de nouveaux rythmes et de nouvelles formes poétiques. Le sonnet lui suffirait volontiers ; c'est le poème qui a ses préférences, qu'il a le plus marqué de sa griffe, c'est également celui où il est sans rival. Je ne crois pas en effet, qu'aucun poète en ait au même degré que lui fait craquer le cadre étroit et reculé plus loin le mobile horizon. Il y a fait entrer tous les sentiments de Tâme la plus impressionnable et la plus diverse : l'amour platonique ou vécu, les effusions de l'amitié fidèle, les regrets de la patrie absente, la honte et la colère de vivre au milieu des scandales d'une ville et d'une cour désordonnées. Mais en bon disciple de Peletier, du Mans, Joachim a voulu montrer qu'il pouvait, tout comme son maître et comme Ronsard, chanter des odes, si l'on peut toutefois donner ce nom aux petites pièces élégiaques ou gracieuses qu'il a publiées à la suite de VOlivc. Et le fait est que ses stances à Salmon Macrin sur la mort de sa Gelonis, pour ne citer que celle-là, sont parmi les meilleures choses que les poètes de la Pléiade aient mises en vers de six pieds ; aussi bien, la pensée chez Joachim du Bellay s'adapte-t-elle avec le même bonheur, qu'elle soit triste ou gaie, rnélancolique ou satirique, à toutes les mesures du vers, tant la langue qu'il parle est souple et facile. Ayant reçu du ciel le don du rire et celui des larmes, il passe d'une corde à l'autre avec une aisance qui sent moins l'art que la nature. .. Et voyez le rôle immense, le rôle unique qu'il joue dès le premier jour à l'avant-garde de la Pléiade. Non seulement c'est à lui que revient Thonneur d'avoir publié les deux premiers ouvrages en prose et en vers de l'école nouvelle, mais c'est lui qui acclimate le sonnet et qui vulgarise l'ode, de même que c'est lui qui fournira à Régnier et à ses émules le modèle de la grande satire dans le Poclc Cour lisait.
Son vers doux-coulant, abonde en phrases qui sont frappées comme des maximes et qui ont un accent tout à fait moderne.
Rien n'est heureux de tous points en ce monde.
Il a des antithèses qui leiidraicnt \'ictor IIui;o jaloux :
Pour .illonger leur gloire accourcissent leurs ans.
Des images à provision et toujours justes, rarement banales :
Sus doncq, et qu'on essuyé Les pleurs et le soucy :
Le beau temps et la pluye S'entrecroisent ainsi.
Que sont devenus Les murs tant cognus De Troye superbe ?
Ilion est comme Maint palais de Rome Caché dessous l'herbe.
Et ce qui prouve que chez Joachim l'expression ne trahit presque jamais la pensée, c'est que les éditions successives de ses œuvres renferment peu ou point de variantes. Use moque, d'ailleurs, des retouches comme de Torthographe, qu'il abandonne à la fantaisie de ses imprimeurs... Tout cela réuni lui a fait une figure à part dans le chœur de la Pléiade. Certes, il n'est pas le plus grand ; Ronsard a plus de souffle et un vol plus soutenu, quoiqu'il ne monte pas plus haut, mais Joachim est le seul qui donne Timpression d'une improvisation continue et généralement inspirée, et dont l'âme, par un phénomène peut-être unique dans notre littérature, soit, pour ainsi dire, contemporaine de la nôtre!...