‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 10 sur 68 · SONGE OU VISION SUR ROME IQ · texte numérisé non relu

SONGE OU VISION SUR ROME IQ

Et les vainqueurs ornez de son feuillage

Dessus le bord du tleuve Ausonien.

Là fut dresse maint trophée ancien.

Mainte despouille, et maint beau tesmoignage

De la grandeur de ce brave lignage

Qui descendit du sang Dardanien.

J'estois ravi de voir chose si rare,

Qiiand de païsans une troppe barbare

Vint outrager l'honneur de ces rameaux : J'ouy le tronc gémir sous la cougnee

Et vi depuis la souche dédaignée

Se reverdir en deux arbres jumeaux.

Une Louve je vi sous l'antre d'un rocher

Allaictant deux bessons : je vis à sa mammelle Mignardement jouer cette couple jumelle, Et d'un col allongé la Louve les lécher.

Je la vi hors de là sa pâture cercher

Et courant par les champs, d'une fureur nouvelle

Ensanglanter la dent et la patte cruelle

Sur les menus troppeaux pour sa soif estancher.

Je vi mille veneurs descendre des montagnes

Q^ui bordent d'un costé les lombardes campagnes Et vi de cent espieux luy donner dans le flanc.

Je la vi de son long sur la plaine estendue,

Poussant mille sanglots, se veautrer en son sang, Et dessus un vieux tronc la despouille pendue.

VU

Je vi Poyscau, qui le Soleil contemple,

D'un foible vol au ciel s'avanturer.

Et peu à peu ses ailes asseurer

Suivant encor le maternel exemple.

Je le vi croistre, et d'un voler plus ample

De plus hauts monts la hauteur mesurer,

Percer la niie et ses ailes tirer

Jusques aux lieux où des Dieux est le temple. Là se perdit puis soudain je l'ay veu

Rouant par l'air en tourbillon de feu.

Tout enflammé sur la plaine descendre.

Je vi son corps en poudre tout réduit

Et vi l'oyseau, qui la lumière fuit Comme un vermet renaistrc de sa cendre.

Je vi un fier torrent, dont les tlots escumeux

Rongeoient les fondements d'une vieille ruine : Je le vi tout couvert d'une obscure bruine Qui s'eslevoit par l'air en tourbillons fumeux :

Dont se formoit un corps à sept chefs merveilleux Qui villes et chasteaux couvoit sous sa poitrme Et sembloit dévorer d'une égale rapine Les plus doux animaux et les plus orgueilleux.

J'estois esmerveillé de voir ce monstre énorme Changer en cent façons son effroyable forme, Lorsque je vi sortir d'un antre Scythien,

Le vent impétueux, qui souffle la froidure, Dissiper ces nuaux, et en si peu que rien S'esvanouir par l'air ceste horrible figure.

Tout effrayé de ce monstre nocturne, Je vy un corps hideusement nerveux,.

A longue barbe, à longs tlottants cheveux, A front ridé et face de Saturne :

Qui s'accoudant sur le ventre d'une urne, Versoit une eau dont le cours fluctueux Alloit baignant tout ce bord sinueux, Où le Troyen combattit contre Turne.

Dessous ses pieds une Louve allaictoit

Deux enfançons : sa main dextre portoit L'arbre de paix, l'autre la palme, forte :

Son chef estoit couronné de laurier,

Adonc lui cheut la palme, et l'olivier. Et du laurier la branche devint morte.

Sur la rive d'un fleuve une Nymphe esploree Croisant les bras au ciel avec mille sanglots, Accordoit ceste plainte au murmure des flots. Outrageant son beau teinct et sa tresse dorée

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